Hexenklad
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Postmortem Equinox Fest | Les tristes pandas

Hier, le samedi 14 octobre 2017, une soirée transitoire a été célébrée au Piranha Bar à Montréal, avec le Postmortem Equinox Fest… Bien que l’équinoxe était officiellement le 22 septembre dernier, les Productions Koffin et Hellblazer ont voulu souligner la tombée de la noirceur, et l’arrivée imminente de l’hiver qui glacera nos âmes jusqu’aux tréfonds… Ce deuxième jour du Postmortem Equinox Fest a offert un line-up très black métal, avec des groupes chevronnés, qui ont enjolivé leurs offrandes à grands coups de corpse paint, et d’ambiances malsaines à souhait. Topo d’un spectacle de possédés…

La notion de festival : réflexions

Premièrement, questionnons-nous : qu’est-ce qu’un festival? La première édition du Postmortem Equinox Fest ressemblait à un spectacle somme toute un peu « ordinaire », si ce n’est que le concept durait deux jours… Il semble que désormais, beaucoup de spectacles metal réclament ce statut, à tort et à travers… Est-ce approprié? Étant donné que le nombre élevé de groupes est une constante dans ce genre de spectacles, on devrait s’interroger sur la pertinence de faire autant de ces « festivals », qui, finalement, n’attirent pas toujours un gros public. Mais la scène est saturée, évidemment… Doit-on être plus sélectif?

Public vitrifié

Arkos, groupe black/death metal de Sherbrooke, s’en donne à coeur joie: ils déterrent leurs cadavres et les font valser de façon lancinante sous nos pauvres oreilles. Le chanteur, doublé d’un excellent bassiste, est charismatique, mais les vociférations infernales d’Arkos ne mettent pas le public en liesse. Certes, on ne réinvente pas la roue ici. La brutalité est toutefois bien exécutée!

Voir Aversion (Montréal) en spectacle, c’est un peu comme travailler dans une mine… C’est sombre, c’est long, c’est répétitif — mais Vena Kava est une réelle pépite d’or. Cette Alice au pays des Horreurs offre une performance théâtrale pleine de potentiel (qui pourrait être poussée plus loin). Elle reste immobile pendant une chanson complète, coiffée de cornes, et cela la rend terrifiante. À l’image d’Akasha dans La Reine des Damnés, souveraine, guerrière, elle commande à une armée complète. Mais Vena Kava aurait avantage à explorer plus son « range » vocal. Aussi, les chansons sont somme toute génériques et peu élaborées. Un des guitaristes fait des back vocals, mais il continue malheureusement à prolonger la redondance… La frontwoman a également peu de contact avec le public, à part entre deux chansons pour crier le nom de la suivante.

Des pandas qui n’entendent pas à rire!

On poursuit dans ce « beurrage de faces » immonde, avec Nälzer (de Drummondville), qui inspire une nouvelle génération, apparemment – de jeunes adeptes maquillés proclament le nom du groupe avant le spectacle! Le public semble toutefois un peu confus par moments, car il n’y a jamais vraiment de « bref silence » entre les chansons, les séquences se poursuivant. Nälzer n’offre donc pas beaucoup de contact avec un public pourtant revendicateur. Aussi, une chose manque dans Nälzer : un frontman plus défini... On aimerait comprendre qui dirige la barque!

Mais c’est presque élégant. Les gargouilles méticuleuses créent une étrange sensualité, avec juste ce qu’il faut de violence et de professionnalisme… Un soin méticuleux se dégage des compositions, qui sont accrocheuses et mélodiques. Les guitaristes font aussi du tapping (un peu rare dans le black metal). Les yeux fous de ceux-ci ressortent sous leurs épais maquillages, et ils scrutent malicieusement la foule, à la recherche d’un coupable. Derrière les fûts, une bête tentaculaire ne laisse aucun répit à ses peaux. Somme toute, une méchanceté élaborée et bien dosée. Leur album Le Sceau Astral, sorti en 2016, est à découvrir!

Ossuaire étrange

Hexenklad, groupe d’Oshawa signé sur CDN Records et établi depuis 2014, a présenté son folk/black metal, devant un petit public « true kvlt black metal », qui croise un peu les bras. Malgré tout, leurs chansons complexes et bien nuancées sont bien rendues. Celles-ci sont beaucoup axées sur les mélodies rapides, parfois festives ou parfois mélancoliques. On a toutefois de la difficulté à bien saisir le concept, malgré un bel effort au niveau des costumes (tuniques, kilt, ossements…). Le chanteur se cramponne à un étrange sceptre de bois, et à chaque cri, ses yeux se retournent pour ne laisser voir que le blanc… Pourquoi? On remarque toutefois qu’il a un excellent contrôle de sa voix, faisant aussi des chants clairs. Ils semblent fatigués, et pas seulement parce qu’ils jouent tard… Peut-être est-ce dû au fait que plus de la moitié du public a déjà quitté la salle, et c’est réellement triste. Alors, mention spéciale au bassiste qui sourit, malgré tout!

Bref, chacun est rentré chez soi, en ayant fait le plein de trouvailles inhumaines, hargneuses et théâtrales, lors de ce spectacle. Sur le chemin du retour, les âmes en peine aiment à se rappeller la Chanson d’automne de Verlaine, tout à fait appropriée : « Les sanglots longs des violons de l’automne / Bercent mon coeur d’une langueur monotone »…

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