Regina Spektor
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Regina Spektor – Remember Us To Life (****) | Les réflexions et craintes d’une nouvelle mère

Regina Spektor - Remember Us To Life Regina Spektor Remember Us To Life

Sur Remember Us To Life, son septième album, la chanteuse d’origine russe Regina Spektor nous invite à suivre ses diverses réflexions à propos du passage du temps, de la vie et la mort, et tout ce qui vient entre les deux. Et du fait même, elle nous propose un excellent disque rempli de petits bijoux de musique pop.

Contrairement à son habitude, Spektor n’a enregistré ici aucun de ses textes qui traînent dans ses fonds de tiroir. Il n’y a que du neuf sur cet album. La chanteuse a été inspirée au cours des deux dernières années par l’arrivée de son premier enfant dans sa vie, et cela a visiblement influencé sa façon de voir les choses.

La pièce d’ouverture, Bleeding Heart, est en quelque sorte un condensé de tout ce qui fait le charme de Spektor : sa jolie voix aux accents narquois, son sens aigu de la mélodie accrocheuse, son magnifique jeu au piano, et l’imprévisibilité de ses arrangements, qui font passer soudainement la chanson d’un air pop léger à quelque de chose de plus sérieux et profondément touchant. La douceur et la moquerie se côtoient sur un fond de batterie qui imite le battement d’un cœur et d’instruments à cordes qui viennent élever le tout de manière admirable.

Les contrastes plaisent à Spektor, qui propose plus loin sur le disque la pièce Small Bill$, celle-ci s’approchant le plus dans toute l’œuvre de la chanteuse d’un air « urbain » et presque hip-hop. Le sérieux des paroles, qui semblent traiter des gens qui dépensent pour des futilités dans le but de s’acheter en vain un peu de bonheur, s’oppose à la saveur enjouée de la mélodie, et des vocalises très « girly » qui suivent chaque couplet.

Regina Spektor aime jouer avec les mots, leur faire dire toutes sortes de choses, différentes interprétations. Sur l’entraînante Older And Taller, elle s’amuse à donner à ses phrases des tournures très intéressantes, tout en nous invitant à réfléchir sur la nature éphémère de notre existence. Sur le même sujet, elle chante Sellers Of Flowers vers la fin du disque, une ballade terriblement jolie où elle évoque des souvenirs de son père et de marchands de roses qui tentent de déjouer le passage du temps.

L’influence de la maternité se faire sentir sur The Light, qui pourrait être interprétée comme les douces pensées d’une mère insomniaque à propos de son enfant et son conjoint. Il s’agit là d’une ballade où Spektor s’accompagne simplement au piano, et sa voix vient nous bercer et nous pénétrer le cœur. Les instruments à cordes et des chœurs se pointent à mi-chemin, mais ils ne font qu’appuyer discrètement le sublime travail de Spektor, sans prendre toute la place.

De même, la poignante Black And White, empreinte de tristesse, se classe parmi les plus belles chansons de Spektor, aux côtés de Samson (Begin To Hope, 2006) et How (What We Saw from the Cheap Seats, 2012). Une discrète guitare acoustique marque le rythme, accompagnée d’une batterie et d’une basse, et des touches de synthétiseur se pointent le nez ici et là tandis qu’un orchestre vient rehausser l’ensemble. La voix de Spektor est pure comme du cristal, très calme et extrêmement émouvante.

Mais le tout n’est pas que ballades sirupeuses, car on retrouve également The Trapper and The Furrier, sur laquelle le piano et l’orchestre se font plus menaçants. La chanson est marquée par des montées d’intensité et un texte qui critique les écarts de richesse dans notre société. Et, tout comme lorsqu’elle s’en prenait aux dirigeants corrompus de ce monde en 2012 dans Ballad of a Politician, son ton caustique passe très bien et la pièce s’intègre sans problème au reste de l’album, davantage introspectif.

Les années et la maternité n’ont pas altéré l’immense talent de Regina Spektor pour confectionner de parfaits petits airs pop qui nous font frissonner en même temps qu’ils nous font réfléchir. Ses chansons sont des fables pour adultes, et le positivisme de sa personne nous aide à accepter ses textes parfois corrosifs. Vocalement elle est égale à elle-même, et l’album devrait plaire autant aux fans de la première heure qu’à ceux qui ne la connaissent que comme la chanteuse du thème d’Orange Is The New Black.

Regina Spektor sera en spectacle à Toronto le 20 octobre prochain, son seul passage en sol canadien pour le moment.

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