Shamir
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Shamir au Belmont | Un spectacle perdu

Ceux qui n’ont pas suivi Shamir dans la dernière année ont dû être assez surpris du spectacle qu’ils ont vu dimanche soir au Belmont. À la place de l’artiste club friendly qu’ils ont rencontré en 2015 avec l’album Ratchet, ils se sont plutôt mesurés à un Shamir lo-fi et un peu perdu.

Le Belmont accueillait en cette soirée de décembre une foule assez éparse ; une moitié se cachait au fond, assise aux tables, alors que l’autre se tenait devant la scène, à quelques pieds d’elle. Il faut dire que personne ne savait vraiment à quoi s’attendre pour le spectacle de Shamir. En fait, l’artiste originaire de Las Vegas en avait surpris plus d’un lorsqu’il a complètement laissé tomber la musique pop-dance de Ratchet, son premier opus, au profit des guitares dissonantes des albums Hope et Revelations, tous deux parus cette année.

Pour commencer, le musicien demande timidement l’attention du public qui se tourne nonchalamment vers lui. Il entame rapidement la chanson titre de Hope, l’album qui marquait ce virage musical drastique. Dès ce moment, ceux qui s’attendaient à entendre ses premiers succès On The Regular ou Call It Off ont rapidement compris que ça n’arriverait pas.

Shamir enchaîne donc chanson après chanson, expliquant brièvement l’inspiration derrière chacune d’elles. Easier est « about that friend that you consider family but you’d never bring to your family ». Pour Straight Boys, il lance tout court: « It’s about how we don’t like them ». Ces courtes interventions réussissent à faire sourire la trop petite foule devant lui. Et puis, il y a sa marque de commerce qui est bien sûr sa voix, et qui se met à craquer à quelques reprises. Cela aurait pu donner des moments forts et poignants au spectacle, mais finalement elle n’arrive jamais à bien saisir la foule.

D’ailleurs, l’ambiance complètement lo-fi et personnelle de ses dernières oeuvres sont perdues dans la grande salle dans laquelle il se produit. Il devient rapidement évident qu’il aurait été beaucoup mieux dans une salle plus intime, sur une scène moins haute et loin du public. Cela semble d’ailleurs déranger l’Américain.

shamir-montreal-2017-113Quand même, Shamir fait de son mieux pour rendre le spectacle intéressant. Pendant 90’s Kids, il demande la participation à son public, qui doit répondre simplement « 90’s kids » pendant le refrain. Malheureusement, la foule ne semble pas assez familière avec le morceau pour savoir quand elle doit chanter, et l’artiste cale son verre de whisky une fois la pièce terminée. Une intervention cocasse, mais qui laisse tout de même sentir son insatisfaction.

Au final, l’énergie de Shamir et de ses musiciennes n’est pas assez forte pour soulever la foule, et le vide dans la salle n’aide en rien. Ce qui aurait pu être un spectacle cathartique porté par ses paroles candides est finalement plutôt fade, downer et peu mémorable. L’artiste lui-même le sent, alors qu’il quitte la scène si rapidement que la petite foule qui reste ne se rend même pas compte que le spectacle est terminé. C’est vraiment dommage, puisque Shamir est meilleur que le spectacle qu’il nous a donné. Il s’est prouvé être un artiste polyvalent avec une voix complètement hors du commun et une plume honnête et vive.

Peut-être que le prochain album marquera un retour au pop, peut-être un virage country ou punk. Ça reste à voir.

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