RUBBERBANDance
Critique Publié le

RUBBERBANDance à la Place des Arts | Une chorégraphie fusionnelle de Victor Quijada

Le choix du titre, « Vraiment doucement », n’est pas terrible. Et il ne rend pas justice à l’énergie brute de l’œuvre hybride du Groupe RUBBERBANDance présentée sur la grande scène du Théâtre Maisonneuve. Son chorégraphe, Victor Quijada, Américain d’origine mexicaine établi à Montréal depuis 2000, y réussit à nouveau la fusion des genres – classique, danse urbaine, danse contemporaine – qui a fait la réputation de la « Méthode Rubberband ».

Il est né en Californie en 1976 et s’est initié dès l’enfance à la danse dans les barrios de Los Angeles, en un mouvement urbain précurseur de la culture hip-hop. Son parcours est singulier. Ses études en danse à la Los Angeles County High School for the Arts, l’ont amené à travailler avec ce pionnier de la danse postmoderne qu’est Rudy Perez. Mais, le vocabulaire chorégraphique de Victor Quijada a été forgé en même temps par les rythmes de Run DMC ou encore de Grandmaster Flash.

Puis, en 1996, il a été recruté par la chorégraphe Twyla Tharp, autre pionnière de la fusion entre la danse classique et les danses modernes. Trois ans plus tard, il se joindra à New York à la Felt Ballets / Ballet Tech Company, avant de s’installer à Montréal où il dansera pendant deux ans avec Les Grands Ballets.

Épris du désir artistique légitime de trouver un canal d’expression de sa propre identité chorégraphique, Victor Quijada fonde en 2002 la compagnie RUBBERBANDance grâce à laquelle il se fera tout de suite remarquer. Vraiment doucement représente donc l’aboutissement de plus de 15 ans de création, d’exploration de nouveaux territoires gestuels en toute complicité avec ses danseurs qui sont au nombre de dix ici, ce qui constitue une première pour lui.

La pièce s’intéresse aux mécanismes comportementaux et à la carapace vitale à devoir se composer devant le flux constant des différents stress qui secouent notre vie au quotidien. « Nos histoires sont importantes. Nos histoires nous rendent humains. J’ai toujours voulu créer avant tout des œuvres qui se penchent sur notre humanité », écrit dans le programme de la soirée le chorégraphe qui en est à sa troisième présence dans le cadre de Danse Danse.

* Photo par Sacha Onyshchenko.

Outre ses dix danseurs, Quijada s’est entouré d’une solide équipe de concepteurs, jusque même à la dramaturgie Mathieu Leroux. La musique, originale, est livrée live sur un côté de la scène par Jasper Gahunia (basse, percussions, clavier, table tournante) et William Lamoureux (violon, guitare, clavier). Leur intervention sera au cœur même de la respiration du spectacle.

La conception des éclairages de Yan Lee Chan, formé à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe, est d’une grande efficacité, même en se déployant sur un aussi large plateau. Quant aux costumes, ils sont le lot de Cloé Alain-Gendreau, également formée à Saint-Hyacinthe, investie en théâtre, au cirque et en danse, habituée de petites salles comme le Théâtre La Chapelle Scènes Contemporaines et le Théâtre Espace libre, mais aussi bien de la TOHU.

Un magnifique épisode du spectacle de Rubberband consiste d’ailleurs en un manège subtil où un danseur en déshabille un autre tout en continuant de danser ensemble avec harmonie. Ainsi, les interprètes quitteront leurs salopettes du départ pour s’exécuter en maillot et camisole, ce qui ajoutera une coche supplémentaire à l’inventivité de cette chorégraphie en « l’habillant » d’une sensualité inattendue.

Car Vraiment doucement est une pièce d’atmosphères contrastantes entre la fulgurance de la vie qui bat et les tourments d’une mort annoncée. Il y aura des scènes de combat entre les danseurs et des cris d’appel au danger. On y ressent plusieurs climats en alternance, entre langueur et férocité propre aux fauves, sans jamais rencontrer de temps morts.

Encore une fois, la musique y est pour beaucoup, entre l’agressivité apparente des danses de rue qu’elle attise et l’accalmie ambiante pour mieux se protéger des autres, mélangeant des notes de musique gitane à des riffs de guitare espagnole, aussi bien que soumise aux codes du break dance en mutation.

Voyant récompensée sa démarche de créateur impénitent, Victor Quijada a reçu l’année dernière du Conseil des arts de Montréal le Prix de la diversité culturelle en danse, lors de l’attribution des Prix de la danse de Montréal.

Vos commentaires