Peer Gynt
Critique Publié le

Peer Gynt au Théâtre de Quat’Sous | Grotesque, humour et maladresses

Dans le cadre de son Cycle scandinave, le Théâtre de l’Opis présentait hier soir la première de Peer Gynt, d’après le texte de Ibsen, adapté et mis en scène par Olivier Morin, en codiffusion avec le Théâtre de Quat’Sous.


Cette fable du XIXème siècle met en scène un anti-héros, Peer Gynt, à la conquête du vaste monde pour découvrir qui il est réellement. Olivier Morin l’incarne ainsi au cœur des mentalités paysannes, on ne peut plus québécoises. En effet, notre Peer Gynt à la tuque, aux bretelles et à l’accent un brin exagéré (Guillaume Tremblay) prend alors vie après le doux Morgenstemning de Grieg, composé pour accompagner la pièce en 1888. C’est donc sous une course poursuite entre lui et sa mère (Caroline Lavigne) que la pièce s’ouvre, en dressant immédiatement le caractère menteur, lâche et rêveur du jeune garçon, ainsi que l’esprit burlesque, humoristique et intentionnellement grossier de la mise en scène.

Malgré la promesse de la main de Solveig, jeune fille prude et fidèle, un brin ridicule, parfaitement interprétée par Kim Despatis, Peer part à la conquête d’Ingrid (Emilie Bibeau), femme agréable et séduisante, qu’il enlève durant ses noces, et qu’il abandonnera finalement peu de temps après, obnubilé par la recherche de nouvelles aventures. Il rencontrera ensuite une des filles du vieux roi de Dovre qui l’entrainera dans le monde des trolls, avec pour devise « sois toi-même… juste assez ! », alors que celle des hommes se limite à « sois toi-même. ». Mélange de chants, de tambours, de flûte, de rictus, on se retrouve au cœur d’un joli bazar caricatural, débordant de charges satiriques.

Afin d’obtenir un statut confortable et de grandes richesses, Peer renonce à sa condition d’homme, jusqu’à ce qu’il prenne conscience des conséquences négatives… Fidèle à sa lâcheté, il abandonne l’idée et part retrouver Solveig. Scène burlesque restée trop superficielle puisqu’on aurait attendu un message plus clair et plus approfondi dans la mise en scène de ce passage entre ces deux mondes.

Notre aventurier insatisfait part finalement retrouver sa mère mourante qu’il accompagne jusqu’aux bras de Saint Pierre avant de s’en aller en Afrique où il devient marchand d’esclaves. Prétendu théoricien de la « bonne vie », il revêt l’accent français, légèrement teinté de québécois… Après bien des mésaventures, il se retrouve finalement en Egypte à faire le beau sur une moto – nouvelle manifestation du grotesque de la mise en scène, ne provoquant que quelques éclats de rire timides dans la salle… Devenu « empereur des fous », Peer prend la suite pour rentrer au pays sur un navire, qui finalement, à l’image de son parcours couvert d’échecs, connaît un terrible naufrage.

De retour vieux et pauvre, après avoir pris conscience de la vérité de la solitude de son unique individu, notre ami retrouve la patiente et fidèle Solveig. Peer Gynt vit ses derniers instants à ses côtés, consolé par ses bras rédempteurs.

Entrecoupée par la chanson de Soveig, chantée, murmurée, jouée, oscillant entre douceur et discordance (intentionnelle ?), la quête de l’identité indéfinissable du jeune garçon, aussi bourru qu’attachant, au sein d’un même décor est suivie par le public avec attention.

Hésitant entre le sérieux de la tragédie et l’humour de la comédie, entre la grossièreté de la mise en scène et la maladresse du jeu d’acteur, entre le côté bon enfant du théâtre divertissant et l’aspect philosophique des réflexions de l’auteur, Olivier Morin s’inscrit bel et bien dans la visée du théâtre, c’est-à-dire celle d’une « représentation symbolique pour nommer nos peurs et jour après jour les transgresser » (Olivier Kemeid, directeur artistique du Théâtre de Quat’sous).

Peer Gynt au Théâtre de Quat’Sous, à découvrir jusqu’au 19 février.

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