Low
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Low à la Sala Rossa | Lentement, mais pas si sûrement

Double Negative, c’est à la fois le nom du nouvel album de Low et de leur tournée actuelle, qui s’arrêtait jeudi soir à la Sala Rossa. Le trio américain a connu de bons moments durant ses 25 ans de carrière, mais le virage à gauche présent sur ce dernier opus est particulièrement saisissant. Dès la première chanson Quorum, on sent des influences de music noise, de drone, d’électronique par-dessus leur dream pop minimaliste. L’album jongle habilement entre claustrophobie et ouverture, entre lumière et bruit. On pouvait donc se demander comment le trio allait faire pour recréer cette ambiance sur scène.

La réalité, c’est que Low n’a pas vraiment essayé tant que ça.

Les contrastes auraient pourtant dû être évidents. En particulier alors que la formation termine son spectacle sur les deux chansons les plus fortes de Double Negative. D’abord, la ballade Dancing and Fire était, il faut l’admette, envoutante à souhait. Les voix de Mimi Parker et d’Alan Sparhawk forment un heureux mélange qui amplifie l’ambiance tendrement post-apocalyptique de la pièce. Mais vient ensuite Disarray, qui se démarque dans sa version studio par son rythme insistant qui semble parfois étouffer les chœurs. Autant on y sent une tension saisissante, autant la chanson donne envie de bouger. Sur scène, le groupe n’a malheureusement pas ce qu’il faut pour recréer la chanson, ou même, simplement, son énergie.

Vrai que Low est d’abord reconnu pour sa discographie lente et rêveuse. Avec un éclairage rouge aussi statique que les musiciens, le groupe ne cherche pas vraiment l’attention. Alan Sparhawk joue sa guitare dans son coin, devant son micro bien planté à la gauche toute de la scène. Le bassiste Steve Garrington, lui, ne sait pas s’il préfère jouer debout ou assis à l’autre bout. En plein centre, Mimi Parker ajoute des percussions plus qu’elle ne joue de la batterie, elle qui n’utilise ni bass drum, ni hi-hat. Le groupe ne s’adresse pas du tout à la foule avant la toute fin.

Bref, le trio semble avoir poussé à l’extrême l’idée de laisser la musique parler d’elle-même.

Cette musique semble toutefois chuchoter plus souvent que parler. Si bien que l’on peut entendre le plancher de la Sala Rossa craquer sous les pieds des spectateurs qui se meuvent lentement de gauche à droite. Heureusement, le public reste majoritairement silencieux et attentif, quoique certains écoutent les yeux fermés. Par moments, les pédales d’effets d’Alan Sparhawk viennent percer l’ambiance pour donner un côté shoegaze à la performance. Do You Know How to Waltz, parue il y a déjà plus de vingt ans, en est probablement le meilleur exemple alors que le groupe termine la pièce sur un mur de bruit aussi imposant dans son volume que dans sa longueur. Même sans réelle ligne mélodique ou variation rythmique – Mimi Parker se contente de brosser ses cymbales pendant presque tout le passage – personne ne semble voir les minutes passer. Sur disque, le crescendo instrumental dure environ dix minutes. En spectacle, le temps s’est tout simplement arrêté. Il s’agira toutefois de l’un des rares moments où le groupe cherchera à maximiser les décibels.

C’est donc dire que Low est toujours capable d’offrir en concert de bons morceaux bien languissants, capable de faire fondre avec lenteur et simplicité son public. Là où le bât blesse, c’est lorsque le groupe s’attaque aux moments plus expérimentaux de leur (nouveau) répertoire. Les compositions de Double Negative sont solides, mais le spectacle de jeudi ne fait que confirmer l’importance du travail unique de production et des décisions éclectiques de mixage sur l’album. Un peu comme si le Low sur scène n’avait pas encore rattrapé le Low sur disque.

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