LUNES
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Soirées LUNES au Quai des Brumes | Une voix pour les femmes

Rien à faire un mardi soir ? Que nenni. Le Quai des Brumes met à disposition, pour la deuxième fois déjà, sa petite scène pour la soirée LUNES. Une vitrine pour des femmes qui, à travers leurs voix douces et suaves, rendent voluptueux ce moment intimiste.

Sur le trottoir de la rue Saint-Denis, le bruit du trafic nocturne masque l’ambiance décontractée du Quai des Brumes en ce mardi soir. Au fond de ce bar du Plateau-Mont-Royal, les bières sont versées intensément tandis que le nombreux public face à la petite scène cherche une place pour s’asseoir. Les femmes sont majoritaires dans la salle ce soir-là. Laissons donc le genre masculin sur le trottoir pour cet article. Ce n’est pas sa soirée.

 

Faire naître des rencontres musicales

Certaines sont donc déjà assises, prêtes à écouter l’expression artistique qui sommeille en elles. Autour de dix heures du soir, les maîtresses de cérémonie montent sur le stage. Elyze Venne-Deshaies et Melyssa Elmer représentent La Loba et Side Projects. Les deux ont une idée cet été : faire rencontrer des femmes qui ne se connaissent pas autour d’une passion commune qu’est la musique ou la poésie. Les sortir de leur zone de confort, les confronter à de nouvelles couleurs artistiques, leur faire prendre des risques : des défis à surmonter, pour progresser mais surtout avoir du plaisir. Pendant la soirée, ce ne sont pas moins de treize femmes anglophones et francophones dont deux écrivaines en herbe, qui viendront collaborer sur scène. Et pendant près de deux heures, ce sont des variétés de styles et de timbres qui s’entremêlent pour créer un doux moment.

 

Il y a d’abord cette fine voix distillée par la Torontoise Avery Florence qui subjugue, dès les premiers instants, le public en compagnie d’Anastasiya Odudko.

Il y a ces nouvelles racontées par l’anglophone Carly Rosalie Vandergriendt qui relate Montréal et sa vie de tous les jours en concluant par une vérité fatidique : « Plus tu brasses la merde, plus ça pue ».

Il y a ces chansonnières que sont Alexandrine Rodrigue et la touchante Laurie Perron qui évoquent, en chanson, un souvenirs d’enfance, celui de quatre lettres inoubliables qui prénomment l’hydravion de son père.

Il y a cette hilarante Ève Landry qui forme des sourires puis des éclats de rire en étant juste elle-même. “Comment rater son gin tonic un soir d’hiver ?” est l’un de ses poèmes qui, relatant des situations rocambolesques de la vie (autobiographique ?) d’une jeune femme, ne peut pas empêcher le public de rire.

Il y a cette timidité affichée par Sabrina et Marie Josée qui n’ont pas de nom de scène mais une complicité attachante. Avec deux basses et rien d’autre, c’est l’esprit rock qui s’affirme.

Il y a cette évasion dictée par la trompette de Vero Neek et la clarinette Elyze Venne-Deshaies. Une réverbération massive, un moment introverti selon leurs dires. Une sorte de méli-mélo de sons qui reproduisent tantôt des vagues, tantôt des trains qui passent. On peut vivre cette frénésie sensorielle à l’image de celle des beatniks de Kerouac à San Francisco…

Il y a ces harmonies de Wild Mercury, beau trio initialement rock garage qui entraîne ici le public avec assurance dans une réinterprétation acoustique toute en finesse de leurs chansons : Orange County et ses chaleurs estivales, ou encore une reprise mystifiante de Hot Dreams de Timber Timbre.

Il y a finalement cette excentricité de Samuele qui, enthousiaste, collabore avec MCC. Inspirée, elle chante enfin un de ses textes écrits il y a longtemps. Inspirante, elle reprend en français George Michael… et c’est hilarant.

 

Des talents cachés jusqu’en juin prochain

Si tout un paragraphe est nécessaire pour citer une à une ces femmes qui expriment leur art, c’est parce que l’on a conscience de toute la difficulté qu’il y a de le faire, de se confronter au public, d’oser présenter ses créations. D’oser franchir le pas dans un monde de la musique qui ne fait parfois pas de cadeau. Elles ont du mérite. Alors oui, il existe des imperfections. Mais en aucun cas elles ne doivent empêcher l’expression vocale parce qu’elle représentent cette beauté de la scène où la timidité s’invite avec la sincérité. Pour certaines, c’est évidemment un moment stressant tandis que pour d’autres, c’est un moment rassurant tant la maîtrise de leur art est vivace. Mais pour toutes, c’est un moment plaisant. Et ça on ne peut pas leur enlever.

Dès lors réjouissons-nous puisque c’est une fois par mois — le deuxième mardi de chaque mois — jusqu’en juin prochain (et plus si affinité) que le Quai des Brumes accueillera ces talents cachés. Prochain rendez-vous : le 12 décembre prochain.

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