New York | Triplé de talent — et de faste! — québécois dans la Grosse Pomme

Notre talent s’exporte et il s’exporte bien. À la fin-janvier, Sors-tu.ca a eu la chance d’aller passer un week-end tout québécois dans la ville qui ne dort jamais, ce même week-end où le très excellent Philip Seymour Hoffman a été retrouvé sans vie dans son appart de Manhattan – paix à son âme. Et ce week-end-là, c’était aussi celui du Super Bowl. Grosse fin de semaine, donc!  Mais pour Sors-tu.ca, c’était l’occasion d’aller zieuter Rusalka au Metropolitan Opera, puis Queen of the Night, au splendide Diamond Horseshoe.

Du mercredi 29 janvier au samedi 1er février, toutes les demi-heures entre 17 h et 21 h 30, la façade du Macy’s d’Herald Square s’animait du Super Bowl Virtual Theater, un grand trip multimédia signé Moment Factory.

Images d’archives triées sur le volet en collaboration avec la NFL, animation 2D et 3D, trame sonore : un beau délire plus grand que nature en hommage au sport favori des zaméricains. Et encore une belle vitrine pour la compagnie québécoise à qui on fait de plus en plus souvent appel partout sur la planète pour en mettre plein la vue.

Crédit : Moment Factory.

Crédit : Moment Factory.

 

 

Rusalka au MET: Nézet-Séguin, Fleming, Boulianne

Vendredi soir, 31 janvier : il y avait l’opéra Rusalka, du compositeur tchèque Antonín Dvořák, dirigé par nul autre que la super star mondiale de chez nous, maestro Yannick Nézet-Séguin. En vedette aussi de cette production du Metropolitan Opera : la soprano américaine Renée Fleming dans le rôle-titre et, belle surprise, une autre artiste montante de la scène québécoise, la toute menue mezzo-soprano Julie Boulianne.

Photo de courtoisie

Rusalka. Photo de courtoisie par Ken Howard et Metropolitan Opera.

Rusalka, c’est dans le fond l’histoire de La Petite Sirène (pas celle de Disney…). Un Esprit des profondeurs, une Nymphe des eaux amoureuse d’un Prince qui se révèle volage, une méchante Sorcière qui lui pique sa voix, monnaie d’échange de sa métamorphose, une Rivale un peu bitch, un cœur brisé, une fin tragique… On connaît la chanson.

Cet opéra en trois actes, créé à Prague le 31 mars 1901, s’étale sur près de quatre heures, incluant les deux entractes. On se contenterait de fermer les yeux et d’apprécier la partition, superbe, riche, puissante. Ou de les garder rivés sur Nézet-Séguin, habité, précis, dansant, charismatique. L’histoire — et la mise en scène qu’elle a inspirée à Otto Schenk et à ses collaborateurs : faste mais traditionnelle — présentant peu de rebondissements, d’action, de mouvement, apparaît très statique.

Déjà, après le premier entracte, quelque temps après l’air le plus connu, la Song to the Moon qui a propulsé Fleming il y a plus de 25 ans, la salle désemplissait. Quand, alors que la sorcière Ježibaba s’installe côté cour pour préparer son funeste brouet, une panoplie d’animaux géants de la forêt l’entoure dans ses sombres projets, et on se retient de rire. On se serait cru dans la scène de combat entre les rats géants et les soldats de Casse-Noisette!

Rusalka. Photo de courtoisie

Rusalka. Photo de courtoisie, par Ken Howard et Metropolitan Opera.

Pour la beauté de la musique, pour la joie de voir maestro Yannick Nézet-Séguin diriger un autre orchestre que son Métropolitain, pour découvrir le grandiose d’un opéra, pour zieuter les madames en tenue de soirée pis les monsieurs en nœud pap, pour critiquer les touristes, pour s’émerveiller devant le Met et son luxe, pour l’événement en soit, c’est une superbe expérience.

Pour abolir les frontières, rendre l’art opératique plus accessible, pour le divertissement, on repassera. C’est la musique qui gagne, anyway. C’est elle qui nous habite pendant un peu plus de 2 h 30 — et qui persiste entre nos deux oreilles longtemps après.

(Rusalka est présenté au Met de New York depuis le 23 janvier et jusqu’au 15 février. Le 8 février dernier, la représentation était captée en HD et sera retransmise dans près de 2000 cinémas répartis sur 64 pays. Thing Big façon opéra. Chez nous, ce sera le 29 et le 31 mars prochain, respectivement à midi et 18 h 30. Pour connaître les salles où Rusalka sera projeté ou acheter des billets, c’est par ici.)

 

 

 

Queen of the Night : nos 7 doigts de la main au Diamond Horseshoe du Paramount Hotel

Le lendemain, samedi soir, donc, on a passé la veillée en compagnie notamment des 7 doigts de la main. Dans Eyes Wide Shut.

Photo de courtoisie.

Queen of the Night. Photo de courtoisie par Joan Marcus.

Il est difficile d’en parler sans dévoiler les multiples surprises auxquelles l’aventure immersive du producteur Randy Weiner nous invite… On s’en remet à peine, quelque deux semaines plus tard. Sachez seulement que toutes les attentes qu’on peut avoir à l’égard du spectacle multidisciplinaire et plurisensoriel proposé pour la réouverture du mythique Diamond Horseshoe, un club des années 1940 dans le sous-sol du Paramount Hotel, ont été largement éclatées.

Dans une étourdissante descente vers le club en question, on croise une multitude de personnages tous plus attentionnés et coquins les uns que les autres, une maîtresse et son fouet, des grooms sexys sur leur 36, des soubrettes en simple chemise longue, et ça sent l’encens, une odeur musquée, sobre, mais chaude, qui laisse présager toutes sortes d’affaires.

On n’a pas le choix d’être fébrile ; malgré les nombreux commentaires qu’on peut lire sur Queen of the Night, on ne sait vraiment pas ce qui nous attend avant d’avoir les pieds carrément dedans. C’est pendant quelque chose comme 200 minutes qu’on est sur le qui-vive, aux aguets, excité, attentif à tout ce qui se passe sous nos yeux, aux expériences multiples auxquelles on participe, si on est bon joueur et si on n’a pas froid aux yeux.

Des antichambres, des couloirs, des cocktails de bienvenue qui nous attendent au bar — sorte de laboratoire de savant fou avec des trucs qui bouillonnent —, une scène ovoïde, centrale, la Queen, immobile, qui surplombe la salle… On en a pour une heure à essayer de saisir dans quoi on vient de se fourrer. À 20 h 30, le show commence — une fable vaguement inspirée de La Flûte enchantée de Mozart—, et on a droit à du cirque, de la danse, du théâtre, pendant que le staff — hôtes, serveurs, acrobates — est partout en même temps. Roue Cyr, barres d’équilibre, cerceaux, mât chinois, name it.

Photo de courtoisie par Joan Marcus.

Queen of the Night. Photo de courtoisie par Joan Marcus.

À un moment, c’est la bouffe qui arrive de partout. Ici, pas de menu. Tout dépendant de ta table, tu manges du cochon de lait, du homard, une paëlla végé ou du bœuf. Pis si ça fait pas ton affaire, tu vas trader ton assiette avec celle des convives d’une autre table. Participatif, qu’ils disent.

Il se peut qu’un groom te ramasse sensuellement la cravate pour te la lousser, défaisant aussi le premier bouton de ta chemise en te caressant l’épaule de l’autre main.

Il se peut qu’on t’invite dans les cuisines pour jaser avec le sous-chef, à l’enthousiasme communicatif, et qu’on te gâte en sabrant le champagne et en dégustant toutes sortes de plaisirs qui coûtent la peau des fesses.

Il se peut qu’un artiste vienne grimpouiller sur ta table pendant le repas ou qu’une jolie demoiselle vienne s’asseoir sur tes genoux pendant que tu picores ton crustacé.

Il se peut que le maître de cérémonie t’entraîne dans une antichambre humide où coule un bain et où t’attendent la Queen et sa fille, Pamina.

Il se peut à peu près tout.

T’es dans Eyes Wide Shut.

Pense orgie. Sensualité. Plaisir. Désir. Bouffe. Surprises. Cirque. Mises en scène. Inclusif, immersif. Des performances, de l’entertainment. C’est big, mais doux, c’est excitant. Tu patauges dans les excès, la débauche. C’est carrément décadent. L’abondance, l’ostentation. Y se passe trop de choses partout en même temps. Tu sais pas où regarder. T’es intimidé, mais curieux à la fois. T’as la chienne, mais t’es téméraire. T’embarques. Sinon tu perds la tête.

On se croise les doigts et tout le reste pour qu’il se fasse quelque chose dans le genre à Montréal… Après tout, la ville du péché n’a pas grand-chose à envier à celle qui ne dort jamais. Au contraire. On se rappelle que c’est de Montréal qu’émane tout ce talent-là.

(Queen of the Night s’est emparé du Diamond Horseshoe le 31 décembre et se poursuit jusqu’au 23 mars. Juste au cas, il y a un méchant bon deal juste ici pour un petit séjour à NY ce week-end…)

Reopening of DIAMOND HORSESHOE on New Year's Eve

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