Compagnie Marie Chouinard
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RVCQ 2016 | Carol Prieur : 20 ans au sein de la Compagnie Marie Chouinard

« Fabuleuse jusqu’à l’effroi » est le titre choisi par Marie Chouinard pour sa préface d’un magnifique livre sur Carol Prieur, soulignant les 20 ans de la danseuse au sein de la Compagnie Marie Chouinard. Elle aura donc été de toutes les créations de cette chorégraphe elle-même hors du commun.

Marie Chouinard continue à propos de celle qu’elle appelle « l’incandescente Carol Prieur », en disant que dans une trentaine d’œuvres « elle a incarné une pléthore de créatures étranges, personnages archétypaux, abstractions humaines et êtres vociférants. Cette persistance dans la durée est exceptionnelle, mais sont exceptionnels aussi et surtout la ténacité de sa quête, sa présence scénique, son engagement, son humilité. »

Bande-annonce documentaire CAROL PRIEUR danseuse/dancer COMPAGNIE MARIE CHOUINARD from COMPAGNIE MARIE CHOUINARD on Vimeo.


 

Ce matériau brut, souple et malléable, aussi fort que fragile, et toujours neuf que représente cette danseuse est aussi le sujet d’un film documentaire de 16 minutes réalisé par Isabelle Hébert, et qui vient d’être présenté dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

La danseuse ne pouvait être présente, la Compagnie étant en tournée en Europe, mais la réalisatrice y était et a répondu aux questions du public après la projection. Quel a été le plus grand défi pour en arriver à ce film, lui a-t-on demandé? Isabelle Hébert, qui a scénarisé le très autobiographique Maman est chez le coiffeur pour Léa Pool, a répondu que c’était le nombre d’heures nécessaires pour visionner la somme des archives de cette trentaine de spectacles. Mais, elle a insisté sur le privilège de l’opération. C’est elle en plus qui a mené les entrevues dans ce très beau film qui paraît plus de 16 minutes, tellement les images tirées des spectacles entremêlées aux propos de Carol Prieur sont intenses.

carol-prieurMarie Chouinard, on le sait, est probablement la plus bizarroïde des chorégraphes, pas seulement d’ici, mais du monde entier où elle connaît beaucoup de succès depuis nombre d’années. Elle sait se renouveler coup après coup dans chacun de ses spectacles, dont pas deux se ressemblent, mais viennent avec une signature qui est la sienne. Elle n’hésite jamais à introduire toutes sortes d’objets dans ses chorégraphies, allant de prothèses orthopédiques à des accessoires toujours des plus étonnants.

Dans le film, on la voit diriger Carol Prieur en répétition, cherchant, creusant, essayant, affirmant ou se corrigeant. Mais elle donne aussi des indications très précises à sa danseuse, mimant le mouvement qu’elle attend, lui attribuant une couleur, allant jusqu’à préciser à quel moment et comment elle doit respirer.

Carol Prieur, plutôt qu’insécure, affirme qu’elle adore le processus créatif, la « physicalité » qui l’anime, la force créatrice et ses extrêmes. C’est évident, il y a entre elle et sa chorégraphe une symbiose rarissime. Marie Chouinard possède cette sorte de pouvoir surnaturel qui lui permet de s’imprégner dans le centre vital, l’âme autant que le corps, de sa danseuse.

Ce film d’ailleurs a été fait à l’initiative de Marie Chouinard et a été produit par sa Compagnie, comme pour le livre. Isabelle Hébert la connaissait, mais pas en particulier la danseuse. Au fil du tournage par contre, elles ont tissé des liens durables, ce qui se sent dans les entrevues. Et est-ce un hasard si le film d’Isabelle Hébert, qui a coréalisé Lauzon Lauzone, un portrait sensible de son ami cinéaste, a été présenté dans la Salle Jean-Claude Lauzon de l’Annexe de l’UQAM?

Carol Prieur est née à Paris, mais elle a grandi en Irlande avant d’arriver au Canada à l’âge de onze ans. Après des études précoces en danse, elle a fait ses débuts au Winnipeg Contemporary dancers de 1989 à 1992. L’année suivante, elle fut de la tournée canadienne de Joe, œuvre phare du chorégraphe aujourd’hui décédé Jean-Pierre Perreault, ce qui la mena à Montréal où en 1995 elle s’est jointe à la Compagnie Marie Chouinard qu’elle n’a jamais quittée.

Que ce soit dans Les 24 Préludes de Chopin (1999), bODY_rEMIX / les_vARIATIONS_gOLDBERG (2005), ou GYMNOPÉDIES (2013), chaque fois elle se démarque par sa forte présence, d’ordre transcendantal, sur scène et son sens inné du corps en mouvement. Marie Chouinard a même composé et chorégraphié des solos très personnels pour elle, inspirés par elle ou, mieux dit, par elles.

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