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SXSW 2014 – Jour 5 | Le Fader Fort et une virée dans le East Side

Après 4 jours à arpenter les 1001 lieux de concerts du centre-ville d’Austin, il était temps de nous diriger à l’Est de l’autoroute, vers le très convoité Fader Fort. Et tant qu’à y être, une petite visite s’imposait du côté du quartier East Side, genre de Mile-End trash de plus en plus en vogue chez les hipsters d’Austin.

Pour ceux qui l’ignorent encore, South By Southwest est reconnu comme étant le festival des lignes d’attente. On en voit partout au centre-ville, les festivaliers s’y sont résignés. Mais celle devant le Fader Fort, en fin d’après-midi samedi, prenait des proportions ridicules. Plusieurs milliers d’enthousiastes auront patienté pour rien, le Fort affichant complet-complet-complet en début de soirée.

Tout ça pour une drôle de programmation, en fait. (Et des rhum-and-coke gratuits, faut le dire).

DJ au Fader Fort.  Photo par Marc-André Mongrain.

DJ au Fader Fort. Photo par Marc-André Mongrain.

 

Julian Casablancas, Rick Ross et Erykah Badu

On y retrouvait plusieurs artistes hip-hop, R&B et soul, dont Rick Ross en tête d’affiche, ainsi que SZA (la nouvelle protégée de ScHoolboy Q, qui est d’ailleurs venu lui voler la vedette lors d’une apparition surprise), le rappeur Travi$ Scott (originaire de Houston, et donc très populaire à Austin), la chanteuse 90’s-pop Jojo, ainsi que Erykah Badu, invitée surprise dont la rumeur circulait tout au long de la journée.

Beaucoup de « musique urbaine » donc, mais aussi le tonitruant groupe de rock garage Nothing et le chanteur de The Strokes, Julian Casablancas, avec son nouveau groupe The Voidz.

Inutile de dire que ces derniers ressortaient bizarrement du lot, surtout pour une foule visiblement plus hip-hop que rock. Et on ne peut pas dire que Casablancas a fait ce qu’il fallait pour les conquérir. On a beau adorer sa sale gueule, son sens de la mélodie et les premiers albums de The Strokes, le gars se fout visiblement de son public, marmonne dans son micro sursaturé, et peine à tenir debout. On apprenait en tendant l’oreille à côté des gars de la console de son qu’il « aurait dû faire un soundcheck comme tout le monde, finalement ». Ouch.

Heureusement, ses musiciens sont excellents et les nouvelles chansons de ce projet – dont l’album devrait sortir sous peu – laissent croire qu’on le retrouvera dans des eaux un peu plus punk rock que son matériel précédent. Sauf que dans les circonstances, on peut difficilement juger de la qualité des chansons, l’interprétation de Casablancas étant fortement teintée par sa nonchalance.

Pour les curieux, Casablancas n’a joué aucune toune de The Strokes, juste du nouveau matériel et, belle surprise, la chanson Instant Crush à laquelle il a fortement contribué sur le dernier album de Daft Punk. Pas mal du tout.

Le groupe hardcore-shoegaze-grunge Nothing (de Philadelphie) était une belle découverte lors de cette journée autrement très urbaine.

Photo par MAM

Nothing. Photo par Marc-André Mongrain.

Du côté, justement, de la délégation hip-hop, Rick Ross a donné un show énergique à souhait, soutenu par son immense popularité au Texas. Une heure, plein de hits, de la boucane en masse et un enthousiasme délirant de la part de la foule.

La surprise Erykah Badu a aussi soulevé le public, même si son court set trainait un peu de la patte, surtout pendant la bien-nommée On And On, inutilement étirée.

Photo par MAM

Erykah Badu. Photo par Marc-André Mongrain.

Pour sa part, Jojo a offert au public ses hits Too Little, Too Late  et Leave (Get Out), ainsi que deux reprises : Take Me Home de Phil Collins, et Caught In The Rapture d’Anita Baker. Interprète convaincante, ses reprises ont davantage impressionné que ses chansons originales, mais dans l’ensemble, prestation très correcte de la jeune chanteuse.

Photo par MAM

Jojo. Photo par Marc-André Mongrain.

 

East-Side et Gary Numan 

Notre visite au Fader Fort permettait également d’aller faire un tour du côté de cette mystérieuse portion de la ville, un peu vieille et trash, mais très chère aux yeux des hipsters texans : East Side Austin.

S’y trouvait plusieurs petits lieux de spectacles, qui offraient de la musique dans des contextes plus modestes. Parfois un peu trop modestes.

Photo par Marc-André Mongrain.

Photo par Marc-André Mongrain.

Ou encore, cet invitant lieu…

Photo par Marc-André Mongrain.

Photo par Marc-André Mongrain.

Mais bon, ce n’est pas vraiment représentatif de la vie culturelle du quartier, qui rappelle un genre de croisement entre St-Henri et le Mile-End, avec ses nombreux lieux un peu hippie, ses bars de petites dimensions, son énergie vibrante, son ingénieux mélange de neuf et de vieux, et sa jeune population branchée.

On y retrouve notamment l’Air BNB Park, genre de havre de repos, avec une étrange exposition de trois petites maisons démontables imaginées par trois artistes, et pas les moindres : Snoop Dogg, Capital Cities et Allen Stone. Funky.

 

Fin de soirée avec Gary Numan

De retour au centre-ville, le Hype Hotel accueillait également une programmation étrangement disparate : l’étrange électro-folk de Meursault, la pop ado de Chloe Howl et, entre les deux, ce bon vieux Gary Numan, qui ne fait pas son âge.

« C’est vraiment bon, mais on dirait qu’il copie un peu Nine Inch Nails », de s’exclamer une jeune dame, visiblement là pour Chloe Howl. Le jeune public était loin de se douter que Numan est un vétéran, un précurseur du rock industriel qui se tramait avant que Reznor n’apporte le mouvement au point d’ébullition.

Le vieux routier a offert ses hits Cars et Metal, tous deux vraiment très mordants. Quel son !  Les guitaristes de Numan font un travail remarquable, la distorsion sonne comme une tonne de brique, et le chanteur fait preuve d’une vigueur qui font passer ses 56 ans pour la moitié.

Photo par MAM

Gary Numan. Photo par Marc-André Mongrain.

 

C’est ainsi que se concluait la dernière grosse journée de concerts de South By Southwest qui, une fois de plus, brillait par la variété de son offre.

Petit tournoi de balle-molle tranquille dimanche après-midi, puis un seul showcase pour fermer le festival en soire, et c’est ensuite le temps de retourner à nos moutons, loin de la grisante folie de la ville weird-et-fière-de-l’être du Texas.

En attendant, quelques photos en vrac de ce jour 5 de festival :

À l'intérieur de la tente du Fader Fort.

À l’intérieur de la tente du Fader Fort.

* Merci à LOJIQ pour avoir permis la réalisation de ce reportage.

Consultez notre compte-rendu du jour 2
Consultez notre compte-rendu du jour 3

ou plus de photos du jour 5 :

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