Sons of Sissy
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Sons of Sissy de Simon Mayer à l’Usine C | Les Autrichiens dénudent leur folklore

« Simon Mayer fait de ses danses de couples une étude de genre en osant le pas de deux au masculin, la fuite en avant et le final à poil. » La citation vient de l’influent magazine Les Inrockuptibles, suite au passage en France de Sons of Sissy, un spectacle éclaté qui a tourné dans une cinquantaine de villes depuis quatre ans. Et c’est en coup de vent que le collectif autrichien vient de s’arrêter à l’Usine C, non sans avoir surpris un public pourtant averti.

Danseur, chorégraphe, performeur et musicien, Simon Mayer a été formé au Ballet de l’Opéra national de Vienne, puis en Belgique. Il a dansé déjà pour des chorégraphes flamands aussi précurseurs qu’Anne Teresa De Keersmaeker et Wim Vandekeybus. Ses créations personnelles se situent à mi-parcours entre la danse contemporaine, les différentes danses issues du folklore autrichien et les chants traditionnels yodels, en les réinventant complètement.

« N’oublions pas que le folklore est la manifestation créative d’un peuple et n’appartient qu’à lui seul », écrit-il dans le programme de Sons of Sissy. Un titre péjoratif, le mot sissy ayant en Amérique une connotation d’homme efféminé, voire de peureux et de lâche, alors que son spectacle est plutôt viril, même si au début l’un des interprètes porte une longue jupe de paysanne.

Ils sont quatre ces Fils de Sissy avec une ouverture musicale et chantée s’appuyant sur un trombone, un accordéon, une contrebasse et deux violons. On croirait, en les voyant, prendre une bonne bouffée d’air alpin, tout en déambulant sur la place publique d’un village bien vivant mais perdu quelque part dans le Tyrol.

* Photo par Arne Hauge.

La chorégraphie n’a pas sa pareille, trafiquant les fondements du folklore autrichien avec ses quatre danseurs-musiciens tournoyant, comme soumis à des mouvements de rotation perpétuels, claquant des mains et sur leurs cuisses pour créer un effet de percussions, scandant du talon et martelant le sol avec force, poussant plus tard des cris tribaux qui n’ont rien de sissy, bien au contraire.

Photo par Arne Hauge.

Au bout de 30 minutes d’un spectacle qui fait une heure, les interprètes se placent de chaque côté de la scène et se dévêtissent, sans autre motif apparent que de désacraliser la tradition existante. Ainsi, pendant toute la deuxième moitié du spectacle, ils danseront nus dans un style surprenant qui fait s’alterner les corps-à-corps et la fuite les uns des autres. Et c’est complètement nus aussi qu’ils reprendront leurs instruments de musique, allant même jusqu’à remonter les rangées de spectateurs en jouant dans le plus simple appareil, comme si de rien n’était.

Les cris sauvages de ralliement, poussés avec un grand élan libérateur, vont s’intensifier jusqu’à un paroxysme de rugissements et de gémissements. Mais il y aura tout aussi bien des épisodes d’immobilité et de silence. Et des trouvailles comme le maniement de l’accordéon pour obtenir le son d’une respiration humaine rythmant les mouvements débridés des danseurs.

En ne s’appuyant sur aucun texte, les interprètes parleront avec leur corps et leur musique, faisant de Sons of Sissy un spectacle livré à tue-tête, puissamment novateur, et ne manquant surtout pas de surprendre de par sa facture artistique insolite, sorte d’ovni ne ressemblant à rien d’autre.

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