Le Vent du nord
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Le Vent du Nord à la Salle Bourgie | Un avant-goût de leur nouvel album « Territoires »

S’il est vrai que les murs ont des oreilles, ceux de l’ancienne église convertie en salle de concert par le Musée des beaux-arts de Montréal ont connu une première contrastante avec le groupe trad Le Vent du Nord dont le 10e album, « Territoires », sera lancé ce mardi 12 février au Théâtre Fairmount.

Depuis 17 ans maintenant, Le Vent du Nord se veut une représentation de la riche mémoire de la musique traditionnelle, inspirée de la culture orale, et chantée à l’avant-plan du mouvement folk progressif, d’abord au Québec, mais aussi à travers le monde. Pour preuve, le groupe a donné depuis sa fondation 1 800 concerts sur quatre continents.

Le Vent du Nord est composé de cinq irréductibles, soit les deux frères André et Réjean Brunet, ainsi que Simon Beaudry, Nicolas Boulerice et Olivier Demers. Les cinq chantent, parfois a capella, mais surtout en s’exécutant avec des instruments courants, guitare, violon, basse et piano, judicieusement amalgamés avec des instruments anciens, comme le bouzouki, la vielle à roue, l’accordéon diatonique, et même la guimbarde que plusieurs ici appellent encore bombarde.

La podorythmie vient ajouter une autre dimension sonore à l’ensemble dont l’énergie galvanise un public se tenant sur le bord du fauteuil, en se retenant pour ne pas danser.

On est loin du hip hop, du slam, du rap, de l’indie rock, mais la musique traditionnelle, inscrite dans notre ADN, ne se démode jamais vraiment. Même si des figures de proue comme Breton-Cyr, La Bottine souriante, Garolou et d’autres ont disparu, la couleur de cette musique ayant traversé quatre siècles se perpétue grâce à la persévérance lumineuse du groupe Le Vent du Nord qui ne cesse de rallier de nouveaux adeptes chez les jeunes.

 

Inspirations intimes et historiques

Leur spectacle s’ouvre avec la très belle voix de Simon Beaudry, juste assez forte pour piquer et réchauffer ses comparses, juste assez chaude pour soulever la foule. Le répertoire du groupe provient aussi bien de l’intimité des cahiers de chansons familiales, que de recherches poussées dans les archives et anciens documents d’ethnomusicologie, avec le plus grand souci de dénicher des perles rares en chansons et des airs de musique oubliés.

Des chansons comme Au régiment, Adieu au village, Le pays de Samuel, Évolution tranquille ou encore Louisbourg en témoignent éloquemment. Chaque chanson raconte une histoire et se traduit par une invitation à un heureux voyage dans le temps.

Parfois, les chansons sont intelligemment à double sens, mais jamais grivoises ni scabreuses. Le désir amoureux, les disparités incongrues entre voisins, les trop jeunes amants du Saint-Laurent voulant se marier, aussi bien que le récit des soldats français qui ont défendu la forteresse de Louisbourg au Cap Breton, et même des ritournelles comme « Buvons un petit coup! » ou encore « Il nous reste à faire ce pays! », sont du nombre.

Bien que la Salle Bourgie, utilisée habituellement pour la musique classique et les grandes voix lyriques, ne rende pas bien, phonétiquement parlant, les textes des chansons, on se laisse prendre comme par envoûtement, jusqu’à déclencher trois rappels.

Le Vent du Nord, qui a déjà reçu deux Juno, le Grand Prix de l’Académie Charles Cros et un Félix à l’ADISQ, prendra son envol en mars pour une tournée de dix spectacles en France et autant en Angleterre. Comme qui dirait, « il y a un peu beaucoup de nous-autres là-dedans ».


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