Ghostemane
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Soirée hip-hop hors-norme à Québec avec Ghostemane, Ho99o9, Dana Dentata et Horus The Astroneer au D’Auteuil

On était bien loin de la typique soirée hip-hop habituelle samedi soir à Québec, alors le rappeur floridien Ghostemane et sa bande de weirdos ont envahi la scène du D’Auteuil. Retour sur une veillée qui nous en a fait vivre de toutes les couleurs, avec également au menu la furieuse bande hardcore rap Ho99o9, la métalleuse devenue rappeuse Dana Dentata et l’excentrique artiste Horus The Astroneer.

Si Ghostemane ne vous dit rien en commençant cet article, gardez les yeux et les oreilles bien ouverts parce que c’est tout un phénomène…

Eric Whitney, de son vrai nom, est un gamin arborant des t-shirt de band black metal et au mot « kybalion » tatoué sur le front. Loin de l’archétype du rappeur d’aujourd’hui, Ghostemane produit et publie sa propre musique qui fusionne des textes qu’on attribuerait normalement au black métal et des hurlements de bas-fonds industriels frénétiques à la sauce $uicideBoy$. Il écoute peu de rap et tend à glisser un peu plus vers un son horrorcore, mais on le considère pourtant comme un mumble rapper. Au départ, il était guitariste pour des groupes de doom métal et de métal hardcore, mais s’est réinventé dans ce nouveau genre, qu’on connaît entre autre de rappeur plus underground comme Scarlxrd. Sa liste d’inspirations musicales comprend le groupe de grindcore Full Of Hell et le groupe Circle Cakes The Crew, adeptes du screamo, ainsi que des groupes comme Brand New et Coheed And Cambria.

Son logo ressemble à celui d’un groupe métal, sa pochette ressemble à une couverture d’un groupe de black métal quelconque et, dans l’une de ses vidéos les plus récentes, hommage à Chuck Schuldiner, de Death, il porte un corpse paint. C’est à ne plus rien y comprendre. Toujours est-il que sa présente tournée Black Blood était de passage dans un D’Auteuil bondé, sombre et pas facile à photographier.

Bibi sur l’ecstasy

Petit nouveau dans l’univers du mumble rap, c’est Horus the Astroneer qui ouvrira le bal, vers 20h05. Véritable boule d’énergie, il nous offrira son matos à travers la foule, après avoir révélé qu’il n’aimait pas trop les scènes. Il se fera pousser, il poussera, tombera par terre et ira même jusqu’à foncer tête première dans le mur de brique derrière lui. Horus the Astroneer, c’est une tornade fluorescente en formule 20 minutes. Et si sa tête nous dira vaguement quelque chose, on découvrira plus tard que c’est parce que c’est le petit frère de sang de Ghostemane.

La stripteaseuse de Satan

Après un silence de quelques secondes, une berceuse lugubre se fait entendre. Habillée de sa plus belle tenue fétichiste et à quatre pattes par terre, Dana Dentata était prête à posséder la scène aux côtés de sa guitariste Leeleezee qui semblait possédée par un démon.

Si une personne entrait habillée comme elle dans la pièce, certains la qualifieraient assurément de «salope» mais la confiance et l’assurance qu’elle nous montrait, malgré son inconfort vestimentaire qu’elle avouera elle-même lors de sa prestation, nous ont totalement hypnotisé.

Malgré un set assez court, elle en a quand même mis plein la vue, tantôt avec le bébé de Satan pendouillant lâchement d’une chaîne entre ses jambes ou en fouettant la foule avec son fouet de dominatrice.

Le punk nouveau genre

Si le punk rap ne vous dit rien, c’est en écoutant Ho99o9 (qu’on prononce vraiment Horror) que vous découvrirez ce sous-genre mal-aimé du rap, apparu au début des années 2000. Ils sont énergiques, ils sont fous et on en redemande. Eaddy ira même jusqu’à démarrer lui-même un mosh pit et un wall of death, se lançant tête première dans le tas.

Le groupe du New Jersey ne se fatigue pas et nous n’aurons pas assez de 30 minutes pour évacuer cette colère explosive, puisqu’ils reviendront plus tard avec Ghoste, pour interpréter Twist of Fate/Cobra.

Si l’interlude avec My Way de Frank Sinatra en a surpris plus d’un, le reste n’est que du bonbon acidulé puissance mille. L’énergie que dégage TheOGM et Eaddy nous pompe pour la suite, parce que ça ne fait que commencer…

Le virus Parv0

Pour faire patienter le public déjà bien avancé, ce sera le DJ officiel de Ghostemane, Parv0, qui viendra lancer quelques pistes pour faire gronder la foule. Avec un masque à gaz autour du visage et des « Hey! Hey! » puissants, il réussit son pari. Avec un choix de musique sensiblement pareil à Ghostemane, il nous balance quelques hits de ScarLxrd, Lil Peep (bon ami de Ghostemane, avant sa mort tragique en 2017), Lil Toe et j’en passe. Une recette gagnante pour un spectacle qui en vaudra la peine.

Sinistre Ghoste

Si on peut reprocher à Whitney de ne pas toujours bien rapper, on doit au moins lui concéder que sa présence scénique en met plein la vue.

Après une introduction spéciale de son DJ Parv0, l’Américain débarque sur scène, sautant et hurlant à tout rompre. Le groupe de Ghostemane était fin prêt à défoncer la nuit. Et c’était fou.

Si nous ne pouvions rien discerner de l’apparence du rappeur de loin, nous pouvions cependant ressentir son énergie contagieuse à milles lieues à la ronde. Dans un set list d’à peu près une trentaine de chansons, le rappeur nous en donne pour notre argent. On a eu droit à un circle pit et même un wall of death pour les fans de métal dans la salle. Ho99o9 viendront même le rejoindre sur scène à un moment.

Chose curieuse mais oh combien complémentaire au spectacle donné par Ghoste : la petite créature qui courait autour de la scène, essentiellement un gars portant un masque de style Slipknot et une combinaison, roulant et sautillant à quatre pattes autour d’un Ghostemane excité pour son premier spectacle en sol québécois.

Mention spéciale aussi à ce fan que Ghostemane a approché pour qu’il crie haut et fort dans son micro qu’il faisait « Chaud en tabarnak » pendant le set qui dura pas moins de 1h55.

Ghostemane a joué beaucoup de morceaux, mais il faut aussi mentionner le moment acoustique qu’il a eu avec la foule, où toutes les lumières se sont éteintes et où seules les lumières de téléphones et les briquets éclairaient la pièce, seul moment où tous ont pu voir le rappeur floridien loin des lumières stroboscopiques.

Mais ce n’était qu’une brève pause alors que tout de suite après, Ghostemane a commencé à faire appel aux crowd surfers. La créature était sur place pour les faire sortir de la scène ainsi que la sécurité en dessous. Mais le débordement était fou. Puis, pour ajouter au carnage, Ghostemane a explosé une guitare et léché un fil d’ampli alors que son équipe donnait les morceaux de la défunte Fender Stratocaster à la foule. Il a ensuite annoncé que c’était sa dernière chanson. « Crowd surf. Kick someone. Kiss someone. Kick someone in the teeth » Alors qu’il interprétait Venom, il a rappelé à la foule que c’était leur dernière chance de devenir fou. Puis en un rien de temps, c’était fini.

Mais pas vraiment en fait. Puisque le gars est revenu, après quelques gorgées d’eau bien méritées, pour enfin permettre à la foule d’entendre John Dee, chanson en forte demande depuis le début de la soirée et qui ne figurait pas sur le set-list original.

Folle soirée !

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