Théâtre La Chapelle
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Petit guide pour disparaître doucement | Félix-Antoine Boutin y réussit à La Chapelle

Quand de longues secondes de silence s’égrènent dans le noir parce que le public ne sait pas si la pièce est finie et s’il doit applaudir, c’est mauvais signe. Quand en plus le comédien en solo ne revient même pas pour saluer, on n’a jamais vu ça, car ça ne se fait pas.

C’est pourtant ce qui se produit au Théâtre La Chapelle Scènes contemporaines pour Petit guide pour disparaître doucement avec Félix-Antoine Boutin au texte, à la mise en scène et à l’interprétation, dont on pourrait dire que son titre est à prendre au premier degré, tellement le but est atteint.

La pièce, plus près de la performance et de la poésie abstraite que du théâtre, est le second volet d’une réflexion sur la porosité de l’existence amorcée en 2016 avec la création d’Un animal (mort) au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. L’intention philosophique de l’auteur de sublimer le « je » pour le fondre dans un « nous » collectif est louable, mais ça ne fonctionne pas.

Bien que fragmenté et livré sur un ton monocorde qui lui enlève son pouvoir d’évocation, le texte n’est pourtant pas dépourvu de qualités littéraires. Mais lorsque le comédien entonne des bouts de phrases comme « Je suis prêt à ne plus être », « La douleur est douce », ou encore « Notre histoire s’immole pour nous offrir autre chose », il n’arrive jamais à nous toucher. Félix-Antoine Boutin joue de façon désincarnée, sans faire l’effort de rendre son personnage crédible et attachant, sans y mettre son âme.

Crédit photo Khoa Lê

Crédit photo Khoa Lê

L’impression créée chez le spectateur est que le show d’à peine une heure aurait pu se passer de lui, étant donné qu’une grande partie du texte déjà est projetée sur le mur en fond de scène, et que le comédien ne se manifeste qu’en étirant la sauce, ce qui inévitablement amène à répétition des longueurs qui ne pardonnent pas.

La scénographie d’Odile Gamache, avec ses petites maisons en origami qui descendent des hauteurs du plafond, est intéressante en tant que métaphore de ce qui abrite le vide de l’existence, mais elle ne connaît son plein potentiel que lorsque l’une de ces maisonnettes en papier carton s’enflamme. Enfin, quelque chose se passe, se dit-on.

Théâtre d’objets inoffensifs, comme ces petits cônes de papier noir déposés par des figurants sur des cailloux éparpillés sur la scène et que des ventilateurs viendront ensuite faire s’envoler, la pièce est une création de la compagnie Dans La Chambre fondée par Félix-Antoine Boutin à sa sortie de l’École nationale en 2012.

Sa démarche artistique s’était montrée prometteuse jusqu’ici, avec des pièces comme Orphée Karaoké ou encore Koalas. Souhaitons qu’elle se poursuive avec cette fois un « petit guide pour apparaître fortement ».

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