École Nationale de Cirque
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sapience à la TOHU | Incroyables finissants de l’École Nationale de Cirque

Les finissants de l’École Nationale de Cirque présentent en ce moment deux spectacles à la Tohu : sapience et BAROK XXI. Sors-tu.ca est allé voir le premier. C’était incroyable.

La scène est enveloppée de fumée, des projecteurs blafards l’éclairent. Dans le public, amis, famille, anciens élèves, probablement quelques recruteurs. Tous attendent un spectacle de qualité, préparé par les finissants de l’école accompagnés d’un metteur en scène. Pour sapience, il s’agit d’Anthony Venisse. Les conversations se taisent peu à peu, la scène reste vide. Quand soudain, les projecteurs s’allument au-dessus du plafond grillagé, tournent et viennent se poser sur les murs de la salle. Nous sommes encerclés par les artistes.

* Photo par Roland Lorente.

Sur scène se déroule le premier numéro, de la corde lisse, impressionnant. La bande sonore est hypnotisante. Sans qu’on les voit, les artistes quittent peu à peu la salle pour se retrouver autour de leur camarade qui vrille dans tous les sens au-dessus du vide. Soudain, ils sont tous là : vingt-trois étudiants, dont on connait le statut simplement parce qu’il est écrit dans le programme. Autant de jeunes professionnels du cirque prêts à nous montrer toute l’étendue de leur art. Et ils nous le montrent.

sapience est un spectacle qui prend aux tripes. Les numéros s’enchaînent, neuf au total, sur huit agrès différents, aussi impressionnants les uns que les autres. Les artistes ont entre vingt et vingt-cinq ans. Pour chaque numéro, ils font appel à la fois à d’astucieuses mises en scène et à la présence discrète mais efficace de leurs camarades. L’espace est entièrement habité : le public ne sait plus où donner de la tête. Le spectacle dépasse les frontières de la scène pour s’intégrer à la TOHU toute entière : certains escaladent les murs, d’autres font du tissu aérien directement dans les gradins. Tous nous présentent une recherche de l’humanité, une plongée intérieure, abyssale et organique. La bande sonore est parfaite, mélange de percussions et de progressif. L’éclairage tamisé attire l’attention à un endroit quand dix autres évènements se produisent ailleurs.

Photo par Roland Lorente.

Les artistes performent pendant plus d’une heure des numéros travaillés toute l’année. Ils enchaînent les pieds de nez au corps humain, ils se rient des limites de la physique. Sangles, mât chinois, jonglage, cerceau, corde lisse, tissu, équilibre, fil de fer, contorsion… Tous ont l’air de jouer avec une partie d’eux-mêmes, souvent à trois mètres au-dessus du sol, toujours en décuplant leurs capacités. Le public tremble pour ces jeunes athlètes qui ne craignent rien et qui nous le montrent. Sauter sur un fil d’acier à deux mètres du sol ? Facile. Jongler avec neuf balles en même temps ? Une formalité.

On ne citera pas d’artiste en particulier parce que tous méritent l’étoile du match. Chaque finissant a présenté ce soir un numéro travaillé, mis en scène et en musique, qui n’est qu’un geste du début à la fin. Tous ont leur personnalité propre, entre humour, démonstration technique et poésie. Tous s’intègrent parfaitement à la mise en scène du spectacle créé pour eux. Tous regorgent d’innovation et de réflexion autour de ce qu’est une performance de cirque en 2018.

sapience, ce n’est qu’un seul souffle, partagé entre un public plus qu’attentif et des artistes qui jouent leur vie. C’est une respiration lancinante des danseurs qui tentent de se relever mais qui retombent sans cesse. C’est une respiration essoufflée des artistes qui donnent tout ce qu’ils ont le temps d’un numéro. C’est un soupir de soulagement lorsque les prises de risques se déroulent, à chaque fois, sans encombre. C’est surtout un hurlement de joie qui se déchaîne à la fin du spectacle, lorsque le public se lève d’un seul geste pour féliciter vivement ceux qui feront le cirque de demain.

* Photo par Roland Lorente.

N’hésitez pas et allez voir les spectacles des finissants de l’École de Cirque à la Tohu. sapience et BAROK XXI sont en représentation du 29 mai au 10 juin.

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