Major Motion Picture
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Major Motion Picture à l’Agora de la danse | De la danse comme au cinéma en noir et blanc

La compagnie de Vancouver Out Innerspace Dance Theatre fait un saut à L’Agora de la danse, entre ses tournées internationales, pour présenter une œuvre dont le processus créatif s’inspire de l’univers de grands cinéastes comme David Lynch, Alfred Hitchcock, Noam Chomsky, Akira Kurosawa, Sergio Leone, Norman McLaren ou encore Stanley Kubrick. Le résultat donne une danse cinématographique livrée en noir et blanc sur des musiques angoissantes mais terriblement efficaces.

Le spectacle est présenté à l’Agora de la danse de l’Espace Orange de l’Espace Françoise-Sullivan de l’Espace danse de l’Édifice Wilder. On le voit, l’adresse est un peu longue, mais ces nouvelles installations consacrées à la danse dans le Quartier des spectacles font l’envie de bien des villes sur la planète, confirmant véritablement Montréal comme une ville de danse.

Dans Major Motion Picture, ils sont trois danseurs et quatre danseuses, dont les deux chorégraphes David Raymond et Tiffany Tregarthen, qui sont également directeurs de la compagnie de Colombie-Britannique fondée il y a maintenant 10 ans. Les deux artistes sont aussi à l’origine d’une école de danse, Modus Operandi, qui offre une formation professionnelle aux jeunes danseurs parmi les plus radicaux au Canada.

Un peu froid, désincarné, pour ne pas dire sidérurgique, le spectacle se déroule le plus souvent dans la pénombre. Les danseurs en chaussettes noires et habits sombres évoluent dans un climat anxiogène. Ils n’ont que la peau des bras et des mains pour refléter la faible lumière ambiante, car les visages sont souvent cagoulés. Telle une gang de rue, les danseurs se confrontent à d’autres portant de surprenantes combinaisons rayées de toutes les couleurs conçues par Kate Burrows et Linda Chow.

Photo par Michelle Doucette.

Photo par Michelle Doucette.

Les lumières de James Proodfoot, jouant avec des faisceaux circulaires orientés davantage en fonction de l’espace scénique que des corps des danseurs, viennent soutenir l’action d’une manière très habile. Alors que les musiques puisant autant chez Ennio Morricone que du Pulse Percussion Ensemble, sont tout à fait en phase avec la chorégraphie.

Photo par Michelle Doucette

Photo par Michelle Doucette

Le duo de chorégraphes explore et exploite à bon escient les contacts physiques bruts, offrant une signature originale avec leurs mouvements saccadés pour faire bouger les danseurs le plus souvent groupés, les solos étant rares et de courte durée.

Les images ainsi créées ont un fort pouvoir évocateur, comme celles où les danseurs se pointent d’un doigt accusateur, se défient ou se défilent, se toisent ou s’évitent, avec des bruits de bouche amplifiés au micro, comme si nous étions plongés dans un univers conflictuel peuplé de monstres prêts à nous cannibaliser dans ce combat sans fin entre le bien et le mal.

« Les rebondissements émergent de la noirceur », peut-on lire dans le synopsis du spectacle par ce collectif d’artistes interdisciplinaires créant « une danse porteuse de sens » dont l’issue contrastante se passe cette fois-ci tout en douceur.

Après sa récente incursion à La Rotonde de Québec, la compagnie Out Innerspace Dance Theatre qui se réclame du mentorat de Crystal Pite, se produit à l’Agora de la danse jusqu’au 11 novembre, pour ensuite se transporter le 14 novembre au Théâtre Hector-Charland de L’Assomption dans les Laurentides.

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