Festif de Baie-St-Paul
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Le Festif! de Baie-St-Paul 2018 | Du soleil pour une édition record

Pour sa neuvième édition, le Festif! de Baie-St-Paul ne pouvait pas espérer mieux. Pouvant compter sur une météo parfaite et une programmation de qualité, l’édition aura accueilli près de 38 000 festivaliers, un record selon les organisateurs. Retour sur quatre jours de folie qui ont renforcé la réputation de ce festival devenu incontournable au Québec.


 

Un show pour le réveil

Un matin, tandis que les festivaliers du camping du parc du Gouffre se réveillent avec la gueule de bois ou l’envie d’une baignade dans la rivière, les bénévoles et journalistes logeant sur le terrain du gîte Terre-Ciel se réveillent par le son du soundcheck de Gabriel Bouchard. À 11h tapantes, c’est effectivement un petit spectacle bien relax, café en main, qui est offert par l’artiste venu de Montréal le matin même parce que son batteur ne voulait pas dormir sous tente.

À l’instant même, ça se hâte en direction de la scène Quai Bell. Matt Holubowski y interprète avec douceur les titres de Solitudes dans un décor de rêve, où certains s’aventurent même sur des canots pour éviter de payer. Puis, l’application mobile (ou le classique bouche-à-oreille) signale un événement: Patrick Watson s’est installé, seul avec son piano, au bout du Quai de Baie-St-Paul. Un moment rare qui verra le public privilégié reprendre en chœur The Great Escape devant des kitesurfers voguant sur les flots du St-Laurent. Toute une image.

C’est ça le Festif.

 

Un festival à échelle humaine

Au bord des routes de Baie-St-Paul, les enfants vendent des limonades tandis que des festivaliers, parfois déguisés, se pressent en direction du centre névralgique de ce hameau de Charlevoix. Il va sans dire que dans le périmètre restreint du village, la joie est perceptible sur les visages en cette fin de semaine festive, c’est le cas de le dire.

Outre une programmation de qualité qui sous-représente malheureusement les artistes féminines, le contexte géographique joue quant à lui un rôle primordial dans le déroulement d’un événement vécu sans soubresauts. En arrivant pour la première fois à Baie-St-Paul, on vit d’ailleurs un véritable sentiment d’évasion, celui de vacances qui ne dureront sans doute pas assez longtemps. Sous un soleil resplendissant, la région vit d’air marin et de douceur forestière. Sans surprise, la chaleur écrasante aura rythmé le Festif et probablement réjouit les commerçants mais aussi la Microbrasserie Charlevoix qui abreuvait le monde de ses bières, notamment d’une excellente édition spéciale au nom du festival.

 

Quatre jours de folie

Rétrospectivement, les quatre journées auront procuré de la joie aux festivaliers. Il y eut vendredi cet élan d’amour envers Fred Fortin avant que Clay & Friends, dans un dynamisme contagieux, ambiança un public impatient de goûter au reggae militant de l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly. Il y eut le lendemain ces douces voix émanant Helena Deland et de Gabrielle Shonk sur la scène Radio-Canada. Il y eut aussi ce dernier spectacle en hommage à Richard Desjardins interprété par divers artistes dont Philippe Brach, Yann Perreau, Salomé Leclerc, Koriass ou Mara Tremblay, fêtée comme il se doit pour son quarante-neuvième anniversaire.

Dans un autre registre, la folie traversa le même jour cette scène alternative des Vitrines Pantoum/La Bête où la bière coule à flots avec d’abord l’authentique folk de Robert Fusil et les Chiens Fous puis ce rock acide de Zouz, un trio talentueux à suivre de près comme Suuns. Le groupe se dévoila tard le soir dans le sous-sol de l’Eglise catholique à travers un univers musical hypnotique addictif à mesure que le concert se poursuivit.

Toutefois, si une soirée était à retenir, ce serait probablement celle de jeudi soir. Sur la scène Desjardins, la plus imposante de toutes, c’est d’abord l’insolence jouissive d’Hubert Lenoir (récent nommé au prix Polaris) qui surprit en chipant de l’alcool au carré VIP avant de fracasser son micro dans un malaise palpable chez certains festivaliers!

À côté de lui, Geoffroy passait pour un enfant de cœur avec son électro-pop parfaitement maîtrisée avant que le génial Patrick Watson en profite pour présenter des nouvelles pièces (Broken, The Wave, Melody Noir…).

À peine ce concert terminé que le parcours était déjà tout tracé avec une escale à la Maison Mère, ancien couvent reconverti. À l’étage, la chapelle offre une vitrine à Milk & Bone, dont la musique planante se marie parfaitement au lieu. Mais, en cette soirée de fête à Baie-St-Paul, il est inévitable de rejoindre la scène SiriusXM où l’ambiance est folle avec le rock énergique de Galaxie qui résonne déjà tandis que le chapiteau transpire de la chaleur ambiante d’un public renversant. Il fallait être en avance pour espérer voir les membres du groupe formé à Montréal tellement le lieu est serré, effervescent même. Il le sera moins pour les pourtant excellents Barry Paquin Roberge avant que les effluves rock défient l’Église dans ce Garage du Curé animé chaque soir par des performances déroutantes comme celles de Jesuslesfilles puis Fuudge ou Urban Junior les soirs suivants.

Une ode à la spontanéité

Hormis les plaisirs récréatifs d’un massage gratuit ou les dégustations de produits locaux, cette neuvième édition aura surtout offert des plaisirs audio-visuels qui resteront dans les mémoires de l’événement et surtout des festivaliers. Quelques soirées affichaient complètes à l’image d’une soirée rap avec Eman X Vlooper et Loud à l’ambiance déconcertante. D’autres moins, évidemment. Mais elles auront chacune à leur façon offerte des émotions. Au Festif, on aimerait que le temps s’arrête mais il avance à fière allure puisqu’il faut rester à l’affut de tous ces moments éphémères à ne pas manquer mais qui le sont, inévitablement.

Parfois, des fanfares et des artistes de rue arpentent les artères d’un village vivant à pleins poumons. Autrement, ce sont des lieux improbables en parallèle du programme officiel. Alors que ce soit le comptoir de caisse d’un dépanneur investit par Alex Burger, une grange abandonnée avec Dave Chose à ses pieds, un trip en bus avec Ragers, l’herbe verte du parc de la Virevolte foulée par Paul Piché ou le spectacle au lever de soleil donné par Stéphane Lafleur, l’événement est une ode à la spontanéité.

C’est ça le Festif.

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