Le songe d'une nuit d'été
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Le Songe d’une nuit d’été (d’après Shakespeare) au Théâtre Denise-Pelletier | Un rêve éveillé

« Je n’ai d’ailleurs rien gardé d’intégral, j’ai voulu tout réécrire pour que, bien que l’univers lui appartienne toujours, la langue, elle, soit la mienne », nous dit Steve Gagnon qui de pair avec Frédéric Bélanger, s’explique sur leur adaptation de la pièce la plus connue de Shakespeare, après La Tempête et Hamlet. Mais, pour toute suggestion, l’on pourrait répondre : Shakespeare es-tu encore là?

La pièce est présentée en coproduction entre le Théâtre Denise-Pelletier, dont la mission envers le jeune public est depuis longtemps affirmée, et la compagnie du Théâtre Advienne que pourra qui depuis sa fondation en 2005 par Sarah Balleux et le même Frédéric Bélanger, s’est vouée à élargir les horizons culturels des jeunes à travers 700 spectacles devant 350 000 spectateurs.

Le songe d’une nuit d’été a été créée en 1604. Elle expose les mésaventures amoureuses de deux couples dont la vie oscille entre rêve et réalité, par le biais de personnages féériques répondant au bon vouloir de Tatiana (Maude Guérin) et Obéron (Étienne Pilon). Mais voilà qu’ici : exit la féérie et les forêts enchantées au profit d’une transposition malhabile inspirée de la gloriole et des hauts faits de l’univers hollywoodien où Tatiana devient tout à coup une star de cinéma.


* Photo par Gunther Gamper

Maude Guérin est superbe, comme toujours, mais bien mal entourée par les 10 comédiens qui déclament le texte plus qu’ils ne le jouent, se partageant en principe les 22 personnages de cette allégorie shakespearienne où la magie se doit absolument d’opérer. Ce ne sera pas le cas ici, même au bout d’un long préambule où trois ouvreurs deviendront les musiciens live de la représentation. Et le rôle pivot du malicieux Puck, joué par Dany Boudreault en en donnant une version queer, avec son moonwalk et ses tics efféminés, énerve plus qu’il n’amuse dans son élan pour que l’histoire progresse.

Le niveau de langue n’est pas fautif pour autant. Et c’est bien la première fois que dans les crédits de n’importe quelle production théâtrale, on se retrouve avec un « coaching du niveau de la langue » qui échoit à Luc Chandonnet pour ce spectacle d’1h45 sans entracte s’avérant très exigeant pour un public scolaire.

La partie la plus réussie du show consiste en la scénographie conçue par Francis Farley-Lemieux, et les lumières de Julie Basse. En apparence simple, le module qui domine au milieu de la scène est très complexe, et intelligent. Un module monté à l’oblique sur des piliers métalliques, avec escaliers et passerelles, une portion qui sert d’écran, un jeu de clignotements de néons blancs qui dynamise le tout, et la superposition à même la structure des cinq lettres géantes formant le mot DREAM. Encore qu’on aurait pu utiliser celles du mot de même longueur, SONGE, mais là est une autre affaire.


* Photo par Gunter Gamper.

À la fin de la pièce, Maude Guérin apparaît dans une superbe robe de velours bleu royal, une image forte qui arrive trop tard. Car malgré l’épilogue qui suit, trop long aussi avec son jeu maniéré d’acteurs faibles, Le songe d’une nuit d’été au Théâtre Denise-Pelletier tourne vite en un mauvais rêve.

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