Parce que la nuit
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Parce que la nuit au Théâtre Espace Go | Un hommage à Patti Smith plus musical que théâtral

Le titre de la pièce, dont le sens paraît dilué en traduction française, se réfère à la chanson de Bruce Springsteen, « Because the Night », que Patti Smith a trafiquée en y injectant sa couleur punk rock bien à elle. « Because the night belongs to lovers… », dit ce texte. La metteure en scène Brigitte Haentjens, qui se défend d’avoir voulu faire un biopic de l’artiste rebelle et hirsute qu’est restée Patti Smith, signe à Espace Go un spectacle plus musical que théâtral, mais ce n’est pas un défaut. Bien au contraire.

Le spectacle est la résultante de deux années d’un méticuleux travail de recherches iconographiques sur la vie et l’oeuvre de Patti Smith, 72 ans, effectué par la metteure en scène et ses deux acolytes, les comédiens Dany Boudreault et Céline Bonnier. Pendant deux heures et dix minutes sans entracte, on redécouvre la pertinence artistique de l’Américaine née à Chicago, en tant que poétesse, chanteuse, musicienne, et artiste visuelle en dessin, en peinture et en photographie.

Ils sont trois comédiens et deux comédiennes à interpréter tour à tour la chanteuse, mais c’est principalement Céline Bonnier qui la personnifie. Elle a une très belle voix chantée d’ailleurs, avec une forte présence scénique. Son jeu est sincère et prenant, ce qui fait qu’on y croit et que le public dans la salle se laisse prendre par le contexte créatif de cette artiste singulière débarquant à New York au début des années 70, sans le sous et le ventre vide.

* Photo par Yanick Macdonald.

En fréquentant le milieu des artistes underground new-yorkais, épris comme elle de liberté nouvelle, elle aura tôt fait de croiser la route du photographe à scandale Robert Mapplethorpe sur un trip d’acide, et d’un jeune auteur dramatique prometteur nommé Sam Shepard avec qui elle aura une liaison amoureuse brève mais intense.

Portant des vêtements masculins relâchés et ayant brûlé ses soutien-gorge, longue et mince, la chevelure en bataille, et une aura d’androgynie avant l’heure, elle s’est nourrie des lectures de Rimbaud, Genet, Kerouac, et du mouvement beatnik identifié au poète et philosophe Allen Ginsberg, ainsi que d’autres figures de la Beat Generation, dont l’écrivain William S. Burroughs.

Patti Smith en arrivera à se faire connaître avec son mythique album Horses, paru en 1975, un mélange explosif de poésie scandée et de rock brut traduisant son américanité profonde et son apport à la vague naissante de la contre-culture, à la fois pulsion de vie et d’autodestruction.

* Photo par Yanick Macdonald.

La coproduction d’Espace Go avec la compagnie Sibyllines fondée par Brigitte Haentjens et le Théâtre français du Centre National des Arts qu’elle dirige à Ottawa, n’est pas sans points faibles, cependant. Déjà de par sa distribution où seules se démarquent Céline Bonnier et Leni Parker (une belle découverte), le ton cassant et frénétique du jeu de Dany Boudreault ayant dépeint sur les autres.

Aussi, le climat survolté du départ reste toujours le même pendant ces deux heures et quelque. Il manque une montée dramatique dans le texte qui nous amènerait au-delà du surplace, si électrisant soit-il, et un dénouement créant davantage l’étonnement que le recours systématique à la même gestuelle désarticulée.

Mais rien pour bouder son plaisir. Cette scène, habitée d’un côté par les trois excellents musiciens que sont Bernard Falaise, Rémi Leclerc et Alexandre St-Onge, et de l’autre simplement par un large sofa quatre places, est d’une vibrante et pure énergie musicale, à l’image même du phénomène Patti Smith.

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