Pierre Kwenders
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Red Bull Music Festival 2019 – Jour 2 | Pierre Kwenders et invités : Rituel afrofuturiste dans une église

Cette année, le Red Bull Music Festival a choisi de mettre de l’avant certains artistes de l’underground montréalais en leur donnant les moyens de monter des soirées uniques où ils pouvaient se faire plaisir. Samedi, c’était au tour de Pierre Kwenders de se produire dans une église et d’y inviter ses amis sur scène pour une édition spéciale des évènements Moonshine

Party dans une église…

Pour la deuxième soirée du festival, nous nous sommes donc rendus dans la très belle salle du Monastère (église anglicane St. Jax). Cette fois, c’est l’icône montréalais de l’afrofuturisme et cofondateur du collectif Moonshine, Pierre Kenders, qui en était la vedette et le curateur.

Pierre Kwenders. Photo par Maria Jose Govea / Red Bull Content Pool

 

Nous sommes arrivés à temps pour voir la performance hypnotisante de la chanteuse et violoniste Sudan Archives. Venue de Los Angeles pour la première fois à Montréal, la musicienne, fort gracieuse sur scène, propose un mélange original de trip hop, de R&B, de musiques traditionnelles (parfois soudanaises, parfois vaguement japonaises) et de musiques plus expérimentales et avant-gardistes. Malheureusement, le son peu fort se faisait enterrer par une foule qui, manifestement, avait plus envie de jaser que d’écouter. Forme très éclatée, mais rendu sans doute trop sage, pas assez énergique pour un samedi soir dans une église montréalaise remplie de belles personnes, d’alcool et de Krating Daeng.

Sudan Archives. Photo par Maria Jose Govea / Red Bull Content Pool

 

Plusieurs découvertes grâce à un Pierre Kwenders en grande forme

Mais les gens se sont rapidement tus quand Pierre Kwenders, vêtu d’une fleur de douche géante, est arrivé sur scène avec ses 3 musiciens. Le volume, comme la température dans la salle, a gravement grimpé d’un coup sec. Nous assénant WTFU et Sexus Plexus Nexus dès le départ, le dernier roi bantou nous a semblé en très grande forme. Généreux, il a permis tant à ses musiciens de se faire valoir qu’à ses invités de prendre toute la place pendant leur passage sur scène.

Sudan Archives. Photo par Maria Jose Govea / Red Bull Content Pool

Passeront tour à tour la rappeuse de Toronto Sydanie (belle communication avec le public), le producteur Poté de Paris (électro fortement influencée d’afrobeat, lignes de basse aussi profondes que le fjord!) et Kelly Krow (présenté comme «le prince d’Haïti»). Nous remercions grandement le maître Kwenders de nous avoir fait découvrir ces talentueux artistes.

Le plus congolais des Canadiens et ses musiciens ont brulé les planches, terminant leur performance alors que le public dansait à tout rompre. Que beau public d’ailleurs… Son manque d’attention durant la performance, un peu hermétique il faut le dire, de Sudan Archives, lui est vite pardonné devant son ouverture, sa gentillesse, sa belle diversité et sa propension à danser. Au final, il s’agissait simplement de monter le son ou de recevoir en plein visage la décharge de M. Kwenders. Cette belle foule d’atypiques ne demandait qu’à s’éclater, à prendre d’assaut cette belle église en bois pour en faire son véhicule l’instant d’une soirée.

Formule originale

Dès que les musiciens terminent leur dernière chanson, le public n’a qu’à traverser la salle principale de l’église pour se retrouver devant la DJ Coco Em, qui offre des rythmes électro tropicaux très savoureux.

Chapeau au collectif Moonshine et à son public pour cette capacité à passer sans aucun problème de la musique live à l’électro. À vrai dire, cette idée d’avoir une scène de chaque côté de la salle, permettant de passer sans crier gare de l’univers des instruments à celui des machines, nous a complètement séduit.

Terminons en soulignant la qualité sonore exceptionnelle de cette soirée. Avec des instruments amplifiés, la sonorisation d’une telle salle représente tout un défi, que l’équipe de techniciens a su relever avec brio, sachant bien profiter de la réverbération naturelle du bois et de l’espace tout en évitant les nombreux dangers de retours de sons ou d’échos indésirables propres à l’architecture d’une église.

Sudan Archives. Photo par Maria Jose Govea / Red Bull Content Pool

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