Normal Desires
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OFFTA 2018 | moteur + Normal Desires en programme double à Tangente

Voué à la jeune création en arts vivants, le Festival OFFTA en marge du FTA, se poursuit jusqu’au 3 juin avec son étonnante programmation de 17 spectacles et performances mobilisant une cinquantaine d’artistes de la relève pour sa 12e édition. Réunis en un programme double, « moteur » d’Enora Rivière et « Normal Desires » d’Émile Pineault, viennent d’être présentés à l’Espace Vert du Wilder – Espace danse, en deux visions artistiques très différentes, comme il faut s’y attendre avec ce festival s’adressant aux plus irréductibles parmi les téméraires.

« Et si la conscience n’était que fiction?, peut-on lire à propos de moteur, un spectacle aussi singulier que déroutant conçu, écrit et interprété par Enora Rivière qui est à la fois danseuse, chorégraphe, écrivaine et chercheuse. En 2013, elle a fait paraître un premier livre intitulé ob.scène, récit fictif d’une vie de danseur, dont elle a tiré un prolongement chorégraphique l’année suivante.

Photo par Maxime Paré-Fortin.

Sa performance moteur, de facture complètement inusitée, transforme le spectateur en lecteur d’un long texte qui défile sur l’écran en fond de scène, pendant que la danseuse, au lieu de se déployer en une suite de mouvements chorégraphiés, demeurera avec de quoi surprendre dans la position immobile d’un quadrupède à l’avant-scène.

Un texte punché, un brin moralisateur, où elle commence par nous dire qu’elle ne sait pas si elle reviendra saluer à la fin, affichant ensuite son adresse courriel pour les commentaires. Sur un ton enfantin, elle parle à l’auditoire en toutes lettres sur l’écran, expliquant sa démarche artistique, sa technique et ses intentions, sa perception des autres et ses réflexions personnelles sur le corps dansé, aussi bien que sur la vie, et accessoirement l’émotion.

« On n’est ni au tribunal ni à l’église, on est au théâtre », peut-on lire, les mots d’Enora Rivière sur fond de bruits de vagues étant entrecoupés de murmures et de petits rires. « Détends ta nuque », « défronce les sourcils », nous lance-t-elle encore par écrit, en se redressant très lentement pour enfin se tenir debout après 30 minutes. Et voilà que c’est la fin du spectacle, nous laissant pantois, exactement comme l’artiste le souhaitait.

Désirs normaux

Suivra dans la même salle du Wilder un solo complètement autre, titré en anglais (encore!) Normal Desires, mis en scène et interprété par Émile Pineault. À propos de cet artiste issu du monde du cirque en bas âge, le programme nous dit que « Ses recherches actuelles se penchent sur la sensorialité, la corporéité et le recyclage de sa pratique acrobatique ». Il y a là un risque de dérapage, mais ce n’est pas du tout le cas.

Pendant toute la première partie de sa performance qui dure 35 minutes, Émile Pineault multiplie les contorsions et les ondulations de tout le corps en restant au niveau du tapis blanc de la scène, laquelle est surmontée d’un élément de lumière vive qui passera du rouge au vert.

* Photo par Maxime Paré-Fortin.

La conception sonore de Joël Lavoie consistant en un vrombissement qui s’accentue progressivement, crée une telle tension que le danseur finira par se déplacer à quatre pattes, puis par se dresser debout, sautillant sur place ou parcourant comme en état d’extase cinétique tout l’espace. La conception des éclairages et de la scénographie de Julien Brun lui en laissent tout le loisir. Le numéro, grâce à la forte présence en scène du danseur, est des plus réussis.

Encore à un stade exploratoire cependant, il sera intéressant de voir l’intégralité de l’œuvre d’Émile Pineault qui fera 60 minutes lors des huit représentations prévues pour l’événement annuel Danse-Cité, en novembre prochain à La Chapelle Scènes Contemporaines.

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