Borgeous
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#SORSDETAZONE | Un après-midi au Beachclub (ou comment j’ai vécu mon premier spring break dominical)

Depuis qu’Olivier Primeau nous a coupé le sifflet avec une première édition très réussie de son festival Metro Metro, on se dit que peut-être avons-nous été coupables, pendant tout ce temps, de préjugés injustes envers son Beachclub de Pointe-Calumet. Après tout, on parlait à travers notre chapeau : Sors-tu.ca n’y avait jamais mis les pieds. On pensait y remédier en assistant au spectacle de A$AP Rocky au début août, mais bon… ça s’est compliqué. Alors qu’à cela ne tienne, quand le collègue Pascal Sain a proposé d’aller y faire un tour et nous rapporter ses impressions, on s’est dit pourquoi pas. La parole au brave jeune homme corse, qui bravait sa mauvaise foi et son appréciation très limitée pour la musique EDM pour aller voir ce qui s’y trame.

* L’élite de la Corse en délégation

 

Je dois bien l’admettre, je suis assez étranger à tout ce qui touche à la scène électro de près ou de loin. Les boites de nuit? Non merci! îleSoniq? Je fuis! Alors pourquoi le Beachclub me direz-vous? Tout simplement parce qu’un ami m’a proposé de l’accompagner et que l’amitié c’est sacré, qu’on crevait de chaud ce dimanche 19 août à Montréal et que je me suis dit qu’après tout, il y a le mot beach dans beachclub et que ça serait sympa de chiller au bord de l’eau avec une petite bière et de la musique en fond…

Arrivés sur site vers 14 h, je suis tout d’abord étonné par l’efficacité du staff et du service de sécurité ainsi que par la beauté du cadre et de la mise en scène. Moi qui m’attendais à une sorte de demi-hangar à ciel ouvert au bord d’un lac à l’eau trouble, me voilà rassuré. Le coin est joli, il y a de l’espace pour circuler et des goélands se baladent tranquillement. Nous arrivons pendant le set de Kura, un disc jockey (comme diraient mes parents) portugais. Alors que mon coeur tente de s’échapper de ma poitrine sous les vibrations de la basse et que mes cheveux menacent de tomber à chaque reprise de drop, voilà que mon ami me glisse à l’oreille : « Là, c’est tranquille, mais tu vas voir après ça va frapper un peu plus. » Vivement plus tard alors…

En attendant donc d’être au coeur du conflit avec la venue du duo néerlandais Firebeatz et de la tête d’affiche Borgeous, nous nous dirigeons vers la zone de guerre privilégiée, alias le comptoir près de la scène. Devant celle-ci, des gens dansent déjà comme des damnés alors que j’émerge à peine de ma sieste post-diner.

Bikini, tatouage carpe diem sur l’avant-bras et sac banane sous le crop-top pour les filles.

Maillot de bain, torse rasé/huilé/bronzé et muscles hyper-développés pour ces messieurs.

Moi qui commençait à ressentir une certaine satisfaction grâce à mon abonnement chez Éconofitness, voilà que celle-ci vient de s’écrouler en une fraction de seconde. Pas grave, je vais pouvoir noyer mon chagrin dans l’alcool. Enfin presque… Je commande une Bud Light à 11$! J’ai mal. Mon conseiller financier a mal. Son directeur de succursale a mal. Même le président de Desjardins a mal. Je crois que je suis victime de vol d’houblonnée!

 

Et je coupe le son…

Tandis que je me délectais de ce délicieux breuvage, c’est le duo Firebeatz qui prend la relève. Au programme, gros beats, bras en l’air et geyser de fumée! Je m’éloigne quelque peu pour rattraper mes oreilles qui sont déjà parties loin devant moi se reposer un peu de toute cette fureur. Tandis que me voici juché sur un des promontoires en bois, observant le public s’agiter comme autant de fourmis multicolores, une coupure de courant survient! Subitement, on reste abasourdi par ce silence soudain seulement troublé par quelques cris de goélands (toujours les mêmes), tandis que les deux DJ restent quelque peu pantois devant leurs machines inanimées. C’est dans ces moments-là que le nom électro prend tout son sens.

Bref, volonté des dieux (ou de Satan, selon de quel coté on se place), l’électricité revient après quelques minutes d’interruption et le duo peut conclure son set pour laisser la place à Borgeous. Entre-temps l’animateur continue d’haranguer la foule au cris de « Beachcluuuuuub make some noiiiiiiiiiiiise » et lance des bières aux plus chanceux d’entre eux qui tendent les bras vers le ciel. On se croirait revenu au temps des arènes romaines, quand on lançait du pain aux citoyens entre deux combats de gladiateurs. Des jeux du Colisée aux gens alcoolisés, il n’y a qu’un pas (de danse).

 

L’gros qui rit

C’est à moment-là que la journée prend une nouvelle tournure, moi qui croyais que c’était déjà la débandade! Que nenni! C’était juste la mise en bouche. Apparemment le DJ est très attendu et la foule se presse devant la scène. Il attaque son set et j’ai l’impression que quelqu’un s’est assis sur le piton du volume, coté maximal bien entendu! Les gens sont déchainés et se déhanchent à qui mieux mieux.

Victor Hugo disait que « la vie n’est qu’un pied-à-terre » voulant ainsi démontrer son caractère futile et éphémère, lui qui aujourd’hui se serait sûrement renommé Vik-Tor UgØ (feat. 10-Hardier). [ndlr: vérification faite, il existe bel et bien un DJ nommé Victor Hugo!]

Et c’est vrai, après tout, pourquoi vouloir sans cesse se questionner sur le sens de notre vie et le bienfondé de nos actes, cernés par nos angoisses existentielles, lorsque j’aperçois cet homme avec son bras dans le plâtre taper de plus belle dans ses mains ou encore celui-ci, chapeau de pêche sanglé sous le menton et chaussettes de sports glissées dans des sandales et remontant jusqu’au genoux.

Est-ce que je serais jaloux, moi coincé dans un coin du bar et n’osant pas bouger mon corps de spartiate inversé, devant ces gens qui se lâchent le temps d’une après-midi, qui se laissent aller sur le même rythme en continu et sont encore étonnés au bout du 53e jets de fumée? De toute évidence oui!

18 h, c’est le moment de partir et de ruminer ma jalousie le temps des 40 minutes de route qui me séparent de Montréal.

Avé Beachclub, je suis venu, j’ai vu, j’entends plus!

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