Roméo et Juliette (Opéra de Montréal)
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Roméo et Juliette (Opéra de Montréal) | Élégant et classique

Nouvelle production hier soir à la Salle Wilfrid-Pelletier où l’Opéra de Montréal a présenté Roméo et Juliette de Charles Gounod avec une envie de terminer cette nouvelle saison, qui fut très éclectique, en beauté. Retour sur un spectacle volontairement traditionnel et en grande majorité canadien.


Le noir tombe doucement sur la salle, annonçant les premiers accords d’une oeuvre de plus de trois heures (cinq actes) que l’on nous annonce que la soprano Marie-Eve Munger, qui tient le rôle principal, est indisposée mais qu’elle chantera tout de même. Le rideau s’ouvre alors sur des décors d’un style classique qui reprennent la tradition de Shakespeare. Les costumes suivent la même voie et donnent au spectacle des airs de grandiose. Tom Diamond, qui s’occupe de la mise en scène, effectue un travail remarquable avec la plupart des chanteurs – certains étant naturellement de meilleurs acteurs que d’autres – et la masse conséquente du choeur.

La distribution, cependant, reste très inégale. Celle qui faisait ses débuts sur la scène de l’Opéra de Montréal garantit à elle-seule la teneur du spectacle. En effet, même « diminuée », Marie-Eve Munger campe une Juliette qui passe peu à peu de l’innocence juvénile à la maturité dramatique de l’enfance perdue. Sa présence scénique éclaire la production et chacune de ses apparitions sont de réels moments féériques. Elle fait évoluer son personnage avec naturel et on la sent très à l’aise dans un rôle qu’elle a déjà chanté plusieurs fois. Quant à la voix, elle est légère et ciselée, plus charnelle vers la fin et paraît à peine fatiguée.

Dans une production où la quasi totalité des chanteurs sont canadiens et rendent donc une unité du point de vue de la diction, on peut alors s’interroger sur le choix d’Ismael Jordi, ténor espagnol, pour incarner Roméo. Le chanteur effectue un travail remarquable, on ne le niera pas. Mais la différence de langue d’origine et la divergence de technique s’entend. Il n’est aussi pas des plus agiles sur une grande scène, se retrouvant dans le troisième acte, confronté à lui-même pendant de nombreuses minutes sans savoir réellement comment occuper l’espace. Si ses premières entrées paraissent plutôt forcées, les qualités vocales s’améliorent nettement vers la fin du spectacle et notamment dans les deux derniers actes où il montre plus de contrastes et de nuances dans son chant.

L’autre atout de taille de l’opéra est sans aucun doute Alain Coulombe, un habitué de la scène montréalaise, encore une fois très convaincant dans son rôle du jour – celui de Frère Laurent. Il avait déjà été remarquable dans son rôle du Commendator dans Don Giovanni en 2016 et a récidivé une fois de plus hier soir, redynamisant sans aucun effort la trame narrative. Les autres chanteurs réussissent correctement mais sans éclat leur prestation. On retiendra tout de même Sebastian Haboczki, qui chante Tybalt, pour sa puissance et ses timbres voluptueux ainsi que Katie Miller, fluette et narguante Stefano.

Quant à l’Orchestre Metropolitain, on l’a déjà vu en meilleur forme, n’en démontre les quelques ratages dans certaines transitions importantes. Cependant, Giuliano Carella, le chef d’orchestre invité, tint à maintenir une pulsation un peu trop élevée surtout dans le premier acte, ce qui conduisit à des décalages avec les chanteurs qui auraient facilement pu être évités. La partition de Gounod reste très théâtrale et manifeste de l’histoire.

Néanmoins, par son classicisme, Roméo et Juliette ne commet aucun impair flagrant et nous fait passer un agréable moment sans nous ennuyer. La scénographie (Claude Girard, Éric Champoux) est une réussite sans apporter de nouveautés – mais c’était là une demande de l’Opéra de Montréal – et contribue grandement à la réussite du spectacle.

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