Alpha Blondy
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Le Festif ! de Baie-Saint-Paul 2014 – Jour 3 | De la flotte ? Pfffft.

Baie-Saint-Paul joue du coude avec les nuages qui s’obstinent et la pluie qui tombe quand ça lui plaît. Qu’à cela ne tienne, les festivaliers, trop contents de profiter d’un long week-end de musique et d’activités, persistent avec une détermination plus que festive.

Les déambulatoires de la Rue Festive poursuivent leur heureux charivari, et entre les prestations sur la scène Hydro-Québec, ou même pendant, cirque, percussions et sourires fendus jusqu’aux oreilles sous les impers prennent part à la fête.

 

Hay Babies

Le Winston Band, six musiciens affublés de leurs planche à laver, violon, accordéon, guitare, basse et batterie invitent les spectateurs à faire fi de la mouillasse. Éclaircie pour Les Hay Babies : Vivianne, Julie et Catherine, préparent leur soundcheck pendant que la foule s’agglutine tranquillement – il y a ici encore plus de monde qu’hier pour Random Recipe !

Malgré qu’elles soient en vacances, les Néobrunswickoises ont décidé d’accepter l’invitation du Festif ! à grossir les rangs de son excellente programmation, et les trois musiciennes, y sont allées comme d’habitude de charmantes mises en contexte avant d’entamer le prochain morceau. Ainsi s’enchaînèrent notamment J’ai vendu mon char, Obsédée, Bonnie and Clyde, J’pas une femme à marier, Fil de téléphone et autres succès simples mais tellement bien rodés qui ont conquis assez rapidement les membres de l’assistance qui aurait pu ne pas connaître le trio encore.

Elles n’avaient pas encore tout à fait terminé qu’on entendait le boucan de Kumpania sur la rue Saint-Jean-Baptiste. Rapidement, les quelques badauds qui s’attroupaient autour d’eux se sont transformés en joyeux attroupement. Les dix membres du groupe, une bande de crinqués un peu fous, criaient, gesticulaient, se taquinaient, se couraient après, jouaient la comédie en tambourinant sur leurs instruments, toujours à l’affût des consignes de leur leader, jusqu’à épuisement, presque.

 

Pépé pas de kayak

Pépé était supposé donner un show en kayak sur le fleuve ; la température en a décidé autrement. Déplacé au Gîte Terre et Ciel, à une bonne petite marche de la plupart des activités de la fin de semaine, Pépé et sa guitare ont fini par jouer dans la minuscule verrière du gîte, alors que les spectateurs étaient assis sur des chaises alentour, dehors…

À l’arrivée, on comprenait sérieusement pas ce qui se passait là, on a mis du temps à saisir que les gens étaient tournés vers la maison et que le show avait bel et bien lieu. Pendant ce temps-là, la baraque était ouverte à tous vents : tu cherches les toilettes, y a quelqu’un qui se brosse les dents dans la cuisine, un autre se sert de la salade de patates dans le frigo… Hippie, hein, que Louis-Jean disait ?

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Photo par Simon Dubé.

Et on aperçoit des gens juste au-dessus de Pépé, sur le toit, et on présume que la formation suivante, Caltâr-Bateau, s’y produira juste après… En effet, le temps de tourner les chaises et de se réinstaller, et les six musiciens ont entamé leur set acoustique bon enfant, jasant avec nous, bien relaxes, pas stressés pour deux cennes de la perpétuelle menace de la flotte.

Ils se sont présentés à nous comme un savant mélange de La Bolduc et d’Éric Lapointe (!); ils nous ont offert un folk avec clarinette bien écrit par un groupe complice et à l’aise : « Eille, un show sur un toit, on n’a pas vu ça depuis les Beatles ! »

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Photo par Simon Dubé.

Tantôt y en a deux assis sur le rebord, les pattes dans le vide, tantôt le bassiste est ben accoté sur la cheminée avec son chapeau de paille, tantôt ça sonne comme Leloup, tantôt le train de Charlevoix s’en mêle et siffle avec eux. La foule regarde, et profite, incrédule, amusée, silencieuse. Respectueuse, même, quand Alex Guimond, la chanteuse, nous pousse une complainte jazzy d’une voix plus qu’étonnante. Blagueurs, sans prétention, généreux, les musiciens de Caltâr-Bateau ont été une belle découverte dans un contexte et un décor étonnant.

 

Alpha Blondy

De retour à la grande scène, le premier en lice de ce dernier soir était le gagnant de l’édition de cette année du Cabaret du Festif !, Michel Robichaud, suivi par Heavy Soundz.

Quand Alpha Blondy et son Solar System s’en sont mêlés, les nuages étaient encore percés de gouttes et leur crachin ne suffisait pas à refroidir l’entrain de la foule venue se faire bercer de reggae.  Il nous a parlé de guerre, de paix, de politique, la foule, impliquée, répondait, s’inscrivait dans son discours. C’était superbe de voir les gens rassemblés sous l’ondée, dans les spots, les hanches se balançant aux rythmes ensoleillés de la sacrée bande de musiciens qui l’accompagnaient.

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À l’instar de la chanson engagée des Cowboys présentés la veille, Alpha Blondy a été reçu avec beaucoup d’affection, et l’accueil du public, qui s’est laissé porté par sa voix – et celle de ses choristes – était un gage évident du bon coup porté par les organisateurs du Festif ! en l’invitant à Baie-Saint-Paul.

 

Les derniers Après-Festif !

Non sans regrets, la foule s’est dispersée à reculons pour se fondre dans les Après-Festif ! : au Local 8, le duo rockeux Les Deuxluxe ; au sous-sol de l’église, Misteur Valaire. Sous l’éclairage bleuté, la salle s’est remplie en moins de temps qu’il n’en faut pour crier Gumshoe, et les cinq musiciens ont dû faire frémir Jésus derrière eux tellement ils ont mis le feu aux planches.

Dommage que l’endroit ne permette pas de les voir de pied en cap et de donner libre cours à leur énergique performance, contraints qu’ils l’étaient sur l’étroite scène avec tout leur appareillage. Quoi qu’il en soit, ils ont assurément su tirer profit des contraintes, et le public en redemandait – et en redemande encore !

Méchant beau move d’avoir fermé le festival avec un groupe pareil. Bra-vo.

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