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Les Prix de la danse de Montréal 2018 | L’année de Crystal Pite et de Francine Bernier

Tout le milieu de la danse s’était donné rendez-vous jeudi soir à l’Hôtel Reine Elizabeth pour la remise des 8e Prix de la danse de Montréal (PDM) où la chorégraphe vancouvéroise Crystal Pite s’est vue remettre le prestigieux Grand Prix accompagné d’une bourse de 25 000$. L’occasion aura été celle également, dans la catégorie Gestionnaire culturelle, d’un prix de reconnaissance de 5 000$ remis à Francine Bernier qui depuis 25 ans administre avec une grande vigueur les destinées de l’Agora de la danse.

La soirée, animée par Anik Bissonnette, directrice artistique de l’École supérieure de ballet du Québec et encore danseuse dans l’âme, était placée sous la présidence d’honneur de la chorégraphe Mélanie Demers. Plusieurs dignitaires et partenaires financiers, Québécor en tête, et divers organismes connexes à la danse remplissaient le parterre.

La cérémonie, sans se vouloir cérémonieuse, s’est déroulée en présence de la nouvelle responsable de la culture, du patrimoine et du design à la Ville de Montréal, Christine Gosselin, de la directrice générale du Regroupement québécois de la danse, Fabienne Cabado, et bien sûr de la chorégraphe d’envergure internationale Marie Chouinard, laquelle a fondé et préside toujours les PDM.

Le jury a souligné le rayonnement impressionnant du travail de Crystal Pite sur la planète danse, la constance dans sa démarche de recherche sur tous les plans de l’expressivité dansée, et « sa capacité à approfondir des sujets complexes et sombres ». La définition correspond bien à sa dernière présence à Montréal avec sa compagnie Kidd Pivot pour une participation des plus remarquées au Festival TransAmériques avec Betroffenheit au mois de juin dernier. L’œuvre était coproduite entre autres par l’Agora de la danse.

Pite, qui a été acclamée pour son travail chorégraphique avec de grandes compagnies internationales, comme le Nederlands Dans Theater, le Royal Ballet de Londres et l’Opéra national de Paris, remixant avec talent danse, arts visuels, théâtre et texte, est venue travailler la première fois à Montréal en 1995 pour un spectacle des Ballets Jazz qui visiblement lui a porté bonheur.

« En danse, nous dira-t-elle plus tard, il se passe plus de choses à Montréal qu’à Vancouver qui n’a pas autant de structures pour la soutenir. Demain, j’irai visiter l’Édifice Wilder – Espace danse, un lieu qui n’a pas son équivalence à Vancouver. »

* Crystal Pite. Photo par Michael Slobodian.

Sa compagnie reviendra à Montréal en avril prochain dans le cadre de DANSE DANSE avec son nouveau spectacle, Revisor, une autre collaboration avec l’écrivain et homme de théâtre Jonathon Young. « C’est le prolongement de mon travail accompli au cours des années. Il y aura beaucoup de texte pour les huit danseurs, quatre hommes et quatre femmes, dans une relation puissante entre le corps et la parole », dira ensuite Crystal Pite tout en remerciant Francine Bernier qui a été « la première à me faire confiance à Montréal ».

Dans la catégorie Contribution exceptionnelle, le prix a été décerné à Dena Davida, l’âme de Tangente, danseuse, chorégraphe, commissaire, pédagogue et chercheure en danse contemporaine à quoi elle a consacré toute sa vie.

Alors que le prix Découverte est revenu à la chorégraphe et interprète Katia-Marie Germain pour Habiter qu’elle a présenté au dernier OFFTA avec une démarche interdisciplinaire à contre-courant.

Le prix Interprète, avec sa bourse non négligeable de 10 000$, est allé à la danseuse Louise Bédard pour l’opus de Catherine Gaudet, Tout ce qui va revient, présenté à La Chapelle Scènes Contemporaines au printemps 2018.

Francine Bernier. Photo par Dominique Malaterre.

Tandis que pour la première année, le prix Diffusion internationale est allé à la compagnie de Hélène Blackburn, Cas Public, pour le spectacle 9 qui a atteint les 34 représentations dans 18 villes de trois pays.

Mais, le plus émouvant aura été ce prix Gestionnaire culturelle attribué à Francine Bernier, une figure familière mais habituellement cachée dans les coulisses de l’Agora de la danse. « J’aime rester en arrière, c’est un choix de vie que j’ai fait », avoue la principale intéressée, ajoutant : « Quand je suis arrivée à l’Agora, la maison accusait un déficit de 85 000$ pour 45 000$ reçus en subventions. Sur la rue Cherrier, nous étions locataires, tandis qu’au Wilder nous sommes propriétaires, et nous gérons maintenant un budget de fonctionnement de 2 millions.

Le chemin parcouru en 25 ans, enchaîne Francine Bernier, c’est aussi le public, le lien entre le public et les artistes. Nous pouvons compter sur plusieurs générations de chorégraphes, et nous sommes devenus une véritable Maison de la danse. Au Wilder, nous avons plus d’espace et les salles sont mieux équipées. On sent une énergie qui rebondit sur nous, car le lieu vibre, le quartier vibre, apportant une énergie positive. Même que depuis septembre, nous avons affiché complet à tous nos spectacles.

Parmi les autres prix remis dans le cadre des PDM, il faut mentionner le Prix du Conseil des arts et des lettres du Québec, assorti d’une bourse de 10 000$ au duo de Tentacle Tribe, Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund, pour leur spectacle threesixnine qui puise dans les courants issus de la culture hip-hop.

De même que le Prix Envol pour la diversité culturelle et les pratiques inclusives en danse, du même montant mais cette fois du Conseil des arts de Montréal. Il a été décerné à France Geoffroy qui depuis plus de 20 ans, danse en fauteuil roulant, contribuant ainsi à l’essor de la danse intégrée dont elle est la pionnière ici, et réaffirmant autrement le dynamisme et l’ouverture de Montréal comme une très enviable capitale de la danse dans le monde.


Photo en entête (Kidd Pivot) par Michael Slobodian.

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