Nick Cave
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Osheaga 2014 – Jour 2 | Nick Cave, Modest Mouse, Volcano Choir, Kongos et plus

Grosse journée pour le rock, samedi, alors qu’Osheaga proposait coup sur coup deux vétérans aux chevelures noirs charbon en Jack White et Nick Cave & The Bad Seeds. Conclusion toute en décibels pour une journée où le rock’n’roll se déclinait en divers tons.

Une cruelle réalité a frappé fort samedi soir pour les résistants du rock lorsque le légendaire Nick Cave s’est pointé sur la Scène de la Montagne devant un public pour le moins clairsemé. Le rappeur américain Danny Brown, qui se produisait au même moment sur la Scène Verte, semble avoir attiré un plus grand pourcentage du jeune public Osheagain.

Les absents ont tort, et dans ce cas-ci, ils ont manqué une prestation marquante. Du grand Nick Cave, plein d’histoires abracadabrantes et de personnages étranges, mis en chansons par un des auteurs compositeurs les plus doués de sa génération, et en musique par un groupe en pleine puissance.

En grand gentlemen qu’ils sont, Nick Cave et ses Bad Seeds ont tout donné pendant les 60 minutes que le festival leur ont accordé, juste avant Jack White. Quitte à terminer Stagger Lee avec le son de scène seulement, puisqu’on leur a coupé le volume prématurément dans les colonnes qui projètent vers le public.

Photo par Karine Jacques.

Photo par Karine Jacques.

Près de son public

Comme il le dévoilait dans l’excellent film à son sujet, 20,000 Days On Earth – que nous avons eu l’occasion de visionner en pre-première canadienne, vendredi matin – Nick Cave est le genre de performeur qui cherche à laisser une impression durable auprès des fans de première ligne. Ceux qui s’agglutinent devant la scène, qui veulent voir l’artiste de près, le toucher, l’atteindre. Ils en ont eu pour leur argent avec Nick Cave.

Le « crooner psychopathe » leur a rendu visite à plusieurs occasions, se tenant debout sur la clôture qui sépare les artistes du public, soutenu par quelques mains qui le tenaient en équilibre par les tibias. Avec son regard perçant, intimidant en raison de son intensité et de ses sourcils touffus, et ses textes narratifs plein de mordant et d’inquiétante poésie, le chanteur les a gagnés un à un, pointant du doigt ce jeune homme ou chuchotant à cette dame « Can you feel my heartbeat? » (durant Higgs Bosom Blues). Il tendait la main vers cette autre jeune dame perchée sur les épaules d’un spectateur, à distance atteignable. Il lui effleurait les doigts, comme dans une scène digne de La Création d’Adam de Michel-Ange, version diabolique.

Photo par Karine Jacques.

Photo par Karine Jacques.

Tel une montagne russe, c’était posé, délicat, plein de poésie, puis ça s’emballait, ça pétait les plombs avec violence sans crier gare. Warren Ellis torturait son pauvre violon dans une envolée musicale, avant de lancer l’archet au fond de la scène lorsque la chanson se termine, puis la minute suivante, Nick Cave était gentiment assis au piano pour entonner Mermaids. Le genre de changements de dynamiques que seuls des pros avec autant de métier peuvent maîtriser de la sorte.

Prestation courte oblige (60 minutes), Cave et ses Bad Seeds ont interprété les trois meilleures chansons du plus récent disque Push The Sky Away, soit Higgs Bosom Blues, Jubilee Street et la jolie Mermaids, ainsi que les classiques From Her To Eternity (chanson titre du tout premier album du groupe, paru il y a 30 ans), Red Right HandMercy Seat (qui relate les derniers moments d’un condamné à mort) et le conte violent Stagger Lee. Très bon moment.

 

Modest Mouse, Volcano Choir, Kandle et Kongos

Plus tôt en fin d’après-midi, Modest Mouse présentait quelques nouvelles chansons – un nouveau disque est (enfin) en route – ainsi que des titres provenant des 5 très bons albums que le groupe a pondus depuis 1996.

Le chanteur Isaac Brock était en grande forme, chantant avec intensité ses textes brillants. Le groupe s’est permis quelques relectures de ses propres chansons, notamment This Devil’s Workday devenue bluegrass, ou encore The World At Large.

Très bonne prestation, qui donne envie d’entendre le nouveau matériel du groupe. Espérons qu’evenko en profitera pour nous les ramener au Métropolis un de ces quatres.

Photo par Karine Jacques.

Modest Mouse. Photo par Karine Jacques.

Plus tôt, c’était au tour de Volcano Choir – projet parallèle de Justin Vernon, de Bon Iver – d’offrir quelques chansons. Une prestation un peu décevante, étant donné les hautes attentes qui viennent avec de tels talents réunis. Il faut dire qu’en terme de sono, la complexité des arrangements n’était pas très bien honorée… On imagine facilement un concert plus grandiose au Théâtre Corona, jeudi dernier.

Photo par Karine Jacques.

Volcano Choir. Photo par Karine Jacques.

Au contraire, le groupe Kongos a plutôt épaté, en début d’après-midi. Fiers du succès phénoménal de la chanson Come With Me Now, les quatre frères sudafricains ont épaté la galerie avec leur musique variée et généralement très énergique. Les arrangements sont originaux et l’intégration de l’accordéon fort judicieux. La formation propose même une amusante reprise de Come Together des Beatles. Comme quoi on n’a pas encore fait le tour du jardin avec des relectures du Fab Four.

Une autre qui s’est bien débrouillée dans les circonstances, c’est Kandle. La chanteuse et guitariste montréalaise était appelée à remplacer Ingrid Michaelson à pied levé. « Quand j’ai lu le message ce matin, je pensais que c’était un canular », dit-elle sur scène, en expliquant qu’elle et son band ont été appelés en avant-midi pour jouer à 15h30 sur la Scène Verte.

Bien entourée – l’ex-chanteur et guitariste des Stills, Tim Fletcher, est venu prêter main forte au groupe – et de plus en plus à l’aise sur scène, Kandle a pris du galon dernièrement, et si quelques touristes ont pu la découvrir grâce à cette prestation impromptue, tant mieux. Beau travail.

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Kandle. Photo par Tim Snow.

Osheaga se poursuit dimanche avec une dernière journée pour le moins occupée : Lorde, The Replacements, Arctic Monkeys, Lykke Li, Portugal. The Man, CHVRCHES, Half Moon Run et plusieurs autres.

Photos en vrac
par Karine Jacques et Guillaume Jolicoeur

Grille de chansons
(Nick Cave & The Bad Seeds)

From Her To Eternity
Jubilee Street
Tupelo
Mermaids
Red Right Hand
Ship Song
Higgs Bosom Blues
Mercy Seat
Stagger Lee

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