Les Soeurs Boulay
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Entrevue avec Les Soeurs Boulay | Bienvenue au 4488

Il y a quelques jours, Les Soeurs Boulay ont lancé leur deuxième album, 4488 de l’amour. Pour l’occasion, la piscine vide du Bain Mathieu s’est transformée en Hochelaga tropical, qui ne manquait pas d’arbres, de chandelles et de petits bruits d’animaux. Un univers signé Boulay. Malgré leur folle semaine post lancement, Mélanie et Stéphanie ont pris le temps de s’asseoir avec Sors-tu.ca pour faire une rétrospective sur leur travail, leur vie de nomade et leur sentiment d’appartenance envers chez-elles, au 4488.

Soeurs Boulay - Montréal Bain Mathieu  - 15 octobre 2015-2

Le 4488

Leur 2ème album, c’est la parfaite continuité du premier, d’une formule semblable. C’est impossible de démystifier l’origine des chansons quand les deux disques tournent sur shuffle. « C’était important pour nous de garder l’essence du projet, mais c’était important de ne pas refaire la même recette », dit Stéphanie. Elles ont gardé les voix en harmonies et les cordes acoustiques du ukulélé et de la guitare, mais avec bien des épices à la Philippe B et plusieurs autres musiciens, pour une sauce plus élaborée et un son exotique.

Sur le premier album, les filles étaient réticentes envers les sons électro et les collaborations multiples. Selon Mélanie, elles avaient « rejeté tout ce qui était chimique. »  Alors qu’elles étaient frileuses d’élargir la famille, cet album complète leur duo avec 6 musiciens. « Je pense que ça ne nous dénature pas, ça embellit notre musique. Ça allait vraiment de soi qu’on veulent ajouter plus de couches à cet album-là. »

Elles ont choisi de travailler avec des gens avec qui elles avaient collaboré dans le passé, question d’ajouter à la complicité sur la route et à la compréhension de l’essence du duo. Gabriel Gratton les avaient accompagnées en tournée, tandis que Jesse Mac Cormack écrivait de la musique avec Mélanie. « On est entourées de personnes vraiment exceptionnelles qui nous comprennent bien », insiste-t-elle.

Jouer avec les mots

Il y a quelque chose qui peut relier n’importe qui aux chansons du duo. Il y a tellement d’images et de jeux de mots futés qu’on ne peut pas s’empêcher de connecter avec les paroles. Stéphanie soutient que c’est de la chance: « Ça adonne que ce qu’on écrit spontanément, les gens se reconnaissent. C’est con, mais on pourrait écrire des affaires qui viennent vraiment du coeur mais que ça ne parle à personne. » Elles se considèrent comme imparfaites et maladroites, et qu’ainsi leurs fans peuvent compatir avec elles.

Connaître leurs albums, c’est un peu comme les connaître elles. « Quand on écrit une chanson, on ne se censure pas et on ne pense pas. On pense après. Ça arrive des fois qu’on va vraiment loin dans l’intimité, et qu’après on se demande si on a vraiment envie d’aller aussi loin », avance Stéphanie. La plupart du temps, la réponse est oui. « C’est ce qui nous vient spontanément, et on a pas envie de mettre des gants blanc. »

Elles écrivent pour que les gens puissent connecter avec eux. « Quand tu écoutes de la musique, c’est parce que tu as envie de sortir de ta tête, mais connecter avec toi aussi. C’est un paradoxe: tu as envie de t’évader mais de te connaître à travers ça. » C’est ce qu’elles ont le plus envie d’apporter. Pour Mélanie, c’est l’interprétation des gens qu’elle aime. Elle nous parle de Mappemonde, qui a été reconnue comme un hymne lesbien pour plusieurs. Elles trouvent ça génial de voir que les gens peuvent s’approprier leurs histoires selon pleins d’angles personnels.

 

Un duo nomade à la maison

Peu importe l’intimité qu’elles vivent à travers leurs compositions, c’est quelque chose qu’elles aiment partager à deux pour s’inspirer par la suite. Au lancement de leur album, Mélanie raconte l’origine de Andaman Islands comme étant une histoire d’amour avec son instructeur de plongée en Inde. Sujet très personnel qu’elle partage avec sa soeur, pour ensuite composer à deux. « Je lui ai raconté mon histoire, et après elle est capable de mettre des mots dessus. »

Un artiste, pour écrire son premier album, il a toute sa vie. Le deuxième, par contre, il doit venir rapidement. Pour les Boulay, ça a donné un album inspiré de fonds de caravanes, de chambres d’hôtel le matin, du 4488. Pour Stéphanie, la route et la maison est un combo gagnant. « J’aime l’errance, être entre deux destinations et avoir la tête qui spin. On tient pas en place mais quand on se retrouve chez nous ça fait naitre d’autres chansons aussi. » Selon Mélanie, il faut provoquer l’inspiration. « T’attends pas que quelque chose te tombe sur la tête. C’est actif, tu penses tout le temps. On a besoin d’être inspirées de milieux pour écrire ce qu’on écrit. »

 

Paix

Les soeurs n’arrêtent pas depuis leur victoire aux Francouvertes 2012, et ça affectait leur niveau de zénitude. Pour Mélanie, c’est un combat de rester peace là-dedans. « Ce qu’on va faire de différent dans cette tournée-là, on va se garder du temps. » Du temps pour le travail, la vie amoureuse, les amis, choses qui avaient été négligées dans les dernières années. « Ça nous a pas rendu folles, mais pas loin de. Fatiguées, tu sais même plus si t’aimes ta job, tu pleures tout le temps, t’es pas la meilleure version de toi-même et ça te fait chier. » C’est l’automne qui la rend emo, mais c’est aussi un désir d’honorer le métier et d’être reconnaissant. « Parce que c’est quand tu deviens pas reconnaissant que tu t’en veux. »

Avec du recul, les soeurs savent qu’elles ont besoin de temps libre pour rester en paix avec elles-mêmes, chose qu’elles intégreront dans leur prochaine tournée. « On dit que ça n’a pas été facile mais c’est aussi le plus beau métier du monde. Décider ce que tu veux faire sur la scène, dire, chanter, ce que tu veux porter, c’est une grande liberté. De savoir que les gens t’acceptent comme tu es c’est hyper rassurant », ajoute Stéphanie.

Authentiques dans leur maladresse et leur beauté, Les Soeurs Boulay se lancent à nouveau dans deux années de tournée. Avec une si belle évolution, pas de doute qu’il y aura encore beaucoup d’autres albums pour nous gâter les oreilles. Pour l’instant, suffit de profiter de la performance de deux chansons qu’elles nous ont offerte à CIBL 101,5 (à notre émission « Sors-tu (à la radio) ? » ):

 

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