Prophets of Rage
Critique Publié le

Prophets of Rage au Centre Bell | Colère justifiée et libératrice

C’était le délire, hier soir au Centre Bell; Prophets Of Rage a offert un spectacle électrique, puissant et revendicateur, tous les ingrédients pour plaire aux mélomanes de la génération X!


Ce supergroupe réunit des artistes qui ont marqué le monde de la musique dans les années 1990, c’est-à-dire DJ Lord et Chuck D de Public Enemy, B-Real de Cypress Hill ainsi que trois membres de Rage Against the Machine : le guitariste Tom Morello, le bassiste Tim Commerford et le batteur Brad Wilk.

Formation créée afin d’offrir une voix dissidente dans le contexte actuel de la campagne électorale aux États-Unis, les musiciens, politisés, ont capitalisé sur le besoin de contestation et n’ont pas hésité à reprendre, et à remanier, le fameux slogan du candidat à la présidence, Donald Trump. «Let’s Make America Great Again» est devenu «Let’s Make America Rage Again». Bien que la formation n’a pas encore lancé sa première offrande, The Party’s Over  (dont la sortie est prévue pour le 26 septembre), elle a entrepris une tournée nord-américaine afin de présenter des chansons appartenant à l’un des groupes dont ont fait partie les divers membres.

Le spectacle a débuté avec un segment par DJ Lord qui a décidément ravi la foule. Démontrant son talent, il a offert un amalgame de chansons de la vieille école, mélangeant les genres et agrémentant le tout de quelques prouesses techniques. Soulignons des extraits de Metallica, Guns’N’Roses, Nirvana, Run DMC, Beastie Boys, Queen, House Of Pain, Jimi Hendrix, Dr. Dre… Quelques spectateurs ont hué pendant les échantillons plus rock, mais ce fut une minorité.

Peu après cette introduction, les musiciens ont rejoint DJ Lord sur la scène, après une salutation (le poing bien haut dans les airs) et quelques mots («We are awake», B-Real), ils ont joué Prophets of Rage (de Public Enemy). Fort heureusement, les problèmes de son avaient enfin disparu. Le ton était donné et le parterre était survolté, les gens assis dans les estrades ont passé la majorité de la soirée debout.

Prophets of Rage-Bell center-2016-13

Poursuivant avec deux titre de Rage Against the Machine; Guerrilla Radio et Bombtrack, le parterre était déchaîné, et le mosh pit, bien vivant. Par la suite, ils ont offert un titre du répertoire de Public Enemy, Miuzi, Weighs a Ton, ce qui a calmé le parterre. Le public a également eu droit à un medley, gracieuseté de Chuck D, B-Real et DJ Lord, de chansons hip-hop (Hand on the Pump, Can’t Truss It, Insane in the Brain, Bring the Noise, I Ain’t Goin’ Out Like That et Welcome to the Terrordome) car, bien sûr, le rap est aussi une musique contestataire. B-Real en a profité pour prendre un bain de foule, perdre son chapeau, lutter contre les périls du body surfing et s’allumer un joint, sans jamais arrêter de chanter. Chuck D était également sur le parterre.

Plusieurs chansons significatives et intéressantes, dont la reprise de The Ghost of Tom Joad, pour laquelle Aaron Bruno (sa voix était à son meilleur à ce moment-là), leader de AWOLNATION, les a rejoint afin d’accompagner Tom Morello au chant, chanson qui a plu à la foule, même si elle est moins agressive que les autres chansons jouées dans le cadre de ce concert.

Shut ‘Em Down a donné lieu à une compétition amicale en Morello et DJ Lord; ils tentaient de se supplanter l’un et l’autre, c’était incroyable! Ils ont conclu cette soirée avec les pièces Bulls on Parade (chanson pendant laquelle fut dévoilée un drapeau sur lequel il était inscrit Let’s Make Canada Rage Again) et Killing in the Name, deux grands classiques, au plus grand bonheur du public. Il n’y a pas eu de rappel.

Prophets of Rage-Bell center-2016-4

Soirée énergique qui a permis au Centre Bell de revivre les moments forts des carrières respectives des musiciens et de se défouler au son d’une musique hallucinante, il y a tout de même un aspect nostalgie rattaché à Prophets Of Rage.

Malgré une mission tout à fait louable, les gars profitent sur leur gloire passée et offrent leurs plus grands succès, plus spécialement ceux de Rage Against The Machine. Il n’y a eu qu’une seule nouvelle chanson, les musiciens préférant se concentrer sur les valeurs sûres.

Ceci étant dit, ils ont tous joué avec une passion et une énergie fabuleuse, leur enthousiasme semblait sincère. Musiciens doués, ils ont interprété leurs chansons avec précision et dextérité. Les voix de Chuck D et B-Real se complètent bien, ils ont pu alterner sans que cela ne cause de coupure. La voix nasillarde de B-Real, entre autres, se fond très bien au genre de Zack de la Rocha, même si elle n’est pas aussi rageuse et puissante.

Les spectateurs étaient visiblement satisfaits, voire enchantés de leur soirée et l’énergie était contagieuse. Le groupe a su cerner une envie profonde de la part de ses admirateurs et ils ont su leur offrir un concert qui a répondu à ce besoin. Ce fut un excellent spectacle.

 

WAKRAT

La soirée fut initiée par WAKRAT, le trio formé par le bassiste Tim Commerford (qui a joué pour Rage Against the Machine, Audioslave, Puscifer, Future User et Prophets of Rage) ainsi que les Français Mathias Wakrat (batteur) et Laurent Grangeon (guitariste) en 2015. Un mélange de rythmes hardcore et punk bien sentis, une basse lourde, un jeu de guitare acéré et une batterie pesante et particulièrement forte. Ils ont offert neuf chansons bien lourdes, effrénées et quelque peu immatures, au niveau des paroles.

Malheureusement, le son était mal équilibré et le son de la batterie a enterré la guitare et la basse, ce qui nous a empêchés de profiter pleinement de la prestation. Cependant, nous avons pu constater que le guitariste était doué et le batteur déchaîné. Le jeu de basse est similaire à ce que Commerford a l’habitude de jouer, mais moins funk et plus punk.

 

AWOLNATION

Aaron Bruno et sa bande semblaient en pleine forme et, malgré une entrée théâtrale, le groupe a semblé éprouver des difficultés à créer l’engouement voulu; l’audience, bien que participative, n’était pas particulièrement démonstrative. Bruno a tenté à plusieurs reprises d’engager la foule, leur demandant, notamment, de danser et de lever le poing.

Le son leur a également causé des ennuis : encore une fois, le volume de la batterie enterrait celui des autres instruments. De plus, le chanteur avait du mal à se faire entendre, peut-être était-ce un problème technique (il a touché son oreille à plusieurs reprises pendant qu’il chantait).

Cependant, les musiciens sont super énergiques sur scène, surtout le guitariste et le chanteur. Ce dernier fut plutôt expressif et a beaucoup bougé sur la scène. Ils ont interprété leurs chansons avec beaucoup plus de hargne et de noirceur que sur leurs disques et sur un tempo plus rapide. Le chanteur a également chanté avec une voix plus grave.

Ils ont débuté avec le titre Run (Beautiful Things), suivi de Hollow Moon (Bad Wolf). Après quelques extraits supplémentaires, dont Dreamers, la formation a offert un moment d’improvisation qui a plu au public. Ils ont terminé le spectacle avec Burn It Down et Sail. La foule a apprécié, sans que ce soit la folie.

 


Grille de chansons

  1. Prophets of Rage (de Public Enemy)
  2. Guerrilla Radio (de RATM)
  3. Bombtrack (de RATM)
  4. Miuzi Weighs a Ton (de Public Enemy)
  5. People of the Sun (de Rage Against The Machine)
  6. Take the Power Back (de Rage Against The Machine)
  7. (Rock) Superstar (de Cypress Hill)
  8. Testify (de Rage Against The Machine)
  9. Medley hip-hop : Hand on the Pump / Can’t Truss It / Insane in the Brain / Bring the Noise / I Ain’t Goin’ Out Like That / Welcome to the Terrordome
  10. Sleep Now in the Fire (de Rage Against The Machine)
  11. She Watch Channel Zero?! (de Public Enemy) sur la musique de Cochise (de Audioslave)
  12. The Ghost of Tom Joad (de Bruce Springsteen, telle que reprise par RATM) (avec Aaron Bruno de AWOLNATION)
  13. Bullet in the Head (de RATM)
  14. Shut ‘Em Down (de Public Enemy)
  15. Know Your Enemy (de RATM)
  16. The Party’s Over
  17. Fight the Power (de Public Enemy) sur la musique de No Sleep Till Brooklyn (des Beastie Boys)
  18. Bulls on Parade (de RATM)
  19. Killing in the Name (de RATM)

Vos commentaires