Mount Eerie
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POP Montréal 2017 | Best Fern, Un Blonde et Mount Eerie : S’en prendre aux sentiments

L’édition 2017 de POP Montréal n’a pas manqué de nous mettre la boule à la gorge et de jouer sur les cordes sensibles avec la présence d’artistes qui n’ont pas peur d’aller explorer le plus profond de leurs émotions… et des nôtres par la même occasion.

Il faut dire que d’aller voir des shows dans une église ou d’un artiste qui a écrit un album pour sa défunte compagne, c’est de provoquer soi-même la boule à la gorge. C’est pourtant ce qu’on a choisi d’aller voir, soit Best Fern et Un Blonde à l’Église Saint John the Evangelist le vendredi 15 septembre et Mount Eerie à la Fédération Ukrainienne le dimanche 17 septembre.

Un vendredi 15 septembre cérémonial

Photo par Julia Stringhetta

Photo par Julia Stringhetta

À peine fait trois pas dans l’antre de l’Église Saint John the Evangelist et l’odeur d’encens se sentait à plein nez. Pourtant, à l’arrière de la salle se trouvait un bar où étaient vendus des solo cups de bière. L’odeur doit sans doute faire partie de l’expérience.

Le spectacle de Best Fern était déjà bien entamé, et tout de suite on a regretté ne pas être arrivé plus tôt. Le décor, l’odeur, la lumière et le son rendait en soi l’expérience féérique. C’était une réelle communion. Entre les doux morceaux électro du duo montréalais bercés de la voix délicate d’Alexia Avina, le public était envoûté et dans un état d’écoute des plus profonds.

La jeune formation a encore son nom à faire, mais la foule présente à la communion était séduite. Séduite par l’ambiance que procurent les mélodies, par la versatilité du duo et l’habilité d’utilisation de la pédale de loop, et par le catalogue emprunté de morceaux connus que Best Fern a exploré sur leur EP de covers qu’on a pu entendre vendredi soir.

S’ensuivait ensuite Un Blonde, un artiste qui a toujours su explorer les confins de la musique avec des projets tantôt pop, tantôt post-punk, même R&B. Plus récemment, il nous proposait un nouvel album soul-folk avec Good Will Come To You paru en début juin. Ce sont ces chansons qui ont fait vibrer l’Église au toit rouge.

Photo par Julia Stringhetta

Photo par Julia Stringhetta

Vibrer, c’est le cas de le dire. Un Blonde à son piano droit s’est entouré d’une basse, d’une guitare et de percussions, mais aussi d’un quatuor à cordes et de voix supplémentaires. Le résultat: des frissons à perpétuité. Les harmonies presque gospel étaient à propos avec la salle. C’était pour le moins renversant.

Jean-Sebastien Audet dit Un Blonde s’est installé un peu en retrait pour laisser l’avant-scène à ses musiciens, comme pour laisser parler la musique. Il quittait parfois son banc de piano pour venir diriger ses comparses qui le suivaient attentivement. Entre les morceaux, aucune interaction. Elles auraient été inutiles de toute façon.

À mi-chemin, Audet est monté dans la chaire pour annoncer à la foule un entracte de cinq minutes. À son retour, il a enchaîné avec la seconde moitié de l’album.

En remarquant l’attitude polie, sensible et attentive de la foule, on pouvait retrouver ce que c’était d’aller à l’église dans le temps de nos grands-parents. L’institution autrefois religieuse où on se trouvait assure encore aujourd’hui un moment paisible de communion.

Un dimanche 17 septembre interrompu

C’est dimanche, mais cette fois-ci, ce n’est pas à l’église qu’on se rend, c’est à la Fédération Ukrainienne sur Fairmount. Notre choix pour la soirée s’est arrêté sur Mount Eerie, un artiste très près de ses émotions, prêt à nous faire vivre les nôtres. On peut dire que là-dessus, il a misé juste.

C’était peut-être un peu inconsciemment maso d’aller voir un artiste qui chante son amour disparu quand soi-même on vit un deuil. Surtout d’y aller seule. Il faut dire aussi que j’y suis allée parce que c’était un des artistes sur la liste que je connaissais de nom, mais que je n’avais jamais vu en show, et de qui on me chante constamment les louanges. Mais j’avais oublié le contenu son catalogue. Inconsciemment maso, comme je dis.

Tout de suite, s’installe dans la salle une écoute sérieuse. Mount Eerie attrape sa guitare et on le sent alors réticent. Après tout, il s’apprête à nous livrer sa plus grande noirceur. Comme seul décor, un sapin mort sur le sol. Morceau après morceau, il nous expose sa force et son courage. Et en retour, le public lui offre son plus grand respect. C’est acoustique, c’est fort, c’est profond, c’est touchant. Très touchant. Trop touchant.

Presque rendue à dix morceaux, j’ai dû sortir. Mount Eerie est fait fort. Plus fort que moi.

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