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Saison 2017-2018 du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui | Dix œuvres québécoises qui donnent la parole aux femmes

Sylvain Bélanger, directeur artistique du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, vient d’annoncer la 49e saison de ce haut lieu dont la particularité est de n’offrir que du théâtre québécois et canadien-français. Pour la saison prochaine, une volonté affirmée de donner plus de place aux femmes fait en sorte que huit des dix pièces annoncées pour les deux salles du CTD’A ont été écrites par des femmes.

C’est le même Sylvain Bélanger qui ouvrira le bal en septembre avec sa mise en scène d’une toute nouvelle production d’un succès assuré, Bashir Lazhar, signée par la prolifique et toujours talentueuse Évelyne de la Chenelière. Dix ans après sa création à la scène, le rôle du professeur arabe immigrant qui doit s’intégrer rapidement malgré le choc des cultures, sera interprété par le jeune rappeur Rabah Aït Ouyahia.

« J’ai un peu retravaillé le texte, mais prudemment, j’y vais délicatement, dit Évelyne de la Chenelière. C’est quelque chose déjà que j’ai mis beaucoup de temps à écrire avant d’aboutir en 2000 avec la version actuelle. Je suis très ébranlée par la crise migratoire et les enjeux contemporains, mais je ne cherche jamais dans mon écriture à y répondre directement, à me coller dessus. C’est le traitement qu’opère le metteur en scène et la lecture du comédien qui inscrivent les choses dans une actualité. »

Suivra en novembre une aventure au long titre : Le Wild West Show de Gabriel Dumont, pièce issue de dix auteurs franco-canadiens, dont Jean-Marc Dalpé qui fera aussi partie de la distribution de dix comédiens, parmi lesquels Alexis Martin et Dominique Pétin. C’est Mani Soleymanlou qui signera la mise en scène de ce pamphlet historique qui remonte à 1885, au lendemain de la pendaison de Louis Riel. Son fidèle acolyte, Gabriel Dumont, devra s’exiler aux États-Unis pour mieux combattre en faveur des droits des Métis dans l’ouest canadien.

Une réelle curiosité s’amènera en janvier, avec Nyotaimori, mot japonais qui signifie « présentation sur le corps d’une femme ». La pièce est de Sarah Berthiaume qui en signera aussi la mise en scène avec Sébastien David. Un questionnement sur le système économique qui transforme les humains en machines performantes à outrance que joueront Christine Beaulieu, Macha Limonchik et Philippe Racine.

« Je n’ai même pas encore lu la pièce au complet, car elle est en cours d’écriture, dira Macha Limonchik. J’ai accepté par affection et par amour pour les artistes. Je jouerai plusieurs personnages, ce qui ne m’est pas demandé souvent. C’est un processus de création qui me permettra d’étirer l’élastique de mon métier. J’aime beaucoup disparaître derrière les personnages. »

Photo par Maryse Boyce.

Photo par Maryse Boyce.

Une pléiade de créations attendues

Autre pièce à caractère social en février, Jean dit, création texte et mise en scène d’Olivier Choinière. « Avec une vingtaine de comédiens et un band sur scène, Jean dit promet de réveiller les foules et de créer un électrochoc », peut-on lire dans la brochure de saison.

Toujours dans la salle principale du CTD’A, suivra une autre création très attendue, Les Harding, texte et mise en scène d’Alexia Bürger, avec Martin Drainville, Patrice Dubois et Bruno Marcil. Trois Thomas Harding du même nom, soit un cheminot québécois, un banquier américain et un écrivain britannique, verront se croiser leur destin.

Dans la petite salle Jean-Claude-Germain, la saison commence avec la création de La nuit du 4 au 5 de Rachel Graton, artiste en résidence qui s’est mérité le Prix Gratien-Gélinas 2017. Cette histoire d’une jeune fille agressée en pleine rue et qui se braque après coup pour ne pas rester victime, sera mise en scène par Claude Poissant, le directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier qui se réjouit de cette infidélité.

« C’est un texte qui me bouleverse, dira Poissant, un sujet pas facile où on entend à témoin la fille agressée, les voisins, les amis, même la police, qui sont tous autant de menaces selon ce qui se dit autour de cette agression. Les cinq comédiens vont jouer en chorale, c’est un défi que j’aime, comme pour tout ce qui est narratif au théâtre. Ça crée d’abord une distance, mais quand on atteint le cœur du spectateur, c’est avec plus de force. »

Un texte de Marianne Dansereau, Savoir compter, suivra dans la mise en scène de Michel-Maxime Legault qui jouera avec une distribution comprenant également l’auteure et six autres comédiens dont Mathieu Quesnel qui vient de faire un malheur avec Vol au-dessus d’un nid de coucou au Rideau Vert. La pièce, qui se passe en toile de fond dans un McDonald’s la nuit, questionne les comportements déviants, y compris amoureux.

La reprise d’un succès de cette année, Le brasier de David Paquet, mis en scène par Philippe Cyr, réunira le trio de comédiens sûr que sont Paul Ahmarani, Kathleen Fortin et Dominique Quesnel, dans une production de l’Homme allumette.

« Je suis tombée amoureuse de ce texte il y a très longtemps, disait Kathleen Fortin. J’ai même écrit à l’auteur à ce sujet. Sept ans plus tard, Philippe m’a appelée pour me proposer de le jouer. Ça se présente comme trois courtes pièces : dans la première, nous jouons des triplets; dans la deuxième, Paul et Dominique sont en duo; et dans la troisième, je reviens en solo avec un monologue. Je ne chante pas, mais pour moi le théâtre est une passion, comme ma double maison, et je me laisse bercer par la vie. »

Dominique Quesnel, qui vient de triompher dans la pièce allemande Avant-garde, mise en scène par Denis Marleau à Go, se montre tout aussi enthousiaste devant cette comédie noire sur fond de drame remontant à une enfance traumatique. « On se rend vite compte, dira-t-elle, que nous sommes devant un milieu familial pour le moins toxique, un peu dysfonctionnel, pas mal même. Mais il y a beaucoup d’amour et d’humanité aussi dans tout ça. L’auteur, qui est seulement dans la trentaine, a un sens de l’observation et un profond amour des humains malgré tous leurs travers. »

Une création du Théâtre de l’Affamée, Chienne(s), sur un texte de Marie-Claude St-Laurent et Marie-Ève Millot qui signera aussi sa première mise en scène, arrive en mars avec une distribution comprenant Richard Fréchette que l’on connaît bien pour ses affinités artistiques de la première heure avec le travail de Robert Lepage. Une pièce archi contemporaine où souffrir d’anxiété généralisée devient avoir la chienne devant sa propre vie.

Enfin, toujours à la salle Jean-Claude-Germain, la saison se termine avec Déterrer les os, une adaptation du roman de Fanie Demeule par Gabrielle Lessard qui signe aussi la mise en scène de cette pièce à deux, avec les comédiens Charlotte Aubin et Jérémie Francoeur. Un autre sujet en phase avec notre temps, soit celui des problèmes alimentaires et des rapports antinomiques entretenus avec son propre corps perçu comme fautif.

Décidément, avec un tel menu à venir au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui la saison prochaine, on peut affirmer que la dramaturgie québécoise dans toute sa diversité se porte bien.

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