Petru Guelfucci
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Petru Guelfucci à la Maison symphonique | Un morceau de Corse à Montréal

Samedi soir, le chanteur Petru Guelfucci, artiste corse extrêmement populaire au Québec, se produisait dans le cadre de sa tournée dans la Belle Province notamment à Longueuil, Sherbrooke, Québec et Montréal dans une Maison Symphonique comble.

Dans les années 1970, alors que le Québec menait sa révolution tranquille, la Corse (cette petite île de Méditerranée) vivait son Riacquistu (renouveau). C’est à dire faire revivre la culture corse sous toutes ses formes, la développer et la transmettre. Poésie, langue, théâtre et surtout musique, un des fondements de la culture insulaire. Parmi, les figures majeures de ce mouvement, il y a eu le chanteur Petru Guelfucci notamment pour sa participation à la fondation du groupe phare Canta U Populu Corsu (« Le peuple corse chante ») et puis sa carrière solo, magistrale, qui le mènera une première fois au Québec en 1993 pour une tournée magique qui laissera un souvenir impérissable dans le cœur des Québécois. C’est dire si son retour était attendu !

 

Un ambassadeur de la Corse

Non content, d’avoir assuré un concert des plus efficaces et riches en émotion, ce soir-là grâce à Petru Guelfucci et ses musiciens, c’est une partie de la Corse, de son message et des ses valeurs qui en font de cette île une région si à part sur le territoire français que les Québécois ont pu admirer. Entre les chansons, le chanteur s’est en effet laissé aller à quelques explications sur des thèmes qui lui sont chers depuis des années et quelques notes d’humour qui n’ont pas déplu à la salle de la Maison symphonique.

 

Une Corse écologique

Passionné de nature et fervent défenseur de celle-ci, le chanteur interprétera Reame, une chanson qui traite de la beauté des océans et de l’importance de les préserver surtout quand on voit ce qu’on en fait. Et quand on se rappelle que déjà dans les 1970, les Corses se battaient pour la préservation de leur littoral et leurs espaces naturels et qu’on les traitait de fous (coucou les boues rouges !). Il y a de quoi rire jaune aujourd’hui.

 

Une Corse de transmission

Parmi les nombreuses valeurs qui façonnent la société Corse, la transmission en est une des plus importantes. C’est ainsi qu’après quelques chansons, le maître de cérémonie quittera la scène pour laisser la place à son fils Petru-Santu, chanteur également et avec qui il partage aussi la passion de l’apiculture.

Digne de son paternel, Petru-Santu jouera quelques chansons de son propre répertoire. Il se dit « amoureux de la nature ». Si dans son interprétation, le père incarnait la Corse fougueuse, sauvage et indomptable, le fils quant à lui fait penser à la Corse paisible, contemplative et magnifique. Deux aspects qui se complète pour une symbiose parfaite.

 

Une Corse dans le cœur

Juste après l’entracte, les musiciens cueillent immédiatement le public en lançant Corsica, LA chanson phare de Petru Guellfucci. Celle qui a tout déclenché. Celle qui a permis au chanteur de venir se produire au Québec et d’obtenir un disque d’or la même année. Celle qu’on appelle dans l’île, l’hymne non-officielle.

Encore une fois, c’est avec son humilité caractéristique que le chanteur présentera le compositeur de cette chanson qui n’est autre que son pianiste et ami de longue date Christophe Mac Daniel. Le public se dresse instantanément et l’homme est ovationné durant de longues minutes. Un hommage plus que mérité (et pour l’avoir côtoyé personnellement, l’homme est aussi talentueux en musique que d’une extrême gentillesse).

Sur un air emprunté au classique et à la chanson contemporaine, le titre parle simplement de la Corse et de son amour qu’à le chanteur et plus généralement les Corses pour ce « bout de rocher au milieu de l’eau ». Car il faut savoir une chose, c’est que nous autres les Corses, nous avons notre terre chevillée au corps, à l’âme et au cœur d’une manière irrépressible.

 

Une Corse québécoise

L’amitié et les échanges entre les Corses et les Québécois ne datent pas d’hier. Ceci se confirmera encore une fois ce soir-là avec l’arrivée de la chanteuse Luce Dufault qui accompagne les musiciens sur leur tournée et qui donnera de la voix sur deux titres (Tre Voce et Quand les hommes vivront d’amour). On sent une vraie complicité entre les artistes.

Une Corse d’humour

Et oui malgré notre réputation parfois exagérée de gens susceptibles et sanguins, nous savons rire et en particulier de nous. C’est pourquoi tout au long du spectacle, le chanteur et les musiciens se sont amuser à se taquiner les uns envers les autres.

Mais il y en a eu aussi pour le public, rassurez-vous. En effet sur son autre célèbre chanson Canta Incu Me, Petru Guelfucci invitera l’audience à l’accompagner sur les refrains. « C’est facile, dira-t-il. Canta, canta, canta incu me, c’est tout ce qu’il y a retenir (chante, chante, chante avec moi) ». Ce qu’il ne l’empêchera pas de faire une pause au milieu de la chanson pour refaire travailler le public, hilare, qui ne semble pas très au point… Cependant entendre la salle de la Maison Symphonique pleine à craquer, chanter en Corse, je dois avouer que ça fait son petit effet !

Après autant d’émotions, il est temps pour les musiciens de quitter la scène. Pour un court instant, car ils reviendront pour faire résonner A Ghitarra E U Vagabondu, une douce ritournelle sur la vie de musicien et puis une paghjella (chant polyphonique traditionnel, interprété a cappella).

Ce soir-là, c’est plus qu’un spectacle auquel ont pu assister les québécois, c’est un morceau de la Corse qui leur a été offert avec l’amour et la générosité que les deux peuples ont en commun.


* Un merci à Marie-Pier pour le gentil service.

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