Bosch Dreams
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Montréal Complètement Cirque 2019 | Ouverture fracassante avec Bosch Dreams des 7 Doigts

Premier festival de cirque contemporain en Amérique du Nord, Montréal Complètement Cirque, en seulement 10 ans, est devenu une référence prisée à l’international, ayant su se positionner rapidement aussi dans l’abondance des festivals montréalais l’été venu. Car Montréal est sans conteste une ville de cirque, riche de compagnies originales au-delà du Cirque du Soleil, comme Les 7 Doigts, En piste, Alfonse, Éloize et d’autres, sans oublier la Cité des arts du cirque avec la TOHU et l’École nationale de cirque. L’été dernier, Montréal Complètement Cirque a attiré plus de 430 000 spectateurs, ce qui est tout dire.

Le spectacle d’ouverture à la Salle Pierre-Mercure de la présente édition, qui est en cours jusqu’au 14 juillet, revient à Bosch Dreams de la compagnie montréalaise Les 7 Doigts qui en 15 ans d’existence a donné plus de 9 000 prestations dans 45 pays. La toute première de Bosch Dreams a eu lieu en 2016 en Hollande, pays d’origine de Jérôme Bosch, pour commémorer le 500e anniversaire de la mort du peintre que même Dali considérait comme le précurseur du surréalisme.

Ce spectacle, acclamé partout, aura fait le tour du monde avant d’atterrir enfin à Montréal, dans une mise en scène admirablement inventive de Samuel Tétreault, co-fondateur des 7 Doigts, et qui a déjà signé là Vice & Vertu et Triptyque.

* Photo par Mortem Abrahamsen.

En s’inspirant de la fresque Le jardin des délices de Bosch qu’il a découverte lors d’une visite au musée du Prado à Madrid, le metteur en scène y a tout de suite vu un croisement possible entre les arts visuels et les arts du cirque. Le fils du galeriste Michel Tétreault, ayant côtoyé dans son enfance les plus grands peintres d’ici, que ce soit Françoise Sullivan, Jacques Hurtubise et même Jean Paul Riopelle, a été confronté au manque de temps lors de la création : une semaine de workshop et trois petites semaines de répétitions pour installer l’univers onirique qui fait le succès de ce spectacle ahurissant et d’une grande complexité.

Ce que Samuel Tétreault voulait, c’est que les personnages de la fresque de Bosch prennent vie sur scène. Et il y réussit à merveille grâce au travail colossal d’Ange Potier avec ses projections en couches superposées de films d’animation qui décortiquent l’œuvre originale avec génie. C’est lui aussi qui a conçu les costumes d’époque, avec ces drôles de masques au long nez en trompette qui émettent une inquiétante fumée, sûrement en provenance de l’enfer de Dante.

Les visages tourmentés des protagonistes, pipe crochue au bec, portant capes et bonnets sombres, tout cela est sous la signature mêlée des deux artistes à l’imagination débordante. À certains moments, on se croirait devant un écran 3D, tellement ce qui nous est donné à voir paraît réel. Les éclairages réglés à la perfection et l’environnement sonore y sont aussi pour beaucoup dans cette œuvre immersive, un spectacle total et ambitieux où se distingue avec son abondante chevelure bouclée Timothé Vincent, formé à l’École de cirque de Québec.

Paradoxalement, il y a moins de cirque que de tout le reste dans Bosch Dreams. Outre un substantiel et très impressionnant numéro de main à main, l’intégration du mât chinois et des trapèzes, il y a proportionnellement moins de rendu avec des disciplines circassiennes que de visuel. Il faut dire aussi que le personnage du conférencier expliquant épisodiquement les détails de la fresque n’est pas vraiment nécessaire, rompant alors avec la féérie de l’ensemble. Mais c’est la magie des équilibristes, voltigeurs, acrobates merveilleux et leurs talents conjugués qui l’emporte.

* Photo par Mortem Abrahamsen.

Tout suite après, les spectateurs sont invités à se rendre aux Jardins Gamelin pour une représentation de 30 minutes du spectacle gratuit Candide, conçu et mis en scène par Anthony Venisse. Une valeur sûre avec ce diplômé de l’École nationale de cirque qui s’est ajouté une formation en danse à l’École Rudra Béjart.

Évoluant à même une imposante et très haute structure métallique rectangulaire, éclairée de mille feux, ils sont 32 acrobates aux prouesses coupant le souffle, soutenus par une trame sonore des plus efficaces. Candide, si l’on se fie aux productions précédentes, attirera plus de 3 000 spectateurs deux fois par jour à la place Émilie-Gamelin.

Une nouveauté cet été, la Zone jeunesse complètement cirque où des apprentis acrobates de 3 à 12 ans peuvent s’initier au trapèze, au trampoline et à la jonglerie, grâce à l’École de cirque de Verdun.

Le festival, c’est aussi La rue complètement cirque, avec des artistes de la relève et leurs créations expressément conçues pour la cohue déambulatoire de la rue Saint-Denis qui n’a jamais paru autant sollicitée. Un circassien comme Olivier Sylvestre, avec sa roue allemande, y donne jusqu’à trois spectacles par jour. Acrobatie, jonglerie, trapèze ballant, sangles, contorsion, cerceau aérien et même acro-danse, la rue grouille de partout, le public poussant les Ho! et les Ha! jusque devant les hauteurs du mât chinois installé sur le toit même du Théâtre Saint-Denis. Montréal est vraiment une ville de cirque.

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