Snarky Puppy
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Snarky Puppy au MTELUS | Pléthore de solos… mais très peu de groove

Il est impressionnant de constater à quel point on entend clairement ce que chacun des neufs musiciens du collectif Snarky Puppy font sur une scène, comme ce fut le cas vendredi soir au MTELUS. La technique y est pour quelque chose, mais c’est aussi la composition et, plus encore, l’exécution si précise des musiciens qui permet tant de clarté. Impressionnant.

Nous sortons donc ce concert admiratif des musiciens, mais peu touché. Aussi, on sort un peu frustré par l’impression de s’être fait dérober le groove à chaque fois qu’il commençait à être contagieux et à réellement faire monter l’énergie dans la salle.

Aux dires du bassiste et fondateur du groupe, Micheal League, il s’agissait du onzième passage du groupe en sol montréalais. Le groupe s’est d’ailleurs assuré de jouer un répertoire complètement différent de celui exécuté lors de son dernier passage en ville. Il ne fait aucun doute que Snarky Puppy s’est bâti un public assez vaste au cours de ces années. La formation jouait d’ailleurs devant un public déjà conquis hier, un auditoire habitué à cette approche misant sur la virtuosité individuelle plutôt que sur l’approche collective. Le public en redemandait. Malheureusement, pas nous…

Groove music…

Il y a de ces groupes qui vous accrochent sans même que vous sachiez trop qui ils sont ni d’où ils viennent. Cette musique qui, à force de revenir dans la liste d’écoute, durant un souper ou une fête chez des amis, viendra capter votre attention au moment de retentir dans les hauts-parleurs. Vous demanderez alors le nom de l’artiste et le prendrez en note afin de plus tard l’intégrer dans votre collection, de l’écouter régulièrement. Un de ces groupes dont vous aimez le son, mais pour lequel vous ne ressentez pas le besoin de tout savoir…

Snarky Puppy est un des ceux-là pour nous. Leurs trois derniers albums font partie de notre rotation régulière. Nous apprécions grandement la musique instrumentale et le groupe fondé au Texas en offre une approche originale et bien assumée. Leur jazz-funk et les intéressants métissages musicaux qui font partie de leur recette sont venus nous chercher dès la première écoute. Snarky Puppy sait éviter les pièges inhérents à l’étiquette «musiques du monde». Ils puisent régulièrement dans diverses traditions mais s’abstiennent de tomber dans les clichés en misant sur la musicalité et la modernité. Aussi, à nos oreilles, le collectif renouvèle un style, le jazz-funk, qui est rapidement tombé dans la redite et la prouesse technique dénuée d’émotions quelques années après que Herbie Hancock l’eut patenté.

Ce groupe s’insère très bien dans cette méta-catégorie que nous appelons groove music, mot fourretout qui permet de rassembler toute musique dont la structure est avant tout basée autour du groove plutôt que de celle de la chanson à proprement parler…

… ou jazz fusion ?

Toute cette entrée en matière pour dire que le concert de Snarky Puppy au MTELUS hier nous a pris par surprise; c’est plutôt à un groupe de jazz fusion que nous avions à faire finalement. C’est là une donne qui nous avait échappé. Excusez-la…

Nous avons donc eu droit à une pléthore de bons, mais très longs, solos, et à assez peu de groove finalement. La formation à géométrie variable offre en effet sur scène un produit assez différent  de ce à quoi on a droit sur les albums. Leurs longues compositions se naviguent comme des paysages complexes menant généralement à des apogées fort satisfaisantes. Or, en spectacle, cet aspect est moins mis de l’avant. Les compositions deviennent surtout des prétextes pour faire valoir la maestria des musiciens.

Comme c’est le groove qui nous a attiré vers ce concert, on en redemande lorsque le percussionniste, le batteur et le bassiste sont mis de l’avant, comme dans Tarova, Tio Macaco et Xavi. Mais les longues envolées des autres musiciens, si chevronnés soient-ils, nous ont trop souvent fait décrocher.

Bad Kids to the Back, tirée de leur dernier album Immigrance et exécuté environ à mi-parcours du spectacle, est un cas de figure. Très efficace dans sa version studio, les solos y sont assez courts et semblent être au service de la composition, entrainante et contagieuse. Or, en concert, les musiciens n’hésitent pas à diminuer l’intensité du motif joué par la section rythmique, allant même jusqu’à le taire presque complètement, pour laisser toute la place aux solos, qui viennent tour à tour interrompre le groove.

Nous sortons toutefois de ce concert content de constater que le jazz fusion a retrouvé la vie, qu’il a enfin délaissé les sonorités froides, figées et trop synthétiques des années 1980 et 1990. Exit le easy-listening quétaine à la Kenny G, fini la musique de musiciens d’Uzeb, on revient à l’intéressante case départ, plus près de Mahavishnu Orchestra, Weather Report, voire de Herbie Hancock.

Mais c’était à notre tour d’arriver en ville et de constater que Snarky Puppy est un groupe de jazz fusion et qu’il répond, avec brio il faut le dire, aux canons de ce genre. Seulement nous avons compris que notre tasse de thé se consomme dans la tranquillité de notre salon, sur album, plutôt qu’en concert.

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