Résonances virtuelles
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Résonances virtuelles | Visions futuristes de l’humanité chez Tangente

Alors que l’on gravit chaque jour un peu plus les marches vers l’ère cyber connectée où la technologie domine tout ou presque, ne serait-ce que la lecture d’un article de journal, Tangente nous proposait un petit moment de pause la semaine dernière en nous présentant son spectacle « Résonances Virtuelles » à l’édifice Wilder, dont la dernière avait lieu dimanche après-midi après une série de trois spectacles.

Introduction tout en douceur dans un nouveau monde. Notre nouveau monde ?

Plus qu’une pause pour respirer, c’est avant tout une réflexion sur l’identité virtuelle en opposition à l’identité réelle, si bien qu’avant même de rentrer dans la salle, on se retrouve sans trop comprendre à tendre les bras, caresser la main de notre voisin, tirer sur les spectateurs tous aussi perdus avec un pistolet à eau imaginaire, danser la macarena… Et ce, sous les directives d’une table parlante…

On comprend finalement plus tard que cette table n’est autre que la projection du live feed d’une caméra accrochée dans le couloir adjacent. Si le public ne semblait pas très à l’aise au début, on a pu voir les visages se détendre au fur et à mesure et devenir de plus en plus joueurs, et en particulier ceux des enfants pour qui le malaise n’existe pas encore.

 

TranSenses et leur univers. Notre univers ?

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Après ce petit moment aussi absurde qu’agréable et après que cette animatrice (Lucy M. May) ait fait son apparition en sortant de son couloir pour traverser l’espace du café-bar de l’édifice Wilder, on pénètre dans la grande salle pour « [embarquer] dans le voyage métaphysique d’un corps en conversation avec l’univers » (plaquette de présentation) avec Akiko Kitamura et Navid Navab dans leur TranSenses.

Une danseuse en solo débute en ondulant son buste en réaction à la musique électroacoustique, puis se métamorphose en donnant vie à son ombre, bougeant cette fois-ci en interaction avec les projections au sol. On assiste à la fusion en parfaite symbiose d’un corps, d’une musique et d’un visuel projeté, en voyageant d’un univers aquatique plein de poésie à celui d’un trou noir angoissant, en passant par un combat féroce entre un dompteur et son lion, ou bien un combat avec soi-même ?

Une réalité tridimensionnelle prend alors forme, tout en se métamorphosant continuellement dans une parfaite continuité, malgré quelques soucis techniques – réalité qui finalement s’avère être celle que nous vivons quotidiennement en réagissant au moindre son et à la moindre sollicitation visuelle.

 

Binary Animal pour la recherche d’identité

Photo par Tania Chiarotto

Photo par Tania Chiarotto

Après cette belle performance, on se serait attendu à prendre un entracte bien tranquille à siroter une boisson quelconque au café-bar. Mais non, pas du tout, à la place on se fait inspecter par notre animatrice/hôtesse d’accueil, et son nouvel acolyte (Alejandro De Leon), cette fois-ci chacun paré d’un masque avec un genre de caméra rectangulaire sur les yeux.

Ils semblent découvrir ce monde qui s’offre à eux, les mettant dans tous leurs états – du rire aux larmes, à la peur et la curiosité. C’est à se demander si les animaux du titre sont incarnés par nous, public incompréhensif, ou par ces drôles de gens obstinés et presque possédés…

Teoma Naccarato et John Maccallum pour capter des morceaux d’image

Photo par Weidong Yang.

Photo par Weidong Yang.

On continue notre voyage au pays de l’absurde en entrant de nouveau dans la salle, cette fois-ci en s’asseyant le long des rideaux, dos aux artistes présents au coeur de la scène, mais avec notre miroir pour observer d’un nouveau point de vue la performance. On ne comprend toujours pas très bien le concept avant de l’explorer et de poser un nouveau regard sur notre rapport face au “spectacle”. On devient ainsi des spectateurs presque fautifs à chercher à épier le moindre geste dans cet espace immense devenu tellement réduit. On devient presque frustrés de ne pas pouvoir tout voir, ni les trois danseurs dissimulés un peu partout, ni les musiciens, leur clarinette et leurs percussions balinaises.

Toute cette mascarade pour prendre conscience de la place que notre regard occupe dans le jugement, littéralement, lorsqu’il se reflète en gros plan sur notre miroir. Expérience sensitive on ne peut plus fascinante, il faut toutefois savoir y plonger pour la déguster…

 

Binary Animal pour conclure

On pense en avoir fini avec tous ces trucs un peu étranges, et bien non, il semblerait qu’on prenne un certain plaisir à explorer l’absurde, qui ne semble en réalité qu’une caricature de notre propre vie. On retrouve donc nos amis, cette fois-ci habillés, mais toujours dans leur folie technologique…

Face à tous ces cyborgs modernes, jusqu’où nous perdrons-nous ?

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