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Rock en Seine 2014 | Arctic Monkeys, Prodigy, QOTSA, Portishead, Lana del Rey, Blondie et plus!

Sors-tu.ca s’est rendu à la bordure de Paris, en France, du 22 au 24 août pour assister à la 11e édition d’un des plus gros festivals locaux, Rock en Seine. Une programmation très alléchante rassemblait quelques grosses têtes d’affiche comme Arctic Monkeys, Queens of the Stone Age, Prodigy ou Lana del Rey.

Le Parisien vous tiendra un discours paradoxale sur Rock en Seine.
Le Parisien n’est effectivement pas/peu parti en vacances cet été, et cherche désespérément à se trouver un coin d’herbe et un peu de soleil pour se changer les idées. Cependant, il ajoutera bien souvent que :

  • c’est fin août qu’il y a des nuages,
  • le line-up est, au choix: « pas assez rock », « trop mainstream », « trop indé », « trop pop »,
  • et puis le line-up était mieux l’an dernier de toute façon,
  • la bouffe est chère et pas bonne,
  • il y a beaucoup trop de monde,
  • et puis ça pue la pisse, la saucisse, la frite, la transpiration, la bière, l’herbe qui fait rigoler, et puis l’herbe tout court…

En somme, il aime à détester Rock en Seine autant qu’il déteste aimer le festival.
« Ben ouais, du coup, c’est chiant, c’est la rentrée dans une semaine ».

Néanmoins au fil des ans, le parisien revient.

Au coeur des jardins dessinés par Le Nôtre, au domaine national de Saint-Cloud à Boulogne dans l’ouest de Paris, le festival accueille chaque année plus de 110 000 spectateurs, et a déjà reçu depuis 2003 un nombre impressionnant de pointures internationales comme Muse, Archive, Sonic Youth, Foo Fighters, Beck, Radiohead…

C’est également là-bas qu’Oasis se séparait il y a 5 cinq ans.

Public ReS

VENDREDI

Arctic Monkeys, Die Antwoord, Blondie, The Hives, Cage the Elephant, Jake Bugg…

14h. Paris est gris, on annonce de la pluie pour toute la fin de soirée. Difficile pourtant d’occulter l’excitation d’un weekend plus qu’attendu pour clôturer la saison estivale parisienne.

RES14_22.08_AMBIANCES∏-Sylvere-Hieulle019Dans le métro, les fans sont au rendez-vous. On entend chanter du Arctic Monkeys dans la rame de la ligne 10 en direction du site, et sur place, de nombreux festivaliers s’enivrent à l’entrée principale.

Interdiction d’apporter son propre alcool! Il est bientôt 17h et la population de Rock en Seine hume l’houblon et la patate frelatée.
Comme chaque année en fait.

Tandis que Gary Clark Jr. interprète l’excellente Bright Lights pour son rappel, on découvre le lieu; un décor placé cette année sous le signe de l’espace, avec pleins de petites installations loufoques et une soucoupe géante en guise de « spot à selfie » écrasée au milieu du parc.

Des stands de nourriture un peu partout : à Rock en Seine on mange évidemment burgers, kebab, frites, sandwichs à la charcuterie et pleins de plats à base de fromage, raclette, tartelette, aligot… On est en France après tout.

Alors que les Crystal Fighters se produisent sur la scène de l’industrie à quelques mètre de là, Jake Bugg est en train de prendre place sur la grande scène. « C’est qui ce playboy à la coupe de Justin Bieber? ». Le public masculin semble insensible au charme de Jake Edwin Kennedy tandis que ces dames se languissent devant la balade folk Storm Passes Away.

Mais pas le temps de finir le concert du jeune Britannique que l’on se précipite un peu plus loin sur la scène de la cascade. Blondie avait déjà commencé à se déhancher sur scène en reprenant One Way or Another alors que la pluie s’installait tout doucement.

Trop tard. Une foule trop nombreuse, compacte, et un camion alimentaire qui n’avait pas grand chose à faire au milieu du public. Pas top.

Debbie Harris est encore pleine de bonne volonté mais court derrière un éclat déchu… En témoigne sa voix qui peinait sur la plupart des classiques du groupe comme Hanging’ on the Telephone, Call Me, Heart of Glass, Maria, etc.

The Hives

The Hives

Le public ne semble pas conquis. Il prend en photo et admire le double arc-en-ciel qui culmine au-dessus de sa tête, et commence rapidement à fuir le concert pour rejoindre le Montréalais Mac Demarco sur la scène de l’industrie, et l’explosif groupe garage-punk The Hives sur la grande scène.

La réputation sulfureuse des Suédois sur scène n’a rien d’infondée. N’a-t-il pas fallu attendre les trois premiers accords de Come On! pour que Rock en Seine dégénère en Fight Club géant. Mosh et circle pit sont au rendez-vous pour un groupe pas si trash que ça sur papier.

Assortis dans leurs costumes blancs, Howlin’ Pelle Almqvist et sa bande débordent d’énergie et font le show sur scène.

« Fermez-là et asseyez-vous!!! », hurle le Suédois au milieu du titre culte du groupe, Tick Tack Boom.

Et… BOUM.

C’est toute la grande scène qui éclate en même temps sur les dernières mesures du show.

Pas le temps de refroidir, Die Antwoord est déjà monté sur scène à quelques mètres de là.

La foule est déjà très nombreuse, et les forcing pour s’amasser vers l’avant commencent à agacer les moins téméraires.

Ambiance festive, explosive, débuts tonitruants alors que « Ninja » enfile son masque de chien pour interpréter le dernier tube en date du groupe Pitbull Terrier. Sur scène ça s’agite, des danseuses nous font une véritable démonstration de « twerk » qui en ravissent plus d’un dans la masse.

Les Sud-Africains et leur dubstep-techno-rave sulfureux ont choqué plus d’un spectateur, mais sont loin d’avoir démérité pour autant. L’ensemble est solide, ultra efficace, et la performance scénique exécutée à la perfection. On en redemande.

Retour en fanfare sur la grande scène pour l’arrivée des Arctics Monkeys qui, comme a Osheaga, ont débuté leur performance par l’incontournable Do I Wanna Know?.

Un concert solide, mais l’on sent toutefois que la fin de saison approche, surtout lorsqu’on connait la portée stimulante de certains morceaux des Monkeys… Un Alex Turner un peu asthénique, peu bavard, surtout pendant les transitions.

Un peu moyen pour une tête d’affiche quand même.

Le groupe a toutefois assuré sa fin de concert en enchainant Snap Out Of It, When The Sun Goes Down, et R U Mine? sur le rappel, pour clôturer cette première soirée.

Arctic Monkeys vendredi soir

Arctic Monkeys vendredi soir

SAMEDI

: Prodigy, Portishead, Flume, Emilie Simon, The Horrors, St. Vincent…

Programme chargé en perspective.

Alors que Flume, Prodigy, The Horrors, et St. Vincent se partageraient la fin de soirée, beaucoup de jeunes groupes moins connus se produisaient en journée.

Malgré la tripotée de têtes d’affiche, Rock en Seine tâche de laisser chaque année place à une bonne quantité de découvertes et de groupes indés.

John Dwyer et Thee Oh Sees

John Dwyer et Thee Oh Sees

Le groupe rock-garage américain Thee Oh Sees jouait dans l’après-midi sous un soleil plombant.

Sous nos pieds, l’herbe piétinée toute la veille avait laissé place à la terre et la poussière. En résumé, on se jette dans le mosh sans vraiment pouvoir respirer et on a les dents noires à la fin du show.

C’est quoi un festival rock sans finir un peu crade de toute façon?

Tandis que les petits frenchies de Cheveu enflamment la scène de l’industrie, Sean Lennon et son projet GOASTT préparent doucement le public de la grande scène à l’arrivée de Portishead.

Car oui, Beth Gibbons et sa bande ont été reçus comme les messies pour le public de Rock en Seine qui n’avait pas encore pris de véritable « claque » en live jusqu’à présent. Chose faite après la prestation des Anglais.

20 ans et 1 jour après la sortie du chef d’oeuvre Dummy, Portishead prouve que son trip-hop, fut un temps novateur, est toujours la référence incontestée et inégalée d’un genre bien à eux.

Au menu, un bon nombre des morceaux de l’album (Sour Times, Mysterons, Roads…), et d’autres titres phares du groupe comme Cowboys, Machine Gun, Over

Un son et des arrangements impeccables, et des basses puissantes et lacérantes… Il n’en fallait pas moins pour apprécier un monstre pareil.

Mention spéciale pour la pluie qui, comme par enchantement, commença tout doucement à s’écouler pendant l’intro de Glory Box

Sans aucun doute le moment le plus fort du weekend.

Et l’on redescend tout doucement de son nuage lorsque d’autres monstres, dans un registre plus musclé certes, débarquent sur la grande scène. Enfin…

Malgré l’arrivée en trombe sur Breathe, et le show dantesque de Prodigy, c’est un peu blasé que l’on accueille les Anglais au milieu de la gigantesque boite à sardine qu’est devenue la place majeure du festival. Difficile de sauter, bouger la tête…

Résultat? Ne faut-il pas attendre trois morceaux pour que les premiers spectateurs commencent à quitter le devant de la scène face à l’affluence étouffante.

Les plus courageux auront mieux profité de la suite. Une pêche atomique pour ce groupe culte des années 90 qui aura repris quelques-uns de ses plus gros tubes (Voodoo People, Poison, Omen, Firestarter…), et quelques petites nouveautés du prochain album qui devrait voir le jour cette année.

Une fin en apothéose sur un Take Me to the Hospital qui acheva finalement cette deuxième journée… Et nos jambes par la même occasion.

DIMANCHE

QOTSA, Lana del Rey, Kavinsky, La Roux, Janelle Monae, Cut/Copy, Airbourne…

C’est dimanche. Les jambes sont plus lourdes qu’au premier jour. La bière ne coule plus à flot, et les familles sont de sortie. Les papas et mamans « rock » sont accompagnés de leur petits, arborants parfois fièrement des chandails de Rammstein ou AC/DC dans les allées du festival. Plutôt cute.

Un « choc des cultures » contrastait entre des fans hystériques de Lana Del Ray reconnaissables à leurs couronnes de fleurs sur la tête et le style plus trash du public des QOTSA.

Joel O'Keeffe

Joel O’Keeffe

En guise de décrassage? Du gros hard-rock péchu et bien sale, administré par les Australiens d’Airbourne.

Survoltés, 30 Marshall sont empilés sur scène, derrière les cinq piles électriques et membres de ce postiche (très) assumé d’AC/DC.

Dans son rôle de frontman, Joel O’Keeffe arrose le public à coups de bières, se jette à plusieurs reprises dans la foule avec sa guitare, tout en courant l’équivalent d’un demi-marathon sur scène.

Le public bouillant répond de mosh pit et d’un wall of death alors que la sécurité semble regretter d’avoir fait le déplacement jusqu’à Boulogne.

En début de soirée, Brody Dalle nous a fait bouger sous l’oeil bienveillant d’un Josh Homme qui tentait de rester discret en backstage, tandis que Tinawiren ensorcelait le public de la scène de l’industrie.

Tinawiren

Tinawiren

Cet enivrant mélange entre la musique traditionnelle touareg et le blues a littéralement hypnotisé une foule manifestement assez néophyte, à la fois calme et complètement éprise par la musique. Saisissant.

Et pendant ce temps-là… Madame Del Rey déambulait sur scène tel un ectoplasme sous héroïne. Regard vide, souvent muette entre les morceaux, donnant parfois l’impression de ne pas véritablement savoir ce qu’elle faisait là.

Quand elle ne chante pas, Lana fume, prend des selfies et signe des autographes, tandis que sur la colline un peu plus loin, certains spectateurs s’indignent : « Qu’est-ce qu’elle fout là celle-là, c’est une caricature. Ridicule ».

Soit. La coqueluche américaine a repris succinctement la plupart de ses tubes (Blue Jeans, West Coast, Born to Die, Ultraviolence…) et certains titres moins plébiscités en live comme Carmen, avant de clôturer sa prestation par 10 minutes de National Anthem.

Le temps d’aller toucher des mains au premier rang et de provoquer quelques malaises.

C’est donc finalement sur le concert de Queens of the Stone Age que s’achevait cette 11e édition de Rock en Seine, alors que Kavinsky et Cut Copy clôturaient leurs prestations sur les autres scènes.

Un début tonitruant, Josh Homme et ses comparses ont décidé de tabler sur des valeurs sûres en ouverture, à l’image de You Think I Ain’t Worth a Dollar, But I Feel Like a Millionaire et No One Knows.

À l’inverse, le milieu du show fut teinté de ballades et morceaux plus calmes (Kalopsia, Make It Wit Chu, The Vampire of Time and Memory…), alors que certains hyperactifs ne démordaient pas et continuaient de « pogoter » à tout va.

Mauvaise idée, car cette accalmie ne pouvait présager qu’une fin de concert chaotique, en crescendo, amenée succinctement par l’envoûtante I Appear Missing, puis l’apothéose sur Go With The Flow et Song For the Dead. Un énorme circle pit se forme, l’audience explose. Monumental.

Vivement l’année prochaine.


Toutes les photos sont courtoisie de Rock en Seine. 

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