Cirque du Soleil - OVO
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OVO du Cirque du Soleil à la Place Bell | Androïdes de sang-froid

D’abord présenté en 2009 à Montréal (sous un chapiteau dans le Vieux-Port), le spectacle OVO, du Cirque du Soleil, a été adapté pour des représentations en amphithéâtre. Il cumule d’ailleurs plus de 2 000 représentations! La Place Bell (à Laval), inaugurée depuis peu, a été l’hôte de la grande première d’OVO, hier soir le mercredi 13 septembre. Ce spectacle a su changer les perceptions sur les insectes qui fourmillent sous nos pieds. À travers des concepts universels, il a charmé les gens de partout, et de tous âges. Retour sur cette flamboyante soirée!


Bestioles futuristes et redoutables

Des sons de grillons et autres insectes (échantillonés!) accueillent le public. Un œuf géant trône sur scène, et peu à peu, d’étranges apiculteurs se promènent, fouillant les cheveux des spectateurs pendant que deux acrobates tournoient, suspendus. Et, ainsi de suite, arrive une ribambelle de personnages surréalistes. Après quelques minutes de retard, le spectacle commence, présentant le doux moment du réveil. Ce numéro donne le ton du spectacle, qui promet d’être des plus ludiques! Toutefois, l’accueil est étonnamment tiède… Ça sonne vide, dans la « trop grande » Place Bell… Est-ce dû à la configuration de la salle?

Alors, s’enchaînent, en rafales… Des fourmis rouges maniaques de jeux icariens, faisant tournoyer des kiwis et des maïs sur leur pieds. Un contorsionniste-libellule en équilibre sur une plante métallique. Une araignée au corps malléable, courtisane de sauterelles. Une chenille qui devient papillon sur une soie aérienne, et ensuite un duo de la même espèce, qui danse librement avec des sangles aériennes. Un être géant sans tête, fait de gros tuyaux et ressorts, qui bouge sans arrêt, désopilant et absurde. De gigantesques arbres sur échasses, qui menacent la gentille populace invertébrée. Des scarabées sur cadre russe (plateformes suspendues) se laissent tomber dans un filet, qui devient trampoline.

Toutes ces aventures sur fond musical de Berna Ceppas, qui met de l’avant la musique brésilienne, et y mélange savamment la bossa nova, la samba, le funk et l’électronique. Le Brésil est d’ailleurs à l’honneur dans cette production, étant le pays d’origine de ce compositeur, et également des principaux créateurs – Deborah Colker (auteure, metteure en scène et chorégraphe) et Gringo Cardia (scénographe et concepteur des accessoires). OVO veut également dire « oeuf » en portugais, pour les curieux.

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Évidemment, le Cirque du Soleil est une machine extrêmement bien huilée. Tout est fluide. Tout semble facile. Les artistes jouent, simplement. Comme si rien n’importait. Comme s’ils ne risquaient pas de se casser la gueule, de se blesser. Ils jouent. Ils s’amusent, sans relâche, mais ils sont sérieux, à l’oeuvre, chevronnés… À la fois athlétiques et artistiques, dans leurs magnifiques costumes inspirés de super-héros signés Liz Vandal, ils deviennent surhommes – et surfemmes. Ils nagent dans une mer infinie de possibilités. Dans un courant lisse, limpide, précis… Impétueux mais bien dirigé. Et on ne peut que s’y immerger avec eux.

On dirait presque des robots, tellement leurs mouvements sont parfaits et bien calculés. Des androïdes programmés au millimètre près se cachent-ils sous ces somptueuses façades? Bougeant de façon presque froide, mécanique, ils possèdent une précision et un synchronisme redoutable – qui fait toute la renommée du Cirque du Soleil.

 

Quelques longueurs et « facilités »

Le rythme des numéros pourrait être un peu revisité – certains de ceux-ci, plus calmes, sont présentés les uns à la suite des autres. Casser le rythme aurait été apprécié, surtout dans la première partie. Il y a aussi parfois certaines longueurs, notamment au moment où l’équipe installe un filet et le clown « doit » divertir, avec les quelques musiciens… D’ailleurs, on aimerait que ces derniers soient plus nombreux sur scène. Et, bien que la romance entre la coccinelle et la mouche soit adorable de prime abord, les querelles du couple devienent rapidement redondantes. Les amoureux ammènent des spectateurs sur scène, mais cela semble être du remplissage… Par ailleurs, certains numéros vers la fin paraissent manquer de fil conducteur, et l’histoire en général est un peu « facile ». Mais, mais, mais…

Soirée folâtre et périlleuse!

Le public rit et batifole dans ce pré vierge, et festolient avec ces êtres auparavant invisibles, autrefois piétinés par la « race supérieure ». Ces créatures royales, minuscules, pourtant rouages nécéssaires à notre écosystème, sont célébrées haut et fort, ici. La dispute entre la Mouche et le Maître Flippo (le clown) est particulièrement tordante. Ils s’invectivent avec maintes onomatopées, dans une langue inconnue, rigolote et charmante. Par ailleurs, le public applaudit particulièrement le numéro de diabolos, où une luciole fait tournoyer jusqu’à quatre bobines entre deux fils. À souligner : le mur de 8 mètres, sur lequel ont lieu des projections, est aussi un mur d’escalade. Des hommes-criquets y sont sans cesse propulsés, à l’aide d’un airtrack et de trampolines. C’est périlleux : ils ne sont aucunement attachés! C’est sans contredit le numéro le plus apprécié. Un acrobate l’emportant sur la gravité a également eu une excellente réception. Ce solitaire chevalier-araignée marche avec les mains sur un fil de fer mou, s’y tient ensuite à 45 degrés, et finalement s’y promène en unicyle, toujours avec ses mains, toujours en équilibre. Remarquable super-héros!

 

Au-delà de l’aversion

Bref, malgré les quelques longueurs et une certaine « facilité », les lieux communs explorés ont su atteindre le coeur de l’audience. OVO implore l’humanité, simplement mais efficacement : Cessez de piétiner les carapaces de ces êtres royaux et puissants! Cessez de les percevoir comme étant moches, effrayants et inutiles. Apprenez à apprécier leur brave présence, discrète mais essentielle. Ce spectacle revendique de considérer ces « bêtes » comme étant nécessaires, et partie intégrante de notre fragile écosystème… Somme toute, ovation méritée pour Ovo!

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