Leftover Crack
Opinion Publié le

Leftover Douane | Sans crack et sans chanteur (ou quand les douanes arrêtent des musiciens plutôt que des criminels)

Alors que Leftover Crack devait se produire à Montréal, les douaniers canadiens nous ont privés de la moitié du groupe et surtout de Stza, leur leader emblématique. Encore un abus de pouvoir mal placé, malheureusement devenue monnaie courante de nos jours, et une déception de plus pour le public montréalais…

Certes, le chanteur et compositeur Stza n’est pas un ange et a dédié sa vie et sa carrière à lutter contre la brutalité policière et les états policiers, non sans quelques déboires avec la justice. Cependant, est-ce que le fait d’être anti-police justifie le fait de se voir refuser l’entrée au Canada alors que des centaines de personnes attendent ce concert avec impatience ?

Mais surtout alors que le musicien américain est déjà rentré plusieurs fois au Canada dans les dernières années ? C’est bien la preuve que ça se passe à la tête du client. Quel crime commis au Canada ? Délit de sale gueule ? Car oui malheureusement la douane n’est pas une science exacte, et même en ayant tous les papiers nécessaires approuvés par des avocats, il en revient seulement à l’humeur du jour du douanier ou de la douanière. Et trop souvent ces défendeurs de notre pays se sentent pousser des petites ailes de pouvoir en abusant de l’autorité qui leur est conférée.

On avait rempli tous les papiers nécessaires, les applications pour les visas de travail d’artistes, et même engagé un avocat pour s’assurer qu’on avait bien tous les documents demandés dans ce processus compliqué. […] Mais apparemment même avec tous nos papiers validés et permissions approuvées, notre bonne volonté et attitude, il en revient à la discrétion de l’agent sur qui ont va tomber ce jour là.

C’est ce que déclarait le chanteur dans un communiqué sur la page Facebook du groupe. Bravo Madame ou Monsieur l’agent frontalier. Hashtag facepalm. Tiens, ma journée est vraiment plate, j’ai arrêté personne, mon boss sera pas content, j’vais aller faire chier le groupe de rock là. Je vais reporter ma frustration en empêchant ce musicien de jouer devant ses centaines de fans qui l’attendent.

Stza continue: « J’ai voyagé beaucoup dans le monde, je peux vous assurer que la plupart des gens qui travaillent aux frontières et en immigration s’amusent malheureusement un peu trop du peu de pouvoir qu’ils ont.»

A défaut de pouvoir arrêter les vrais criminels et stopper l’entrée des drogues dures et dangereuses pour nos populations, pourquoi pas arrêter des groupes de punk ou metal, juste parce qu’ils ont l’air un peu différent, méchants, ou qu’ils ont été arrêtés en 1988 à Montréal pour avoir fumé un joint, ou qu’ils ont conduit en état d’ivresse quand ils avaient 17 ans. Mais des punks de 40 ans qui viennent jouer au Théâtre Corona, ça c’est dangereux.

 

L’absurdité du traitement des musiciens aux frontières

Que ce soit côté Canada ou Etats-Unis, les deux frontières sont aussi ridicules l’une que l’autre dans leurs attitudes envers les musiciens de ce monde, en nazis modernes de la culture. Certes il est important de filtrer les entrées aux pays et arrêter les bandits, les gens mal intentionnés ou dangereux. Mais s’il vous plaît, laissez les musiciens faire de la musique tranquille, même si ils ont été des ados rebelles un jour.

Et pourtant il y a quelques années, le Canada avait enfin changé sa vieille loi sur les musiciens étrangers, sûrement écrite dans les années 40, les laissant même aller jouer dans des bars en étant payés au lance-pierre. Arrêtant enfin de les considérer à tort comme des menaces pour l’économie et le travail des canadiens. Apparemment, ça ne suffit toujours pas. Encore trop souvent le public montréalais est privé d’artistes sans raison valable.

Pas mieux dans l’autre sens pour jouer aux USA, où certains groupes canadiens sont obligés de passer comme des pirates à deux postes de frontières différents, se déclarant touristes, la sueur au front, pour aller louer des instruments aux Etats-Unis et faire leur tournée. Qui dans le meilleur des cas leur rembourse à peine les frais engendrés. Alors qu’ils sont signés sur des labels et sont des artistes reconnus. Et alors qu’en Europe ils peuvent traverser quinze pays sans problème avec comme seul risque de se faire demander un CD ou un autographe par un douanier.

En passant, savez-vous quel est le seul pays européen qui demande des visas de travail pour les musiciens canadiens en tournée ? L’Angleterre. Oui oui, la face derrière le 25 cennes là. Vive la Reine. Vive le Canada. God Save The Queen, et les musiciens de ce monde.

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