Les Amoureux
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«Les Amoureux» de Goldoni au Théâtre Denise-Pelletier | Je t’aime moi non plus

Ce n’est pas pour rien si la pièce « Les Amoureux » de l’auteur vénitien Carlo Goldoni n’avait jamais été montée à Montréal. C’est un texte faible, en manque de ressort dramatique, non plus que comique, écrit il y a 260 ans, et qui paraît emprunter à tout venant, entre Molière et Marivaux, sans faire d’étincelles. Un choix artistique étonnant de la part du TDP, et que peine à sauver du naufrage une metteure en scène de l’étoffe de Catherine Vidal.

Cette diplômée du Conservatoire en interprétation, n’est pas ici dans sa jauge, après avoir été remarquée pour son travail rigoureux avec des pièces comme Le grand cahier d’Agota Kristof, la formidable Des couteaux dans les poules de David Harrower, Le miel est plus doux que le sang de Simone Chartrand et Philippe Soldevila, ou encore l’adaptation par Étienne Lepage de L’idiot de Dostoïevski. Catherine Vidal fouille et incite à la réflexion, habile à traiter un texte dramatique avec une touche moderne et une vision artistique juste et innovante.

Photo par Gunther Gamper

Mais ici, pour rendre l’histoire emberlificotée de Les Amoureux, elle étourdit le spectateur avec ses comédiens qui gesticulent et grimacent plus qu’il n’en faut, s’égarant en chemin. À vrai dire, c’est comme si ses personnages ne jouaient pas tous dans la même pièce, à commencer par un Éric Bernier clownesque, se croyant dans un vaudeville.

Son personnage de Fabrizio, petit bourgeois risible, est tellement maniéré que l’on adhère difficilement à son sort. Le seul étant chaussé de souliers verts à talons de style Louis XIV, il vit avec ses deux nièces, Flamminia en jeune veuve joyeuse, et Eugenia, fiancée à l’impétueux et instable Fulgenzio, tout en se laissant courtiser par le sombre Monsieur le comte Roberto, nouvellement lié d’une amitié intéressée envers le naïf Fabrizio.

En rupture de ton avec le schéma traditionnel de la commedia dell’arte, Goldoni, qui était avocat, aura beaucoup mieux fait avec Arlequin serviteur de deux maîtres, Les Jumeaux vénitiens, ou encore La Locandiera. Mais, il s’avère difficile de toujours être méritoire en ayant écrit plus de 200 pièces sur près de 40 ans, jusqu’à fuir à Paris pour s’éloigner du théâtre italien, devenu trop obtus pour lui dans sa forme courante au 18e siècle.

Photo par Gunther Gamper

La production du Théâtre Denise-Pelletier, avec son imposante distribution de 10 comédiens, a néanmoins le très grand avantage de faire ressortir le talent de Maxime Genois en un Fulgenzio imprévisible, et celui de Catherine Chabot en Eugenia, intempestive et colorée de tics dans son jeu enlevant et moderne. Le texte est également bien servi en rôles secondaires, comme celui d’Olivia Palacci en une servante aussi coquine que la Toinette du Malade imaginaire de Molière.

La pièce fournit une occasion de plus à Elen Ewing pour nous éblouir par la fulgurance de sa conception des costumes, où le fleuri à outrance habille même les hommes. Geneviève Lizotte, pour sa part, a dessiné une fort belle scénographie dépouillée, consistant en un mur en fond de scène ouvert par la forme d’un cœur immense qu’éclaire Alexandre Pilon-Guay avec des couleurs très vives et chaudes. Une sorte de belvédère arrondi, s’avançant dans les premières rangées, est aussi une belle idée scénique.

Photo par Gunther Gamper

Il sera intéressant de voir la réaction du public des écoles qui constitue la moitié de l’assistance du TDP. Pendant une heure et quarante, les jeunes sont pris à témoin devant deux sœurs entêtées qui se vouvoient en s’appelant Madame, dans une joute consistant à « se faire du mal par amour », où tout tourne autour des notions de fortune, noblesse, dote, jalousie, mariage arrangé, colère, honneur et trahison amoureuse. L’accompagnement au clavecin à l’ancienne et la traduction de Huguette Hatem avec des expressions comme « le mieux du monde », ou « vous m’en voyez bien aise », ou encore être « une femme du monde », sont loin de l’ère du texto qui est la leur.

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