Laurence Nerbonne
Critique Publié le

Lancement de Laurence Nerbonne au Centre Phi | Indépendante, libre et férocement dansante…

C’est un public très diversifié, de 8 à 58 ans à vue de nez, qui s’est massé au Centre Phi jeudi pour assister au lancement officiel du deuxième album solo de Laurence Nerbonne, Feu.


Première partie plus rap

La chanteuse se laisse attendre. Entretemps, le public jase et le chiffre d’affaires du bar gonfle (on vend majoritairement des cocktails). On aime les artistes qui commencent en retard (en autant qu’on ne tombe pas dans les excès qu’on voit habituellement sur les scènes du Brésil…) surtout quand ça donne le temps de faire une scission réelle avec une journée rendue morose par la pluie surabondante. Cette attente est d’autant plus facile à pardonner que la chanteuse nous offrira un spectacle assez court, constitué essentiellement de ses nouvelles chansons.

C’est une cinquantaine de minutes après l’heure annoncée que Laurence Nerbonne apparait de la foule en chantant Fausses idoles. Les premières chansons qu’elle enchaine sont généralement plus dans la nouvelle veine hip-hop mise de l’avant par l’artiste. Certaines d’entre elles misent beaucoup sur l’usage de l’Auto-tune, ce qui donnera lieu à la seule maladresse de la soirée quand la chanteuse s’adresse au public avant Ride Alone, fébrile et pleine de gratitude, mais que les émotions ne passent pas dans sa voix parce que le piton de l’Auto-tune semble être resté collé.

La chanteuse termine Money CA$H en inondant le public de billets de 100$ à son effigie.

Le jeu du batteur Joseph Perrault est vraiment essentiel durant tout le spectacle, permettant une transposition organique des compositions très électro de Laurence Nerbonne. Le son trap est toujours présent dans les basses, mais les hi-hats mitraillés et mécaniques, normalement typiques de ce son, disparaissent, laissant le terrain à un groove plus efficace, joué sur une vraie batterie.

Deuxième partie plus pop

Sous les lumières, fort efficace, met à l’avant-scène le jeu de basse impeccable d’Amélie Mandeville (qui passera du clavier à la basse tout au long du spectacle tout en assurant les chœurs) et met le public en mouvement en nous faisant passer vers la pop dansante de la chanteuse. Vient ensuite le bijou pop qu’est Semblant qui, comparativement aux autres chansons, repose plus sur les séquences que sur le jeu des musiciens. Après Danser à contretemps, la chanteuse avoue, avant d’entonner Recommencer qu’elle commence à se dégêner. En effet, on la sent plus à l’aise et plus énergique.

Recommencer tire particulièrement profit de la présence d’un batteur, alors que son jeu, puissant et aéré, s’insère à merveille dans les refrains tout en offrant un contraste intéressant avec la rythmique plus électro des couplets. La chanteuse a vraiment l’air d’avoir du plaisir à la chanter sur scène, se mettant à sauter sur place, emportée par l’énergie de la batterie et de la foule. Sa voix est ensuite impressionnante de justesse sur Tomber sur nous.

Catharsis

Pour la fin du spectacle, Laurence Nerbonne revient à son registre plus rap, avec son efficace #MeToo, qui permet un défoulement collectif profond et efficace grâce à ses «fuck you» repris à tout rompre par le public. Quand la chanteuse entonne le refrain et qu’elle tend le micro à la foule, c’est vraiment beau de voir tous ces gars qui ont passé l’essentiel du spectacle à danser au pied de la scène chanter avec elle «moi aussi, moi aussi» de tout leur cœur. La dernière chanson, Back off, boucle la boucle en nous ramenant à une ambiance semblable à celle où le spectacle avait commencé.

Laurence Nerbonne et ses trois musiciens offraient au public pour une première fois ces chansons. Tout ce que nous pouvons reprocher au spectacle est donc normal, compte tenu des circonstances : trop court, manque de rodage et absence de rappel. Tout cela se placera éventuellement. Il faut avant tout souligner que le nouveau matériel de Laurence Nerbonne est constitué de plusieurs perles d’efficacité pour rassembler, faire danser et chanter la foule. Le passage sur scène de ces chansons rap et pop est franchement réussi.

Laurence Nerbonne est une de ces artistes, trop rares, complètement indépendante d’esprit. C’est ce qu’on apprécie chez elle : on sent que son rap et son pop découlent d’une démarche artistique sincère et profonde plutôt que d’un calcul ou d’une grosse machine de production. Elle arrive d’ailleurs à bien naviguer sur cette tension entre pop plus dansante et rap plus révolté : on sent que c’est son propre terrain de jeu, on sent qu’elle nous invite chez elle. Elle a l’audace d’occuper un créneau trop peu occupé sur la scène locale et elle offre un produit d’une qualité de standard international.

 

Écoutez l’album par ici :

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