Ma première fois
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Ma première fois au Théâtre St-Denis | Toujours du souffle trois ans plus tard !

Le spectacle « Ma première fois », présenté au Théâtre St-Denis les 17 et 18 mars derniers en supplémentaire, a su satisfaire un public qui semblait déjà conquis d’avance ! Cette pièce, écrite par Ken Davenport et mise en scène par Jasmin Roy, a fait partie du Festival Juste pour Rire à ses débuts, en 2014. Elle a ensuite été présentée plus d’une centaine de fois à travers le Québec. La salle comble d’hier soir témoigne de l’intérêt persistant des gens envers la première fois !

La distribution originale était constituée de Martin Vachon, Roxane Bourdages, Jonathan Roberge et Marie-Soleil Dion (qui fut remplacée par Émily Bégin pour un moment). Hier soir, 18 mars, Marie-Soleil Dion était présente exceptionnellement à la place de Marie-Lyne Joncas, et Martin Vachon, Roxane Bourdages et Mathieu Cyr constituaient la distribution.

Devant un public plus que réceptif, les 4 comédiens ont su déjouer quelques clichés et offrir une soirée des plus divertissantes. Bien que pas nécessairement extraordinaires, les différentes histoires ont su captiver le public, et sans doute raviver beaucoup de mémoires… Ou mettre le feu à l’imagination!

La quantité de courtes anecdotes poignantes, débitées à toute vitesse, fut impressionnante. En tout, une vingtaine de numéros différents ont su tantôt faire rire, tantôt provoquer, mais aussi révéler un côté dramatique pour le moins surprenant dans un spectacle humoristique (numéro qui portait sur le viol), le tout sans être trop vulgaire ou déplacé.

Car avouons-le, la ligne est mince, entre les blagues grivoises et coquines et le sexisme carrément dégoûtant/rabaissant… Ma première fois sait jouer sur cette ligne sans trop tomber dans le côté obscur, et c’est tout à son honneur. Toutefois, il ne faut pas avoir les oreilles chastes, car on y traite de sexe évidemment sans tourner autour du pot – mais c’est très bien ainsi.

Alors, on s’écartille exagérément, on bouge du bassin, on fait des mimiques et des clins d’oeil langoureux, on se met à quatre pattes ou à genoux, sans vergogne… En effet, pourquoi porter des gants blancs ? Le monde a besoin d’une pièce comme celle-ci pour briser les tabous, inciter la communication et favoriser des comportements responsables et sains. Les choses sont dites de façon crue, oui, mais ça fait leur beauté – qu’on cesse de se cacher!

Myfirsttime.com

Le premier numéro de la soirée, interprété par Martin Vachon, parle de strip-tease, d’autobronzant et… d’un accouchement un peu tourné au ridicule. Ça reste quand même divertissant, malgré des blagues de nuages « cunnilingus » un peu réchauffées… mais on aurait souhaité un numéro d’ouverture plus captivant.

Arrivent ensuite ses trois comparses, et, tous assis devant leurs ordinateurs, on pourrait penser qu’ils travaillent, mais ils « écrivent » leur première fois sur le site myfirstime.com. Ce site web a recueilli des milliers de témoignages et fut le point de départ de la pièce.

Les décors étaient minimalistes à souhait. Ici, small is beautiful : des écrans et des chaises. Quatre écrans verticaux amovibles (s’ouvrant comme des portes, de chaque côté), sur lesquels il y avait des projections. Et les quatre simples chaises de bar furent utilisées à bon escient : transformées en bancs d’autobus, en cabine de toilettes d’avion, en lit…

Par ailleurs, entre certains numéros, des statistiques portant sur la vie sexuelle des Québécois sont projetées sur les écrans. Entre les deux premiers numéros, des questions sont affichées, incitent les gens à applaudir (« Aurez-vous une relation sexuelle ce soir ?», par exemple) Cela fut interactif, en plus de donner le ton de la soirée! Les conversations commençaient déjà à fuser de partout, l’ambiance étant propices aux confidences, semble-t-il.

Les panneaux ont également été utilisés sans projections, pour faire des jeux d’ombres (notamment dans le premier numéro de Marie-Soleil Dion, où Roxane Bourdages mime la scène racontée – deux filles qui « jouent à Occupation double »).

Les numéros s’enchaînent à la vitesse grand V, de façon très rodée, très efficace. Les comédiens empruntent une myriade de voix et même d’accents différents, et en l’espace de quelques secondes, démontrent qu’ils savent camper une étonnante variété de personnages. C’en est presque étourdissant.

 

Toute forme de sexualité est la bienvenue

Les situations abordées étaient variées et prônaient de belles valeurs, pour la plupart. Ouverture d’esprit et diversité étaient au rendez-vous : l’hétérosexualité, l’homosexualité, la bisexualité étant présentes ; il aurait été intéressant d’avoir davantage de témoignages de personnes transgenres, ou encore asexuelles.

Mathieu Cyr et Martin Vachon s’y sont donnés à coeur joie, dans leur numéro portant sur un bi-curieux et sa première fois avec un homme. Mathieu a léché le visage de Martin au grand complet, et lors d’une mise en situation dans une douche, ceux-ci se sont retrouvés à la renverse dans un éclat de rire généralisé! Les comédiens ont décroché quelques fois (Mathieu Cyr a dû se faire souffler une réplique), mais c’était drôle, et le public était encourageant.

Chacun des numéros avait une thématique particulière, le tout était bien structuré. Par exemple, des situations insolites (deux animateurs de radio dans leur station pendant qu’ils sont en ondes), des lieux insolites (toilettes d’avion, métro, église…). Situations invraisemblables aussi – perdre sa virginité à 15 ans à Las Vegas auprès d’une prostituée âgée. La question des MTS fut abordée de façon furtive mais incisive dans ce numéro. Des situations plus quotidiennes furent présentées aussi, comme ces deux jeunes qui se sont connus en classe et décident « d’écouter un film » ensemble.

Beaucoup de courts numéros relataient des faits de façon un peu aléatoire, mais ça ajoutait au charme de la pièce, à son caractère spontané et candide. Des stroboscopes ont été utilisés à la fin d’un tel numéro, les comédiens criant diverses onomatopées, qui ont fini avec la chanson-titre de l’émission Watatatow!  Déjanté, quoiqu’un peu incohérent. D’ailleurs Éric Salvail a aussi été nommé à plusieurs reprises durant la soirée ; on ne comprend pas trop pourquoi…

Le public a su être attentif et sensible, lors de numéros traitant de sujets plus tabous, comme par exemple celui qui parle d’une première relation sexuelle avec une personne atteinte de paralysie. Ou encore, lors d’un lourd numéro de Martin Vachon et Mathieu Cyr, où il était question de viol. Le point de vue du violeur et celui de la victime étaient présentés en parallèle, pour décrire deux histoires différentes. Troublant. La question du blâme sur les victimes de viol a aussi été abordée, la dénonçant.

On a aussi parlé du fait de perdre sa virginité à un âge relativement avancé, les raisons qui motivent les gens à faire ce choix, ainsi que les conséquences sur leur vie. L’avortement aussi fut touché rapidement, un numéro voulant faire réfléchir les gens sur les contraceptifs. La question de la douleur fut également souvent mentionnée par les femmes… sujet souvent incompris, qui laisse planer un malaise, comme un mauvais bruit de fond.

 

Les témoignages du public

Avant le spectacle, des feuilles avec des questions par rapport à l’âge ou le lieu de la première relation sexuelle, étaient données au public. Après l’entracte, les quatre comédiens ont lu au public les témoignages les plus « remarquables »… Bien que loufoques, les situations ont souvent laissé place à des jeux de mots un peu douteux, car improvisés sur le moment.

On a eu droit à une première fois dans un cabanon, dans un coffre de voiture (?), dans un vagin (bravo!)… Un couple qui se disait marié et heureux depuis 25 ans s’est aussi fait envoyer promener par les comédiens, ces derniers disant que leur bonheur les enrageait !

La conclusion du spectacle nous ramène à l’introduction, où les quatre comédiens reviennent s’asseoir derrière leurs ordinateurs. Et ensuite s’enchaîne un rappel rapide et efficace des principales anecdotes, parfois avec l’aide d’un seul mot-clé, ce qui remémore encore une fois la diversité incroyable du nombre de témoignages que le site web a reçu initialement. Les comédiens se sont amusés à y rajouter les réponses du public (cabanon! coffre de voiture!)…

Puis le tout s’est terminé sur des conseils pour les vierges, débités par Roxane Bourdages à la manière d’une hôtesse de l’air, incitant les gens à prendre leurs précautions… Somme toute, Ma premiere fois est un spectacle porteur d’un important message social.


* Ma première fois sera présenté aux quatre coins du Québec au cours des prochains mois. Consultez le site officiel afin de connaître la date de spectacle la plus près de chez vous.

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