Richard Reed Parry
Critique Publié le

Richard Reed Parry à la SAT | Une immersion magistrale en pleine nature

C’est récemment que Richard Reed Parry a dévoilé le premier volume de son double-album « Quiet River of Dust », véritable réussite acclamée par la critique qu’il présenta au Ministère en septembre. Désormais, l’œuvre se décline du 13 au 24 novembre dans un spectacle immersif sous la Satosphère de la Société des Arts Technologiques (SAT). Une expérience unique à vivre couché sur des coussins, où se marient musique sensible et vidéos saisissantes : grandiose.

Profitant du voyage psychédélique qui dicte son disque, le membre d’Arcade Fire propose une expédition sensationnelle qui explore des recoins à la fois doux et hypnotiques. Ainsi, le spectateur atteint souvent dans ce spectacle une dimension expérientielle jusqu’alors inexplorée qui lie les images enveloppantes filmées par Richard Reed Parry lui-même aux sonorités subtiles de ses musiciens. Avec Laurel Sprengelmeyer (claviers), Stefan Schneider (batterie), Jordy Walker (guitare) et Corwin Fox (basse), Parry (guitare, voix) aura vécu une résidence intense sous le dôme de la SAT avant de pouvoir présenter aux curieux cette œuvre magistrale sur laquelle il travailla ces cinq dernières années. Et cela en valait la peine.

Photo de Sébastien Roy

Faire abstraction du monde extérieur

Ode à la nature et son écosystème, le concert immersif de Quiet River of Dust offre une occasion à l’humain de se recentrer sur lui-même. À son arrivée dans la salle, il est d’ores et déjà entouré de boisés projetés qui rendent l’être si minuscule. Confortablement installée, une partie du nombreux public reste assise tandis qu’une autre se couchent littéralement sur d’immenses coussins réquisitionnés à l’ouverture des portes. Puis les premières notes de l’album se font entendre depuis la petite scène disposée à même le sol et à cet instant, l’abstraction du monde extérieur se manifeste.

Le public s’immerge totalement sous cette sphère qui fait la renommée de la SAT. Des rétroprojecteurs disposés à distances égales sur le demi-cercle envoient très vite des images sous-marines derrière les effluves folk de Gentle Pulsing Dust, l’ouverture du premier volume de Quiet River of Dust.

Photo de Sébastien Roy

Jouer avec les espaces naturels

Dans la pénombre en retrait de l’image omniprésente, Richard Reed Parry et ses acolytes continuent de jouer successivement les pièces de Quiet River of Dust avec une facilité déconcertante. Aucun accrochage sonore de la part des musiciens ni de problème technique de la part de l’ingénieur seront à signaler, ce qui offre l’immersion totale tant attendue.

On s’émerveille devant tant de beauté créative, surtout lorsque la mise en scène fait orchestrer différents espaces naturels avec la musique du Canadien. Il y aura par exemple cette incursion au cœur d’arbres infinis dans Song of Wood, cette migration vécue de millions de têtards dans la pièce Finally Home ou encore l’attaque frontale d’une vague sur le spectateur pour Lost In The Waves, titre à paraître à l’hiver sur le second volume de The Quiet River of Dust.

Le spectateur aura donc voyagé au cœur de lieux uniques du monde ce soir-là: sous la surface de rivières, dans des mares cachées, à travers de mystérieuses forêts du Mexique, d’Allemagne ou du Portugal mais aussi au cœur des vagues ou à l’intérieur des arbres…

Photo de Sébastien Roy

Une quintessence artistique

Parry transforme ainsi dans son œuvre l’excellence en une perfection, ou l’inverse. Et finalement, qu’importe puisque l’œuvre The Quiet River of Dust n’est pas seulement une trame fabuleuse lorsqu’elle est déployée sans uniforme. Ce qui est impressionnant, c’est qu’elle s’imagine tout autant dans un  spectacle où convergent les arts de la scène avec ceux visuels et cet automne, c’est peut-être bien la quintessence artistique que le multi-instrumentiste aura présenté à la SAT. Celle-ci est probablement la plus ultime des expériences que le spectateur puisse vivre en concert aujourd’hui.

À l’heure du numérique, lorsque l’artiste est dès lors capable de transposer par vidéo immersive des émotions sonores, c’est que le spectateur assiste bel et bien à une véritable œuvre d’art, dont il serait dommage de s’en priver…

Liste des chansons :

  1. Gentle Pulsing Dust (Vol. 1)
  2. Sai No Kawara (River of Death)  (Vol. 1)
  3. On the Ground  (Vol. 1)
  4. Song of Wood  (Vol. 1)
  5. Finally Home  (Vol. 1)
  6. In a Moment  (Vol. 1)
  7. I Was in the World (Was the World in Me)  (Vol. 1)
  8. Lost in the Waves (Vol. 2, extrait)
  9. Heaeven for Meg (Vol. 2, extrait)
  10. Long Way Back (Vol. 2, extrait)

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