Orchestre Métropolitain
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L’Orchestre Métropolitain (avec Nicolas Angelich) | Les Visages de Rachmaninov

C’est la rentrée pour l’Orchestre Métropolitain et son chef d’orchestre Yanick Nézet-Séguin. À leurs côtés, le pianiste Nicolas Angelich présentait le 3ème Concerto de Rachmaninov. Une pièce si mémorable qu’elle a presque éclipsé le reste du concert, pourtant de grande qualité.

 

Entrée de concert chaleureuse

Après les traditionnels mots de bienvenue du directeur général Jean R. Dupré et ceux du chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin (qui en d’ailleurs profité pour insister, maladroitement mais honnêtement, sur le silence nécessaire à l’orchestre entre les mouvements d’une même pièce), le concert a débuté sur une création, Avril, du compositeur québécois contemporain Nicolas Gilbert.

L’Orchestre Métropolitain montre immédiatement une finesse d’interprétation remarquable. L’orchestration, aussi savante que colorée, crée de superbes intonations. On croirait entendre des orgues à l’intérieur des tuttis, la construction progressive du thème est particulièrement bien menée. On apprécie, dans un programme aussi riche, cette pièce contemporaine puissante et chaleureuse. La composition est suffisamment délicate pour être accessible au public, et c’est avec enthousiasme que celui-ci remercie compositeur, chef et orchestre dans de beaux applaudissements.

 

Un concerto inoubliable

Comment parler, ensuite, du Concerto pour piano n.3 en ré mineur (opus 30) de Rachmaninov? Les mots ne suffiront pas. Angelich entre sur scène avec calme, face à un Nézet-Séguin heureux qui nous a confié en début de concert que le 3è est son concerto préféré. Ensemble, ils entament ce monument de la musique romantique. L’orchestre, d’abord timide dans les premières mesures, se laisse rapidement emporter par le jeu du pianiste pour l’accompagner aussi bien que possible.

* Photo par François Goupil.

Angelich interprète avec une formidable nonchalance les trois mouvements. Le son du piano est rond, riche, il imite aussi bien les violoncelles que les flûtes traversières. La ligne mélodique est portée par des contrastes très vifs, elle reste audible même dans les forte de l’orchestre.  Le jeu du pianiste est si parfait, tout en maîtrise et en intelligence, qu’il devient difficile de lui donner la réplique. Heureusement, les talentueux musiciens, portés par la direction toujours attentive de Nézet-Séguin, parviennent à rendre un accompagnement aux couleurs inouïes.

Les trois mouvements défilent sous les doigts des musiciens. Les réponses des solistes au pianiste, les tuttis éclatants, les cadences déchirantes s’enchaînent pour former un moment incroyable. C’est à peine si le public attend que la note finale retentisse pour bondir des sièges et acclamer les musiciens. Angelich, sous les « bravos » criés dans toute la Maison Symphonique, revient au troisième rappel pour interpréter la première des Kinderszenen (Scènes d’Enfants, Op. 15) de Schumann. Yannick Nézet-Séguin, qui a passé le concerto à écouter Angelich avec ravissement autant qu’à diriger l’orchestre, s’assied comme un enfant sur l’estrade de conduite pour profiter de la douceur de ce moment unique. C’est profondément ému que le chef d’orchestre sort de scène en raccompagnant le pianiste.

* Photo par François Goupil.

La puissance de l’Orchestre Métropolitain

L’entracte nécessaire après autant d’émotions se termine sur la remise du prix Nézet-Séguin à la jeune corniste Laurianne Paradis. Il faut maintenant reprendre la musique, et offrir une Symphonie n.1 en mi mineur (opus 39) de Sibélius à la hauteur du moment que la Maison Symphonique vient de vivre. Mais le concerto de Rachmaninov et la chaleur du public ont donné des ailes à l’Orchestre Métropolitain. Ils entament une symphonie puissante, riche et grave. Après s’être contenté de la deuxième place en donnant la réplique à un soliste exceptionnel, l’orchestre réclame maintenant son heure de gloire. Nézet-Séguin, hypnotique, danse sur son estrade pour insuffler à ses musiciens l’énergie nécessaire à l’interprétation de ce morceau intense. L’orchestration fait une très belle place aux bois et aux cuivres de l’orchestre, qui en profitent pour s’exprimer, soutenus par des pupitres de cordes éclatants. Ici encore, la pièce n’est qu’une longue respiration musicale, offerte par l’orchestre et portée par son chef. Il n’y avait pas de morceau plus adapté pour prendre la suite du 3ème concerto.

Ce long concert se termine sur des applaudissements nourris et mérités. Yannick Nézet-Séguin, qui ne veut plus quitter la scène, fait lever tour à tour chaque pupitre de l’orchestre pour des remerciements plus que mérités. L’ouverture de la saison 2018-2019 démontre encore une fois l’étendue du talent de l’Orchestre Métropolitain, que la ville de Montréal est bien chanceuse d’héberger.

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