Cirque du Soleil - Stone (Hommage à Luc Plamondon)
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Stone – Hommage à Plamondon par le Cirque du Soleil | Époustouflant !

Grande première mercredi soir à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières du spectacle en hommage à Luc Plamondon, STONE. Sur le tapis rouge avant cette création mondiale, Luc Plamondon avait beau répéter qu’il n’avait pas le trac, personne ne l’a cru. Et pour cause, les chansons du parolier, sorte de champion du monde, allaient être célébrées par 16 interprètes en les juxtaposant aux disciplines circassiennes inventives de 29 artistes du Cirque du Soleil. Une méga-production qui se termine par une apothéose avec la voix de Diane Dufresne chantant comme un SOS lancé à la Terre l’Hymne à la beauté du monde.

S’il fallait que le Nobel de littérature de cette année soit décerné à un parolier, c’est Luc Plamondon, avec l’écriture de plus de 400 chansons, qui l’aurait mérité, bien avant Bob Dylan. En les ramenant à 16 titres, sans compter un judicieux medley d’extraits de 14 chansons, les choix ont été difficiles pour l’équipe de 45 Degrees et le metteur en scène Jean-Guy Legault. Car toutes les chansons de Plamondon, sans exception, sont bonnes. Ses textes, inspirés et modernes, humanistes, aussi punchés que profonds, nous parlent directement, nous émeuvent à tout coup et nous forcent à réfléchir.

« Qu’est-ce que j’ai fait au monde? » et « J’ai choisi d’habiter le monde de mon imagination », des mots tirés de la chanson Parc Belmont, ouvre en grand le spectacle avec la voix de Martha Wainwright sur un numéro de corde lisse qui regroupe pas moins de 27 artistes sur la musique de Christian St-Roch.

Photo par Shawn Bennett.

Photo par Shawn Bennett.

Pour cette chanson, emblématique, le scénographe Simon Guilbault a conçu un manège désuet qui se transformera au gré de ce qui va suivre, ne laissant aucun répit aux 3 500 spectateurs du magnifique Amphithéâtre Cogeco. Inauguré en 2015, quelque 5 500 autres personnes peuvent prendre place sur son esplanade gazonnée qui n’est pas sans rappeler la formule de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay accueillant chaque été le Festival de Lanaudière. Mais pour en rajouter au grandiose du lieu, celui de Trois-Rivières est avantageusement dressé tout près du fleuve dont on ressent la force tranquille.

Le titre du spectacle, STONE, n’est pas génial ni à la hauteur de l’ensemble de l’œuvre de Plamondon. Mais passons. La chanson Le monde est stone, tirée de Starmania, interprétée ici par Beyries, est livrée en quatrième performance sur un duo de sangles audacieux et rappelant Fabienne Thibaut.

Il faudrait toutes les nommer, tellement les chansons de Plamondon sont toutes des classiques. Parmi les meilleurs numéros, on retrouve Oxygène, interprétée par Betty Bonifassi, Ma mère chantait par Marie-Pierre Arthur, avec l’artiste Rosita Hendry volant dans les airs dans sa surprenante robe blanche garnie d’ampoules électriques allumées, Je danse dans ma tête, interprétée par Marie Mai sur un numéro de planche coréenne, Tiens-toi ben, j’arrive par Catherine Major, ou encore Les sans-papiers par Marie-Josée Lord, tirée de Notre-Dame de Paris.

Claude Dubois, qui était présent dans la salle, aura pu entendre Le blues du businessman par Safia Nolin sur un numéro de roue Cyr qui gagnerait à être plus élaboré. Et Call Girl par Valérie Carpentier n’arrive pas à nous faire oublier l’interprétation magistrale qu’en avait faite Nanette Workman, d’autant que le numéro de cerceaux qui l’accompagne est un peu faible. Ainsi, le mariage entre une chanson spécifique et son rendu acrobatique n’est pas toujours également réussi.

Mais rien pour bouder son plaisir. Car ça roule, et s’ensuit rapidement un numéro tel que celui d’équilibre sur cannes pour S.O.S. d’un Terrien en détresse chanté par Ariane Moffatt, où les artistes jouent littéralement avec le feu, jusqu’à enflammer la robe de l’une d’elles de manière tout à fait spectaculaire.

Photo par Shawn Bennett

Photo par Shawn Bennett

STONE, qui se définit comme un opéra punk rock baroque, est un spectacle très dansé, habilement chorégraphié par Lydia Bouchard. Un spectacle en même temps très aérien, les artistes du Cirque du Soleil, qui proviennent de 11 pays, se hissant à des hauteurs vertigineuses qui provoquent des frissons autant que des ébahissements dans l’assistance.

« Ne tuons pas la beauté du monde » et « La dernière chance de la Terre, c’est maintenant qu’elle se joue », ces paroles tirées de l’Hymne à la beauté du monde avec la voix sublime de Diane Dufresne sur un numéro de vol coulisseau regroupant tous les artistes en finale, traduisent bien la parole si finement poétique autant que percutante et actuelle de Luc Plamondon. On en aurait pris encore.

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