M pour Mtl (festival)
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M pour Montréal 2014 | Parcours d’un vendredi occupé : De Milk & Bone à Pypy en passant par Close Talker

Véritable buffet à volonté, on pourrait carrément consommer 12 heures de spectacles et conférences non-stop en une seule journée avec M pour Montréal… C’est presque ce qu’on a fait en ce vendredi glacial, où les spectacles-vitrines abondaient. 


 

13h – Conférence sur le journalisme musical numérique de Montréal (à la SAT)

Melissa Pelletier (du très bon webzine Les Meconnus, mais aussi du Huffington Post et Baron Mag), Alexis Charpentier (l’homme derrière le site Music Is My Sanctuary et les événements 24 Hours of Vinyl) et Cassie Doubleday (spécialiste en marketing de contenu et en médias sociaux) se partageaient le panel. On s’attendait à une réflexion ou un échange sur les enjeux du journalisme, mais au final, on en aura plutôt appris davantage sur le renforcement du branding d’un média en ligne, sur la différence assez mince pour certains entre un blogue et un webzine, et sur les tendances en matière de réseaux sociaux et de sources de financement pour les entités culturelles en ligne.

Pas inintéressant – ça n’aurait pas pu l’être avec ces trois-là – mais un brin hors-sujet.

AVERTISSEMENT DE CHAUVINISME :  Le modèle d’affaire du regroupement Culture Cible, duquel fait notamment partie Sors-tu.ca, a été évoqué à deux reprises en tant que piste de solution intéressante pour l’avenir. Voilà c’est dit.

 

15h – Dear Criminals, Look Vibrant, Milk & Bone et Martin Lizotte (Petit Campus et Café Campus)

Photo par Manon Boquen

Random Recipe. Photo par Manon Boquen

Comme à chaque année, les vitrines de 20-25 minutes en alternance au Petit Campus et au Café Campus étaient de retour en après-midi. À notre arrivée, Dear Criminals terminait sa prestation avec une version d’une grande intensité de Petite Mort. Le projet parallèle indie-dramatique de deux membres de Random Recipe (Frannie Holder et Vincent Legault) complété par Charles Lavoie a semblé bien plaire au public réuni au Café Campus. Pour les avoir vus maintes fois par le passé, ça ne nous étonne pas.

Photo par manon

Look Vibrant. Photo par Manon Boque.

Suivait Look Vibrant, projet noise-pop montréalais sur la coke. Les quatre jeunes hommes (qui semblaient fraîchement sortis d’une friperie bon marché avec leurs accoutrements) semblent avoir l’imagination débordante et ont de l’énergie à revendre, mais c’est encore un peu confus tout ça. Leur rock nerveux aux mille détours est un peu trop imprécis pour marquer les esprits, et l’utilisation des voix de tête finit par taper sur les nerfs.

Photo par Manon

Milk & Bone. Photo par Manon Boquen.

Le clou de la journée était sans doute Milk & Bone, duo formé de Camille Poliquin et Laurence Lafond-Beaulne. Les deux jeunes dames ont un charme discret, tout de noir vêtues, presque néo-gothiques et visiblement réservées. Leur musique est carrément ensorcelante : un genre de soul-pop nouveau genre, à forte teneur en claviers, avec des harmonies de voix cristallines éblouissantes. Croisez Lykke Li, The XX et Jessy Lanza, et ça vous donne une idée du genre de son qui se trame chez Milk & Bone.

Si on ne s’arrête pas trop aux paroles, le charme opère sans détour. Superbes versions de New York et Coconut Water notamment. Elles n’ont pas d’album pour l’instant, mais l’étiquette Bonsound accueillera leur première offrande au printemps 2015. Gros buzz à prévoir…

Photo par Manon

Martin Lizotte. Photo par Manon Boquen.

À peine le temps de se remettre de ses émotions que Martin Lizotte nous attendait au Petit Campus où son univers de Pianolitudes était parfaitement installé : lumière tamisée, piano droit de côté, machine à bulles et lumières fluo provenant du Dollarama. Et son contrebassiste Mathieu Dézy à ses côtés, séparé par un mur de machines.

C’était une toute autre ambiance que le reste de la journée : mélodies de piano hantées, comme la musique d’un film tantôt étrange, tantôt dramatique. Certainement émouvant. À un certain moment, Lizotte s’set coiffé d’une demi-boule disco, reflétant quelques lumières dispersées.

Envoûtant.

 

21h30 – Katie Moore et Close Talker

Plus tard, au O Patro Vys, Katie Moore et ses musiciens (notamment l’excellent Mike O’Brien à la guitare électrique et au chant, et un SoCalled toujours enthousiaste au piano) ont réchauffé l’atmosphère pour la venue du groupe indie-rock de Saskatoon, Close Talker. Que peut-on rajouter au sujet Katie Moore ; elle détient sans contredit l’une des plus belles voix de Montréal. Un type de chant parfaitement adapté à son folk-country, qui prend parfois des airs de rock, mais toujours léger.  On ne s’en lasse jamais.

Puis, Close Talker, l’une des belles découvertes de l’automne, avec l’album Flux, qui a été enregistré aux Breakglass Studios, avec Jace Lasek (de Besnard Lakes). On n’associe pas nécessairement le rock indé de qualité aux prairies, mais l’approche de Close Talker est assez surprenante, et surtout très efficace. Chacune des chansons opère un peu comme un petit voyage à travers les tourments de l’être humain, avec une forte charge émotionnel et quelques détours étonnants, fort bien amenés.

Sur scène, les quatre gars semblent prendre leur pied, bien menés par le tandem de Will Quiring et Matthew Kopperud.

On souhaite les revoir bientôt à l’oeuvre par ici, eux qui ont une connexion toute spéciale avec Montréal, de par leur expérience aux studios Breakglass… mais on raconte aussi que le bassiste du groupe, Jeremy Olson, est un fan fini du Canadien. Qui sait, la bande sera peut-être tentée d’emménager là où Carey Price fait des miracles et la scène musicale indie-rock est fertile et ouverte…

 

23h30 – Pypy à l’Agora du coeur des science de l’UQAM

Un taxi plus tard, Pypy terminait une soirée RIDM/M pour Montréal avec une prestation – vous l’aurez deviné – folle et imprévisible.

Pour ceux qui l’ignorent, Pypy est un projet parallèle punkadélique de la gang de Duchess Says, les Sexareenos, CPC Gangbangs et Red Mass. Leur album Pagan Day, paru en février, est une vraie petite bombe.

En gros, Phil Clem et Simon S tiennent le rythme endiablé, pendant que Roy V shred comme un maniaque et qu’Annie-Claude chante, gueule, beugle et se démène comme une femme possédée. Assez freakant (et intense) merci.

Juste parce que, cette dernière décide d’aller « emballer » des gens de la foule dans une pellicule de plastique, menant à une étrange scène de moshpit dans le Saran Wrap, qui retenait les gens entre eux comme une toile d’araignée. Pas mal drôle.

Avec Pypy, tout comme avec Duchess Says ou Red Mass, y’a de fortes chances que ça dérape gentiment, et c’est ce qui est arrivé : la foule d’abord tranquille s’est senti interpellé par cet appel à notre instinct primal et libéré. Chapeau à la sécurité qui restait aux aguets sans tuer le plaisir.

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