La mort d'un commis voyageur
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Saison 2017-2018 du Théâtre du Rideau Vert | Des surprises et de belles prises!

Denise Filiatrault, qui aura 86 ans le 16 mai prochain, était tout sourire pour l’annonce de la prochaine saison du Théâtre du Rideau Vert, en tant que directrice artistique du plus ancien théâtre professionnel au Canada. Ce sera sa combien tième saison à la tête du TRV? « Je pense que c’est ma 10e ou peut-être ma 11e? Je ne les compte pas », avoue-t-elle sur le ton de matriarche qu’on lui connaît si bien.

Sa saison débute en lion avec La mort d’un commis voyageur de l’Américain Arthur Miller, dont une deuxième pièce phare, Vu du pont, sera donnée au TNM l’an prochain également. La mort d’un commis voyageur, que l’on associe avec bonheur à Jean Duceppe et à Paul Hébert, offrira une belle prise en Marc Messier dans le rôle de Willy Loman. Son personnage qui frappe un mur à 60 ans, au travail comme dans sa vie familiale, représente un défi de taille pour Messier qui vient de mettre un terme, après 38 ans, à l’incroyable aventure de Broue.

Est-ce que ça lui fait peur? « Peur, non, mais un peu le trac, ce qui est normal, répond Marc Messier. Mais je ne suis pas du genre à me mettre en danger. Je ne cours pas après le trouble. Si j’ai accepté, c’est parce que je pense que je peux jouer le rôle. Je suis très content. »

Louise Turcot, qui jouera Linda Loman, la femme de Willy, se montre aussi très enthousiaste. « C’est un très beau rôle dans une très bonne pièce, dira-t-elle. Premièrement, c’est une nouvelle traduction de Serge Denoncourt, qui fera aussi la mise en scène. Je crois qu’il a fait de sérieuses coupures, car le texte original est excessivement long. J’ai déjà joué dans des pièces américaines traduites en France, ce qui est difficile à faire passer ici, parce que ça ne colle pas à ce que nous sommes en tant que Nord-américains. Et j’ai très hâte de jouer avec Marc, car on n’a jamais travaillé ensemble. »

Éric Bruneau défendra Biff, le fils rebelle qui osera confronter son paternel en déroute, alors que lui-même ne se nourrit plus d’aucune ambition. « J’ai travaillé plusieurs fois avec Serge Denoncourt et je l’aime beaucoup. Quant à Marc, j’ai travaillé souvent avec lui à la télé, et c’est un bon ami dans la vie. Je suis excité », disait le comédien qui a été de la production d’un autre auteur américain incontournable, David Mamet, avec Glengarry Glen Ross il y a deux ans à ce même théâtre.

2017 revisité, 2018 anticipé !

Fin novembre, ce sera le retour de ce qui est devenu une tradition au TRV, soit 2017 revue et corrigée, avec un collectif d’auteurs dont les textes, actualité oblige, ne commenceront à s’écrire qu’au mois d’août. Le retour de Suzanne Champagne dans la distribution a été chaudement applaudi. Et c’est à René Simard que Madame Filiatrault a confié la mise en scène de ce Bye Bye théâtral qui réunira cinq comédiens prometteurs des plaisirs de l’ironie et du sarcasme.

Pour bien commencer l’année 2018, le TRV nous réserve une traduction et une mise en scène de Jean Leclerc de la pièce britannique de Bernard Pomerance, L’homme éléphant. La pièce, qui a été écrite en 1979 mais dont l’histoire réelle remonte à 1884, soit celle de John Merrick, atteint du syndrome de Protée qui le rend difforme et repoussant, a été un énorme succès tant à Londres qu’à Broadway.

Le comédien de l’heure, Benoît McGinnis, jouera le monstre de ce drame psychologique. « Je n’aurais jamais pensé m’attaquer à ce rôle-là un jour, dit-il. On travaillera sans prothèse, pour ne pas perdre le jeu de l’acteur, mais seulement avec des transformations physiques, comme à New York. C’est un beau personnage, touchant, vulnérable et sensible, tout en douceur. Ça va être le fun à faire. »

La divine Sylvie Drapeau sera de la distribution. « Je fais le rôle que jouait Andrée Lachapelle quand j’ai vu la pièce en tournée à Baie-Comeau il y a 35 ans, et qui m’avait tant bouleversée. Mais je pars de zéro, tout est nouveau, car jouer pour moi, c’est toujours un recommencement. »

Au printemps 2018, le metteur en scène Stéphan Allard proposera ce qui s’annonce comme un petit délice, Impromptu, dans une adaptation de Marie-Josée Bastien du scénario de Sarah Kernochan. Les artistes bohèmes du Paris de 1836 sont invités à la campagne au domaine de la duchesse d’Antan, jouée par Sonia Vachon, en mal de divertissements.

Débarqueront alors chez la généreuse duchesse les compositeurs Franz Liszt et Frédéric Chopin, le peintre Eugène Delacroix, le poète Alfred de Musset, et puis, tout à fait à l’improviste, la scandaleuse écrivaine George Sand dont les amours tumultueuses passées avec Musset achèveront de semer la zizanie entre les célèbres invités. Myriam LeBlanc sera Sand, alors que Maxim Gaudette incarnera Chopin, dans cette distribution de huit comédiens.

La saison s’achèvera avec un autre dramaturge de taille, le Britannique Harold Pinter, et sa pièce Trahison traduite par Maryse Warda et mise en scène par le doué Frédéric Blanchette.

« Si l’amour rend aveugle, qu’en est-il de l’amitié? », peut-on lire dans la brochure de saison. Une pièce donc en forme de triangle amoureux-amis à l’humour acide que joueront Julie Le Breton, François Létourneau et Steve Laplante.

Denise Filiatrault a conclu la présentation de ce menu alléchant en annonçant une année record de nouveaux abonnés en 68 ans d’existence, et un taux de fréquentation de cette salle mythique de 90%.

Mais la directrice artistique, pour la première fois de son règne, ne s’est pas réservé de mise en scène pour l’an prochain. Interrogée à ce sujet, elle répondra : « Non, je suis fatiguée, c’est assez. J’ai de bons metteurs en scène, et il est temps de laisser la place à la nouvelle génération. »

Est-il pensable pour celle qui vient de faire un retour au cinéma en tant qu’actrice, de la voir monter sur les planches de son théâtre éventuellement? « Non, je ne crois pas. On m’offrirait un premier rôle, et je n’ai plus assez de mémoire, j’aurais toujours peur à ma mémoire. »

À la question soulignant l’absence d’auteurs québécois dans sa programmation 17-18, Madame Filiatrault a tôt fait de trancher : « Ça ne s’est pas présenté. Il y a eu bien des pièces québécoises déjà au Rideau Vert, et il va y en avoir encore… ». Façon de dire, espérons-le, qu’elle est encore loin de la retraite.

 

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