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Première de A Rather Lovely Thing (Bryan Arias) à Montréal | La force à plusieurs

Le spectacle a rather lovely thing en était à son premier arrêt à Montréal mardi soir à la Cinquième Salle de la Place des Arts, petite salle intimiste qui se prêtait bien à l’histoire de Bryan Arias, le chorégraphe et danseur derrière cette nouvelle production.

Se transposant en plusieurs tableaux, l’histoire derrière a rather lovely thing n’est pas claire et arrêtée, mais plutôt en mouvement et quelque peu insaisissable. La description du programme ne nous aide pas davantage. Quelques pistes tout de même : on y aborde les identités plurielles avec humour, et on y réfléchit sur nos peurs et désirs. C’est avec ces idées en tête que nous avons tenté de comprendre le travail des danseurs sur scène.

Décors et costumes minimalistes, les quatre danseurs sont présents sur scène sous des bruits de nature. L’ambiance est solennelle, très loin de l’humour promis. Ça commence à s’activer et on découvre rapidement que l’un des personnages, interprété par Jermaine Spivey, porte un masque d’un vieil homme. Habillé par ses comparses d’un complet, il semble représenter les conventions, tout en voulant s’en sortir.

Les tableaux suivants mettent en vedette Spencer Theberge, Ana Maria Lucaciu et Bryan Arias, le premier dans une jolie performance solo sous la pluie, son personnage semblant prendre conscience de son corps et de son environnement. Suivra un entrelacé à trois entre Theberge, Lucaciu et Arias où les émotions se mêlent et culminent par une brisure qui éloigne les personnages les uns des autres.

Restée seule, Lucaciu entame son solo, entre force et faiblesse où son personnage semble résister à une pression extérieure à laquelle elle tente de résister sans toujours y arriver. L’anxiété est parfois palpable avant que son compatriote Spivey vienne la rejoindre sur scène pour entamer une danse à deux à demi sensuelle, mais surtout pleine de douceur. À travers leurs pas, on sent le rapprochement qui se crée, qui se bâtit entre les deux.

Par la suite, on entre dans une partie plus ludique du spectacle où les danseurs se passent une tête de vieil homme en papier mâché en dansant de façon loufoque. Dynamique, le jeu est ici plus léger, mais redevient plus sérieux avec un nouveau changement de costume et un retour au placement initial.

Une danse à quatre s’ensuit, moment fort de la prestation. Un peu à la manière du jeu à trois que nous avait offert Theberge, Lucaciu et Arias au début du spectacle, cette danse à quatre montre le lien entre les personnages et leur désir de se séparer, mais sans pourtant y parvenir. Ils sont ensemble, mais en même temps, ne semblent pas toujours connectés les uns aux autres.

La brisure finit par se produire, rendant les quatre danseurs sans attache, perdus dans l’espace. L’anxiété semble revenir, on remet le complet et le masque du début et c’est Arias qui termine le spectacle avec ce solo qui semble marquer le temps, marquer les années qui passent, rentrer dans la norme, retourner dans le monde réel.

Les hauts et les bas

Il est certain que les quatre danseurs de a rather lovely thing sont doués. Leur interprétation est à point et leurs mouvements vifs ou mous, suivant les aléas de la musique et de l’atmosphère, restent toujours précis et intéressants. Par contre, il faut dire que les meilleurs moments de ce spectacle résident dans les chorégraphies à plusieurs. Sans être inintéressants, les solos nous ont semblé moins « punchés » contrairement aux duo, trio et quatuor qui dégageaient une énergie envoûtante et des mouvements novateurs.

Cependant, les décors et accessoires nous ont parfois laissés perplexes, ne comprenant pas toujours leur rôle concret dans l’histoire, mais le minimalisme de l’ensemble était plaisant et cadrait bien avec les différentes ambiances proposées. Le changement de costumes nous a semblé plus pertinent et était une manière simple, mais efficace de faire passer le message du spectacle.

Intriguant et joli, a rather lovely thing n’est pas parfait à tous les égards, mais fait belle impression en plus d’offrir une réflexion sur notre monde actuel.

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