Rigoletto de Verdi
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Opéra de Montréal : Rigoletto efficace mais non mémorable

C’est avec le célèbre Rigoletto de Giuseppe Verdi que l’Opéra de Montréal a ouvert sa nouvelle saison hier soir à la Salle Wilfrid Pelletier. Habitué du grand spectacle, l’organisme a encore misé sur une superproduction montée dans un esprit classique pour offrir du grand spectacle à son public (les deux dernières saisons s’étaient ouvertes sur Aida et Tosca).


Rigoletto s’ouvre sur un décor classique à la statut romaine et au lourd rideau rouge tandis que les trop nombreux figurants aux costumes flamboyants tentent de s’organiser dans cet espace un peu trop restreint. L’Opéra de Montréal choisit toujours des décors et une mise en scène conventionnels pour les grandes pièces du répertoire alors qu’il pourrait facilement gagner en dynamisme en tentant de s’émanciper des codes traditionnels.

Néanmoins, la production peut s’appuyer sur des chanteurs solides pour pallier au manque certain d’originalité. On soulignera notamment la prestation de Myriam Leblanc (Gilda), toujours aussi convaincante dans les différents rôles qu’elle campe (on l’avait déjà remarquée dans Aida et Svadba).  À la fois touchante dans son innocence d’amoureuse trahie et sensible dans son dévouement à son père, elle illumine un casting de qualité mais qui manque parfois de puissance pour un opéra d’une telle envergure. En effet, il arrive à plusieurs moments que l’orchestre enthousiaste perde les chanteurs dans l’acoustique difficile de la salle. C’est d’ailleurs le cas lors des passages où les personnages interagissent à plusieurs (tout particulièrement vers la fin de l’acte III).

L’Opéra de Montréal a choisi de caster des chanteurs en début de carrière afin de dévoiler de nouveaux talents. Vartan Gabrielian fut probablement la voix d’homme la plus convaincante dans cette distribution somme toute assez jeune : le baryton-basse est impressionnant de précision, de puissance et de nonchalance dans le rôle de Sparafucile. René Barbera est pertinent dans son rôle du Duc de Mantoue, aidé par sa voix chaleureuse et portante et un charisme naturel qui convient bien à ce type de personnage. Rigoletto, campé par le baryton James Westman, offre plus de discussion quant à la puissance de sa voix (parfois inégale), mais toujours très lyrique. Son jeu d’acteur reste plus approprié dans les moments humoristiques que dramatiques. La qualité des voix reste indéniable dans le reste du casting (Carolyn Sproule, Rose Naggar-Tremblay, Scott Brooks et Brenden Friesen entre autres) mais nous laisse un goût d’inaccomplissement puisqu’il devient très difficile de les discerner dans ces moments-clefs.

Du point de vue de la construction de l’oeuvre, la production a tendance à s’appuyer sur des idées traditionnelles rassurantes mais manque de soigner les transitions ô combien importantes. On regrettera notamment les problèmes de tempi et de synchronisation avec l’orchestre lors des airs les plus connus, desservant l’atmosphère dramatique de l’opéra (l’air de Gilda Caro Nome dans l’acte I fut particulièrement instable). L’éclairage, un peu trop sombre de manière générale (et rencontrant quelques problèmes lors des suivis de poursuites), n’apporte pas grande nouveauté et finit par fatiguer le spectateur. L’Orchestre Métropolitain, dirigé par le chef italien Carlo Montanaro, offre un soutien dynamique efficace sans être dithyrambique et inoubliable.

Moyennant quelques ajustements de balance sonore et une meilleure intégration des phases transitoires,  le Rigoletto de l’Opéra de Montréal pourrait être une belle réussite dans un état d’esprit conformiste. On aimerait cependant commencer à voir un peu plus de fantaisie et de prise de risques dans les aspects visuels des productions, surtout lorsqu’il s’agit de mettre à l’honneur certains des plus grands opéras du répertoire bien connus du public.

 

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