Le songe d'une nuit d'été
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Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare à la TOHU | Un mauvais rêve

« Impossible de résister à ce spectacle fringant qui décoiffe les conventions et apporte une tout autre énergie au théâtre », peut-on lire en toutes lettres dans le programme de « Le Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare présenté à la TOHU par le Théâtre du Trident et la compagnie FLIP Fabrique de Québec. Tellement irrésistible que, n’en pouvant plus, des spectateurs ont quitté la salle après 20 minutes, suivis de nombreux autres. Le public montréalais est-il à ce point différent de celui de Québec où 12 000 spectateurs ont fait de cette production ratée un véritable succès?

Au départ, nous est proposé un décor banal de chambre à coucher avec un lit, une lampe et un petit meuble. Un comédien entre, se met en pyjamas, se couche et s’endort. C’est là que doit commencer la féérie d’une forêt enchantée où l’amour et ses tourments viennent compliquer les choses. Mais, le grand Shakespeare, méconnaissable dans la traduction de Michelle Allen et la mise en scène d’Olivier Normand, se veut ici un dramaturge « bouffon, rocambolesque et athlétique ».

Photo par Stéphane Bourgeois

Le décor de chambre en oblique conçu par Véronique Bertrand, se retire alors pour que respire la grande scène à l’italienne de la TOHU. Deux immenses tulles à l’horizontale, bien éclairées par Caroline Ross, prennent différents aspects à des hauteurs variables. C’est tout ce qui suffira pour illustrer la rare comédie shakespearienne ayant cheminé jusqu’à Québec. Disons-le franchement, le décor est ce qui ressort comme le meilleur élément dans cette production lamentable qui ne réussira jamais à fusionner pour la peine théâtre et art circassien.

Ils sont 14 interprètes, comédiens et acrobates, à soutenir cette histoire enlevée où un roi jaloux, une reine des fées volage, deux couples d’amoureux en cavale, et une troupe de théâtre archi médiocre se croisent dans une forêt supposément enchantée. Même le rôle pivot du malicieux Puck, répandant son philtre d’amour à tout venant, ne se dégagera pas le moindrement du lot.

Le problème principal vient de cette distribution faible où tout le monde joue mal, lamentablement. Ce qui donne du mauvais théâtre où les protagonistes, mal dirigés, utilisent des niveaux de langage aussi tranchés que du joual avec un gros accent se juxtaposant à un français grandiloquent de classique joué comme un boulevard.

Ce qui donne aussi un trop léger emprunt au cirque, se résumant aux prouesses des acrobates sur un trampoline en fond de scène. Suggéré par les producteurs à un public de 13 ans et plus, sans qu’on en comprenne la raison, ce Songe avec des épées de carton, saupoudré de chants et de danses épars où manque la magie, est une injure faite à Shakespeare.

Deux longues heures de spectacle sans entracte n’auront pas suffi à convaincre le public montréalais, habitué qu’il est à la fusion des genres artistiques, à l’audace du multidisciplinaire et à l’hybridation scénique appuyée par les nouvelles technologies. Dommage pour cette production de Québec pleine de bonnes volontés, mais qui ne passera pas à l’histoire, du moins à Montréal où un public aguerri et peu enclin à la facilité, ne se reconnait pas dans cette simple réplique : « Que le sommeil comble tous tes désirs! ».

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