Constituons
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Saison 2019-2020 du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui | Le foyer de notre dramaturgie nationale va bien

« C’est la saison d’un Québec qui choisit le chemin difficile, qui met à nu ses vulnérabilités, qui prend le risque de l’apprentissage et qui se donne toutes les chances en se mettant au travail », nous dit Sylvain Bélanger, l’actuel directeur artistique du CTD’A, en ouverture du programme de la saison prochaine. Une 51e édition pour ce temple sacré de la dramaturgie québécoise actuelle qui a abrité et révélé déjà pas moins de 350 œuvres inédites.

Avec son taux de fréquentation de 97% dans ses deux salles cette année, le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui connaît des jours heureux, avec dans les voiles un vent soutenu indiquant que notre dramaturgie se renouvelle et se porte bien. Au point où la formule avantageuse d’abonnements à l’aveugle, c’est-à-dire sans rien connaître de la programmation à venir, a atteint 200 mordus cette année, confiants d’y trouver leur compte en création d’un théâtre exclusivement québécois et de qualité.

* Photo par Maryse Boyce.

La prochaine saison ne commencera qu’en novembre, mais c’est pour une très bonne raison. En effet, tout le hall du théâtre sera modifié en profondeur d’ici-là pour le rendre plus fluide et convivial. « Le défi pour les architectes, disait Sylvain Bélanger, c’est de créer plus d’espace dans un même espace. Actuellement, nous avons 350 personnes entassées comme des sardines et coincées autour des tables dans le hall à tous les soirs. Nous voulons favoriser l’accueil et la circulation du public, en ouvrant davantage le théâtre sur la rue aussi pour mieux l’attirer. Et nous allons faire l’achat de matériel spécialisé pour rehausser les moyens de la représentation théâtrale. »

La façade du théâtre sera repensée aussi. Surtout que la marquise actuelle indique Théâtre d’Aujourd’hui alors que le nom a été changé pour revenir à l’appellation première de Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Et, tout en haut, les lucarnes peintes en gris terne de l’ancien cinéma porno qui logeait là, pourraient oser une couleur qui soit plus théâtrale, plus vivante et distincte du voisinage, tout en respectant le contexte patrimonial de la rue Saint-Denis.

 

La programmation 2019-2020

La prochaine saison du nouveau CTD’A commencera donc le 12 novembre avec la folle entreprise de Christian Lapointe, qui n’en est pas à une près, et son intrigant Constituons!, une proposition à grand déploiement faisant partie du FTA en cours. Parti de la prémisse selon laquelle le Québec n’a pas signé la constitution canadienne en 1982, l’ambitieux et intrépide Christian Lapointe, qui sera seul en scène pendant deux heures, a sillonné le Québec pendant plus d’un an à la recherche de 42 citoyens représentatifs, de légistes et d’experts pour doter le Québec d’une constitution, même fictive, de sorte que la plate politique atteigne une dimension théâtrale. Une grosse commande.

Janvier 2020 verra une création du prolifique auteur et comédien Dany Boudreault intitulée Corps célestes, que mettra en scène Édith Patenaude de plus en plus convoitée, et qui signera jusqu’à trois mises en scène au cours de la saison. Sur fond de guerre du pétrole, d’enfance blessée et de conflits familiaux non résolus, le personnage principal de la pièce est une réalisatrice de films pornographiques.

« Je me sens privilégiée, très gâtée même », disait Édith Patenaude qui habite maintenant à Montréal. « Le texte de Dany, poursuit-elle, est un chef-d’œuvre d’une grande beauté, concret, drôle et brillant. Pour moi, peu importe que ce soit à Québec ou à Montréal, c’est le projet qui prime, le contexte de création pour que la petite magie passe. » La distribution de Corps célestes comprend Louise Laprade, et Julie Le Breton qui triomphe actuellement dans le Michel Marc Bouchard du TNM.

Suivra au printemps une création de Rébecca Déraspe, Ceux qui se sont évaporés, mise en scène par Sylvain Bélanger. Une pièce sur l’identité dont on dit que, surtout au Japon, 100 000 personnes par année changent d’origine réelle. Huit comédiens seront en scène, dont un retour heureux au théâtre pour Élisabeth Chouvalidzé, avec Josée Deschênes et Vincent Graton.

Après Vrais mondes et Pôle Sud, le tandem Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier reviendra avec un nouveau concept de participation citoyenne dans Pas perdus. Sans aucun acteur, mais beaucoup de gens ordinaires sur scène préalablement enregistrés, la conception narrative donnera aux différences individuelles tout leur sens.

« On est parti de 80 heures d’entrevues sur des parcelles de vie, dont on a extrait la substantifique moelle, pour arriver à une bande son de 80 minutes, explique Émile Proulx-Cloutier. Après avoir rencontré 30 personnes, nous en avons gardé neuf. On appelle ça documentaire scénique parce qu’on importe sur scène les codes réels du documentaire : le son est comme au cinéma, mais le langage répond aux codes du théâtre. Allez sur tou.tv ou tapez pôle sud, et vous allez tout comprendre. »

Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier. Photo par Maryse Boyce

 

La deuxième scène du CTDA

Le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, c’est aussi le merveilleux banc d’essai que procure sa deuxième scène, la Salle Jean-Claude-Germain, du nom du vénéré fondateur. Cinq productions occuperont les lieux tout au long de la saison : Éden, texte et mise en scène de Pascal Brullemans, une pièce sur le couple; Made in Beautiful (La Belle Province), un texte comique mis en scène par Olivier Arteau sur la fragile cohésion familiale, avec 11 comédiens sur cette scène minuscule; M.I.L.F. pour Mother I’d like to Fuck, l’histoire de trois femmes, trois mères, dans un acte d’émancipation entre maternité et sexualité tel qu’imaginé par la poète, auteure et slameuse Marjolaine Beauchamp.

Toujours à la Salle Jean-Claude-Germain, viendront Maurice, un incroyable parcours de vie marqué par l’aphasie, écrit et interprété par Anne-Marie Olivier. Et Pacific Palisades, un texte de Guillaume Corbeil inspiré de l’histoire d’un certain Jeffrey Alan Lash qui se prétendait mi-homme mi-extraterrestre, tout en travaillant pour les services secrets américains avant d’être mystérieusement retrouvé mort dans sa voiture.

Il s’agira d’un thriller dramatique dirigé par Florent Siaud, un metteur en scène sur qui on peut désormais compter, appuyant tout son talent sur celui de l’auteure et comédienne Évelyne de la Chenelière qui sera seule en scène.

Enfin, hors-série, il ne faudra pas manquer en décembre 2019 l’expérience trop rare de l’apprentissage des langues autochtones. Émilie Monnet, artiste en résidence au CTD’A, proposera 13 mots : un lexique de mots autochtones qui donnent un sens. Sur scène, 13 artistes autochtones s’empareront de ces mots conceptuels pour leur insuffler une définition personnelle tout en étayant leurs multiples couches de sens.

« C’est notre mandat de travailler à de nouvelles formes dramatiques, disait le directeur artistique du CTD’A. Il faut aller là où l’on ne nous attend pas au niveau de l’écriture, des conventions théâtrales, et jusqu’à l’exploration du théâtre documentaire, de la parole autochtone, des grosses distributions alternant avec des solos. Malgré l’éclectisme des formes, les spectacles de la saison se recoupent énormément. La ligne éditoriale a été conçue de façon à en préserver toute la pureté », conclue Sylvain Bélanger.

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