Steven Wilson
Critique Publié le

Steven Wilson au Théâtre Saint-Denis | Ascendance et fabulations

Après Toronto et Québec en début de semaine, l’incontournable Steven Wilson continuait sa tournée nord-américaine au Théâtre Saint-Denis mercredi soir à Montréal.

Il n’est probablement plus nécessaire de présenter l’ancien leader de Porcupine Tree. Adulé par la critique et doué d’une constance exemplaire, la renommée du britannique n’est sans doute plus à prouver. Steven Wilson impressionne albums après albums, et dévoile à chaque opus des compositions fantasmagoriques brillantes sur le plan musical. Le nouveau « prince du progressif », de plus en plus remarqué depuis le lancement de son projet solo en 2009, a également su au fil des années s’entourer de musiciens de talents comme Guthrie Govan et Marco Minneman. Malheureusement absent pour cette tournée (qui concorde avec celle de The Aristrocrats), ils étaient remplacés hier respectivement par Dave Kilminster (John Wetton, Roger Waters) et Craig Blundell (Frost, Pendragon), et accompagnés par les inconditionnels Nick Beggs à la basse et Adam Holzman au clavier.

Un quintuor de renom, et près de trois heures de condensé néo-progressif en deux parties attendait donc les spectateurs du Théâtre Saint-Denis.

« Ça s’annonce grandiose ».

Partie 1 – L’art et la manière

Wilson et ses comparses ont ouvert le bal sur le coup de 20h pour une interprétation en intégralité du dernier opus du britannique, Hand. Cannot. Erase. Divulgué l’an passé et encensé par la critique, cette quatrième production studio s’inspire de l’histoire bouleversante de Joyce Vincent, une jeune anglaise décédée en 2003. Une formule qui a fait ses preuves en studio, et transposée sur scène hier soir avec l’art et la manière.

Les premiers morceaux furent néanmoins entachés par des petits problèmes de son. On a tardé à entendre monsieur Nick Beggs, tandis que les harmoniques au clavier semblaient un peu trop oppressantes sur les passages plus heavy. Impassible, aussi imposant sur les balades enivrantes (Perfect Life, Transcience, Happy Returns), que sur les pièces ultra-percussives à la King Crimson (Home Invasion, Regret #9), Wilson mène la danse avec brio. Assis confortablement dans nos fauteuils, frissonnants, on se laisse rapidement bercer par cet ensemble chimérique délicieusement envoutant. Paradoxalement, on souhaiterait pourtant par moment exploser et headbanger furieusement sur le devant de la scène. Entre rythmiques dithyrambiques et solos magistraux à la guitare et au clavier, Steven Wilson et son groupe jouent brillamment avec nos émotions, et meublent subtilement les temps morts entre les morceaux. L’écran géant disposé en arrière de la scène complète l’expérience en diffusant des extraits des clips vidéos de l’album.

Le britannique était également accompagné sur cette production par la chanteuse d’origine israélienne Ninet Tayeb, présente mercredi pour interpréter (comme sur l’album) Routine et Ancestral. Ovationnée par le public frémissant du Théâtre Saint-Denis, on souhaite définitivement voir ces deux personnages continuer à collaborer ensemble.

Partie 2 – Un héritage immuable

Steven Wilson présenta pour la deuxième partie du concert 3 morceaux de son nouvel EP, 4 ½ et, au plus grand bonheur des fans, un mix de vieilles productions de Porcupine Tree (dont la durée du hiatus reste toujours indéterminée).

Un son impeccable sur ce deuxième set, c’est probablement sur cette partie du concert que les musiciens du britannique se sont le plus distingués. Sur son nouvel opus en préparation, Wilson explique qu’il contient un assemblage de morceaux initialement prévus pour d’autres projets, ou d’anciens albums. My Books of Regrets par exemple, qui aurait dû figurer sur Hand. Cannot. Erase. fût justement enregistré l’an passé à Montréal pendant la tournée nord-américaine du groupe. Un morceau qui rappelle un peu le matériel de PT d’ailleurs, sur lequel se sont illustrés hier Adam Holzman et Dave Kilminster, irréprochables sur la durée du concert. On a également entendu Index, une pièce étrange de l’album Grace For Drowning ouverte par un décompte au claquement de doigt et soutenu par un visuel alliant mannequins en bois et lepidoptérophilie. Étonnant.

Le set enchainait sur un hommage à David Bowie, avec une interprétation certes un peu froide de Lazarus. Wilson explique avoir choisi ce morceau car il présente l’histoire d’un certain « David », et que Bowie dévoilait sur son dernier album une composition portant le même titre. Ninet Tayeb est également revenue sur scène pour interpréter un autre morceau de Porcupine Tree, Don’t Hate Me, revisité sur ce dernier EP à travers un dialogue entre la chanteuse et le britannique.

À gauche de la scène, tantôt à la basse, au clavier, à la guitare et aux chœurs, Beggs impressionne par sa versatilité et sa technicité. Avec un look tout droit sorti d’un groupe de Viking Metal, il soutient la machine avec une exemplarité déconcertante. Vétéran du genre, Blundell s’illustre à coté par son savoir-faire et administre les pêches comme des coups de tonnerre. Sur Vermillioncore (pièce instrumentale de 4 ½), l’audience visiblement subjuguée, semble incapable de suivre le jeu millimétré des deux comparses. Définitivement à la hauteur de l’héritage de Wilson, le set explose magistralement sur une reprise de Sleep Together, l’une des pièce maitresse de l’ultime opus de Pocupine Tree, Fear of a Blank Planet.

Rappel – Une (belle) soirée avec Steven Wilson

En deux parties, alors que la photo de Bowie surplombait la scène, l’hommage au défunt se prolongeait sur le rappel avec une reprise émotive en duo de Space Oddity. Pour finir la soirée en beauté, Steven Wilson a choisi de tabler sur des valeurs sûres, en invitant d’abord le public à se lever pour l’une des pièces les plus iconiques de son premier groupe, The Sound of Muzak (sur l’album In Absentia), avant de nous laisser songeurs et troublés par une interprétation déchirante de la pièce épilogue et éponyme de son troisième album, The Raven That Refused to Sing.

Bien accompagné, plein de maturité et de plus en plus convaincant sur scène, Wilson se légitime comme un personnage talentueux et fascinant. On souhaite définitivement avoir l’occasion de revivre de (belles) soirées comme celle-ci.

Liste de chansons

Partie 1 (Hand. Cannot. Erase.):

  • First Regret
  • 3 Years Older
  • Hand Cannot Erase
  • Perfect Life
  • Routine (avec Ninet Tayeb)
  • Home Invasion
  • Regret #9
  • Transcience
  • Ancestral (avec Ninet Tayeb)
  • Happy Returns
  • Ascendant Here On…

Partie 2

  • Dark Matter (Porcupine Tree)
  • Harmony Korine
  • My Book of Regrets
  • Index
  • Lazarus (Porcupine Tree)
  • Don’t Hate Me (Porcupine Tree) (avec Ninet Tayeb)
  • Vermillioncore
  • Sleep Together (Porcupine Tree)

Rappel

  • Space Oddity (David Bowie) (avec Ninet Tayeb)
  • The Sound of Muzak (Porcupine Tree)
  • The Raven That Refused to Sing

 

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